‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 25 sur 196 · INTRODUCTION, § III. LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, § III. LXI

aux passions provinciales et urbaines, à l'esprit insurrectionnel des localités. Je reconnais bien là le fédéralisme protestant, qui veut ses places de sûreté privilégiées, ses municipes à part, ses garnisons, ses édits, ses impôts, ses juridictions. Le génie entreprenant de Richelieu ne pourra le vaincre qu'en démantelant La Rochelle.

Quel singuher tableau que cette anarchie des systèmes politiques au xvi" siècle! Le Xvi" siècle était parti de Machiavel, et le voilà arrivé à Languet. Par malheur, dans ces hardiesses des publicistes de la Réforme, dans ces hasards violents de la pensée, dont la Ligue va s'emparer tout à l'heure, c'est plutôt la passion que la raison qui parle. Ils ont beau se déguiser sous la citation, se dérober sous le syllogisme, affecter même l'accent sévère, convaincu, modéré, l'intérêt, la passion, finissent toujours par se trahir. Quand c'est la raison qui disserte, elle ne se préoccupe pas exclusivement des droits ; elle se préoccupe aussi des devoirs.

Cependant toutes ces théories subversives allumaient les imaginations, fermentaient en beaucoup d'esprits. On en trouve la preuve dans les curieux volumes, coUigés en 1578 par quelque calviniste, et publiés, avec la rubrique de Meidelbourg [sic], sous le titre de Mémoires de V Estât de France sous Charles IX, Outre la traduction du Franco-Gallia d'Hotman , par Simon Goulart , ce recueil contenait plusieurs traités politiques. Ici, c'était une collection de centons, d'adages, de citations, de lieux communs, un amas de sentences contre les rois félons (1) ; là, un récit déclamatoire, une énumération, une sorte de catalogue des vengeances exercées par le ciel contre les tyrans (2).

Mais ce qu'il est intéressant, et en même temps facile, de constater dans les Mémoires de V Estât de France, c'est le ma-

(1) V. Apophtegmes et discours notaUes recueillis de divers autheurs contre la tyrannie et les tyrans, t. II, p. 522 et suiv.

(2) V. Discours des Jugements de Dieu contre les tyrans y t. II. p. 554 et suiv.

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ULn LES PRÉDICATEURS DE LA LIGUE.

riagedes idées aristocratiques et des idées populaires, c'est ce compromis de Fesprit féodal avec l'esprit démocratique que tentait, dans un intérêt passager, de réaliser le calvinisme. Cette double tendance se révèle clairement dans deux petits écrits, dont l'un a la forme de dialogue (1) ; l'autre, la forme de dissertation (2). Ils peuvent être de deux plumes différentes, mais ils appartiennent à la même nuance d'opinions. J'en vais extraire les propositions importantes :

— Les représentants de la nation sont «autheurs des princes » ; il est évident que « les ayant faits, ils les peuvent desfaire. » C'est donc le devoir des peuples de « mettre les rois sous la loy. » Mais on ne peut pas conseiller le tyrannicide ; il faut seulement l'absoudre en cas « de vocation particulière, comme Jehu. « Qu'on se garde avec soin de Yochlocratie (3), ou excès de la démocratie, laquelle veut détruire la noblesse. On n'y a que trop de penchant « depuis que les choses ont commencé à décliner. » Ce serait imiter Henri de Guise qui, par ses menées, fait en sorte que ce la meilleure noblesse soit raccourcie de toute la teste. » Sans doute, cet impudent rebelle « se vantera d'en faire d'aultres où, quand et autant qu'on voudra, mais bien en vain toutefois, car ceste ancienne vertu françoise ne se communique point à telles plantes bastardcs, quoy qu'il nous veuille produire ses Italiens et Lorrains — (4) .

Le cri de la vérité se fait entendre. On a maintenant le secret de la démocratie hypocrite du protestantisme ; c'était tout simplement une arme contre la royauté, et une cuirasse pour la noblesse qu'on voulait avilener et priver de sesjiefs,

^1 (1) V. Dial.de V autorité des princes et de la liberté des peuples entre

Archon et Politie, t. III, p. 66 et suiv. V (2) V. Responsc à la question s'il est loisible au peuple et à la noblesse

de résister par armes à la félonie d'un souverain^ t. III, p. 318 et suiv.

(4) jr6t(i.,p. 338 et 339.

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