‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 23 sur 196 · INTRODUCTION, § III. LVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, § III. LVII

des idées se reproduisait chez les meilleurs et les plus sages esprits. Ainsi Bodin, qui était à la fois l'ami de Henri III et le secrétaire du duc d'Alençon, Bodin, en 1576, se prononçait d'un coté pour la monarchie pure, et de l'autre, il absolvait en certains cas le régicide (1). L'assassinat, à quelque degré que ce fût, semblait avoir sa place désormais marquée dans les théories politiques du xvi*' siècle.

Bodin n'avait excusé la révolte qu'en passant : le célèbre traité : Vindiciœ contra iyrannos, l'érigea bientôt en doctrine (2). Il est maintenant prouvé que le calviniste Hubert Languet est l'auteur de ce livre. De même que François Hotman, Languet avait failli être victime de la Saint-Barthélémy, en voulant sauver Duplessis-Mornay. Ifne faut pas attribuer à l'emportement de la jeunesse les idées hardies du Franco-Gallia et du Vindiciœ. Hotman avait quarante-neuf ans quand il écrivait le premier de ces pamphlets ; Languet en avait près de soixante-un quand il publia le second.

j Le Vindiciœ fut d'abord imprimé en Suisse, comme l'avait

' été le Franco-Gallia, L'esprit républicain s'était développé et, pour ainsi dire, aigri à Genève, depuis la mort de Calvin, et le vieux parti des Eidgenossen triomphait. C'est là qu'on venait, loin de sa patrie, couver ses haines et fuir les perse- ^*^^^ |»<^^iw-t cutions. Ces exilés s'excitaient les uns les autres. C'est de Genève qu'est sorti le génie démocratique de Knox ; c'est

) de là que sont venues les idées presbytériennes. Swift fa observé avec raison dans son sermon sur l'anniversaire de la

. mort de Charles ^^

} Le livre d'Hubert Languet est divisé en quatre parties, ou plutôt en quatre questions distinctes, dont voici l'analyse sommaire :

(1) Selon Bodin le meurtre de l'usurpateur mérite une récompense; le meurtre du roi légitime au contraire est le plus horrible de tous les crimes. (\. Rép. I. ii, c. 5).

(2) Vindiciœ contra tyrannos, sive de principis in populum, populique in principem légitima potestate, Stephano Junio Bruto auctore.— Je me sers de Tédit. d'Amsterd. 1660.

« I. — Les sujets sont-ils dispensés d'obéir aux princes qui leur commandent quelque chose contre la loi de Dieu ? — Oui, car c'est demander s'il faut obéir à la terre ou au ciel, au fini ou à l'infini (1). On objecte, il est vrai, que le roi est le délégué du Très-Haut ; mais le monarque peut à peine être appelé le vassal de Dieu ; son royaume est à peine un fief (2). Qu'on le dépouille, s'il se révolte. Il n'y a aucune comparaison possible entre la royauté et la divinité, entre la faiblesse humaine et la toute-puissance éternelle (3). Le devoir des sujets, en pareil cas, est donc de s'insurger, si ùbediamiis rebelles surmis. Cela est évident ; il serait même oiseux de l'énoncer, si on ne vivait dans un temps où les princes usurpent une autorité plus que divine et où les courtisans se font les soutiens du despotisme ('!•) .

a IL — Est-il loisible de résister à un prince qui veut enfreindre la loi de Dieu ou qui ruine l'Église ? — Oui, par un pacte céleste, cela est permis au peuple, pourvu que par «peuple» on n'entende pas cette béte féroce, belluam, qui a nom la foule, universam multitudinem, mais bien les magistrats et les États (5). Cela est môme permis séparément aux diverses parties du royaume, aux provinces, aux villes, aux communes (6) ; il n'en est pas de même des particuliers, privati; la résistance armée, le tyrannicide, à la manière de

(1) Pag. 7.

(2) Pag. 14.

(3) Régis ad Deum, homaucionis ad omnipotcntem nulla potcst esse proporlio. (p. 29).

(4) ...Gum hodie mulli principes exislantqui immensam potentiam, ne ab ipso quidem Deo pondentem, sibi audacter arrogent ; multi adulatores qui quasi deos terrenos eos adorent; multi eliani qui nulla in redenegandum esse principibus obsequium aut censeant, aut censere videri velint... (p. 2).

(5) Cum de univers© populo loquimur, iutelligimus eos qui a populo auctoritatemaccei)eruntuiagistratus;... inteiligimusetiam Comitia, aquag nihil aliud sunt quam regni cujusque epitome, ad quaï publica omuia negotia referuntur (p. 63).

(6) Muûicipes civesve municipiorum , civitatumque... poiiores , in singulis urbibus, a suis mœnibus arcere posse, etc. (p. 78 et 88).

'il

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