‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 20 sur 196 · INTRODUCTION, § III. XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, § III. XLIX

pas la noblesse ; la noblesse ne voyait là qu'un instrument utile, et, dans son insouciance guerrière, elle laissa dire, elle encouragea même ses docteurs. C'est ainsi que les théories de Wicleff avaient naguère trouvé appui chez l'aristocratie anglaise. Qu'importaient ici les moyens pourvu qu'on atteignît le monarque? Tout le monde sait le mot d'un contemporain : « 11 y a plus de mécontentement que de huguenoterie. »/

La monarchie s'effaça entre ces partisans hautains , les Guises et les Coligny. « Les Huguenots, dit Saulx Tavannes, sont en dessein de fonder une démocratie ou une aristocratie. » Et Henri H s'écriait : a Partout où le calvinisme réussit , l'autorité royale devient incertaine, et l'on court risque de tomber en une espèce de république comme les Suisses. »

Ce fut bien autre chose quand on en vint aux armes. Dès la première guerre civile, la noblesse mutine du midi, lorsqu'on lui parlait de l'obéissance due au roi, ne craignait pas de dire, au rapport de Montluc : « Quel roy ? Nous sommes les roys ; celuy-là dont vous parlez est un petit royat de rien : nous luy donnerons des verges, et luy donnerons mestier pour apprendre à gaigner sa vie comme les aultres. » Les chances diverses de la guerre, les sanglantes représailles des factions, les persécutions, les massacres aigrirent encore les esprits. Cette irritation se reproduisit dans les pamphlets.

Le premier traité ouvertement démocratique qu'on ait écrit au xyV siècle, le fut par un évêque anglais réfugié à Strasbourg. A Short Treatise of Political power (I), tel est le titre de ce livre (1558). L'auteur, Jean Poynet, était venu chercher un refuge sur le continent contre l'inquisition catholique de la reine Marie.

Poynet s'interroge sur l'origine du pouvoir politique ; il se

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(1) On en trouve des extraits dans Hallam's Introd. to the lit. of Europe, t. II, ch. IV, sect. Il , g 28-31.

demande si les rois ont une autorité absolue, s'ils sont soumis aux lois divines et aux lois positives de leur pays, si les sujets sont tenus de leur obéir, si les biens appartiennent au monarque, et enfin s'il est permis de déposer un roi et de tuer un tyran. On devine quelles sont les solutions que donne Poynet. Le tyrannicide, selon lui, est non seulement absous par l'histoire, mais c'est un acte légitime, juste, conforme au jugement de Dieu (1).

La langue dans laquelle était écrite la diatribe de l'ancien évoque de Wincester l'empôcha de devenir populaire en France; mais les libellistes postérieurs y puisèrent sans aucun doute de nombreux arguments. Poynet vint faire à Strasbourg, contre Marie, ce que Fr. Hotman ira faire tout à l'heure à Genève contre Charles IX.

C'est dans la personne de Catherine de Médicis, quand elle les eut décidément abandonnés, que les écrivains protestants commencèrent à attaquer le principe royal, or Ceuxlà, se mit à dire Théod. de Bèze, ont sagement pourvu à leur estât qui ont ordonné que les femmes ne vinssent jamais à régner (2). » Ce fut le signal d'une série d'invectives et de satires qui débordèrent sans cesse contre Catherine, jusqu'à ce que Henri Estienne vint mettre le comble au cynisme des injures par son célèbre pamphlet des Déportements. Brantôme assure que la reine-mère « se rioit des pamphlétaires, les appelant bavards et donneurs de billevesées. » Cela n'est pas probable, car il intervint bientôt une ordonnance portant qu'on ne pourrait imprimer « aucun livre sans permission du roy , sur peine d'estre pendu et estranglé (3). » Mais la répression fut impuissante. Tandis que les prédicateurs catholiques eux-mêmes se per-

(1) ... The manifold and continuai examples that hâve been, from lime to lime, of the deposing of kings and killing of tyrants, do most certainly conflrm it lo be most true, just, and consonanl lo God's judgemcnt.

y (2) Confess. de lafoy chrestienne. Genève, 1562 in-S, p. 214. (3) Leber, De VEtat de la Presse, p. 17.

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