‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 22 sur 196 · INTRODUCTION, § III. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, § III. LV

souveraineté nationale passèrent dans le parti de la Ligué, parti qui, selon son origine toute municipale et plébéienne, devait naturellement se rallier à d'autres traditions, à celles de la bourgeoisie d'alors, et pour lequel ces doctrines d'emprunt ne pouvaient être qu'une ressource extrême et pas- i sagère (I). » Il faut le remarquer, c'est à propos du Franco- Gallia que les plus violents des catholiques commencèrent à se rapprocher de ces doctrines anti-monarchiques des calvinistes , qu'ils devaient tout à l'heure accepter tout entières dans la Ligue , et que les protestants, au contraire devaient alors abandonner.

Les malcontents, que guidait le duc d'Alençon, frère de Henri III, et qui s'étaient retirés de la cour, accédèrent en effet à la politique huguenote de Hotman. Bongars écrivait à ce propos à De Thou : « C'est une maladie de laquelle beaucoup de nos gens et trop sont entachés, qui volontiers réduiroient nostre monarchie à une anarchie (2). » Palma Cayet dit à peu près la même chose dans sa Chronologie novennaire : c( Ce livre fut agréable à quelques réformés et à quelques catholiques unis, lesquels n'aspiroient qu'à la nouveauté, et non pas à tous (3).

La remarque de Cayet est digne d'attention. Elle prouve que ces opinions extrêmes n'étaient pas adoptées par toute la noblesse calviniste, par tous les partisans de la religion nouvelle. Sans doute ce serait une grande erreur de juger, par ces pamphlets exaltés, de l'esprit public chez les protestants. En prêchant la démocratie, la Réforme mentait à sa nature aristocratique ; mais c'étaient là les théories, sinon les opinions, des meneurs du parti, des publicistes avancés, en un mot, de la partie active et militante; c'était, si l'on peut dire, la guerre d'avant-garde. Continuons à observer ces allures démocratiques des écrivains huguenots ; c'est le

(1) Récits des temps mérovingiens^ 1840 ln-8, 1. 1, p. 27.

(2) V. Bayle, art. Hotman, note E.

(3) Cf. d'Aubigné, Hist. univ., t. II, p. 670.

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seul moyen de voir si la Ligue a apporté en politique des idées nouveiles.

On saisissait tous les moyens de déconsidérer la royauté. Chacun savait, par exemple, que les œuvres de Machiavel étaient la lecture favorite de Henri IIÏ, et que, tous les jours, ce prince se les faisait lire pendant une heure, après son dîner (1); aussi, dès que le duc d'Alençon se fut séparé de son frère, Gentillet lui dédia son Anti'3IachiaveL C'était une épigramme amère contre le monarque ; tous les ministres calvinistes y répondirent, et il y eut un anatbème général contre le livre du Prince, que les prédicateurs catholiques avaient au reste attaqué depuis longtemps, si Ton en croit Pasquier. Injurier Machiavel, comme l'avait fait Gentillet, c'était une manière détournée de décrier Catherine de Médicis et Henri III. Dans la France-Turquie, libelle huguenot qui parut à Paris, en 1575, et qui fut bientôt réimprimé à Orléans, on ne s'en tint pas à ces allusions indirectes. L'auteur proposait tout simplement d'enfermer la Reine-mère dans un couvent; puis il ajoutait : « Jusques à ce que les ditz articles soyent rais à exécution et les Estatz généraux tenus en la forme requise, qu'il ne soit fourny aucuns deniers de tailles, subsides, etc., pour estre portez au lieu où ils puissent servir de Cousteau aux minisires de S. M. pour nous coupper la gorge (2). » Ce qu'il y a de piquant, c'est que ce pamphlet parut chez Morel « imprimeur du roy, » et avec « privilège du roy. » La liberté de la presse n'est pas chose aussi nouvelle qu'on veut bien l'imaginer.

Nous avons vu la doctrine de l'homicide légal, établie par le

réfugié Poynet , servir de justification à l'assassin Poltrot;

voilà maintenant la doctrine du refus d'impôt. On a les deux

éléments suffisants pour faire une révolution.

Quelque chose du trouble de l'époque et de la confusion

/l) Machiavellum qui perpeluus ei in sacculo alquemanibus est (Bou* cher, de Just. Henri IIÏ Abdic. éd. de Lyon, p. 192). Cf. Sismondi, Hist. dei Fraîiç. t. XIX, p. i64.

y (2) V. Leber, loc. ctï., p. 56.

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