‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 3 sur 196 · INTRODUCTION, § I. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, § I. XI

réaction royaliste , les représailles de l'absolutisme dans la chaire , tout cela m'a paru offrir une sorte d'ensemble dont il était possible de réunir les éléments dispersés.

La diversité des intérêts soutenus et des thèmes traités par les prédicateurs , le récit minutieux et didactique qui va suivre, me permettront de risquer, en terminant, quelques conclusions générales.

Que faut-il penser de la Ligue au point de vue politique? La monarchie, comme le veut M. de Bonald, la démocratie, comme l'insinue l'école de M. Bûchez, la théocratie, comme le disait hautement M. de La Mennais , ont-elles également concouru à la Ligue, en ont-elles également profité? En un mot, comment faut-il juger le but, comment faut-il juger les résultats de cette longue lutte? Tels sont les problèmes qui se présentaient , pour ainsi dire , au seuil même de notre sujet. Nous les retrouverons après l'avoir traversé.

11 sera à chaque instant question dans ce Mémoire , de la violence toute populaire des prédicateurs ; il y sera question de la démocratie catholique de la Ligue.

On est donc amené bientôt à s'interroger sur ces deux points préliminaires : r L'irruption de la chaire dans les affaires publiques au temps de la Ligue est-elle subite, ne se rapporte-t-elle à rien , ne se rattache-t-elle pas en partie à des causes, à des habitudes antérieures? 2« Les idées de souveraineté populaire adoptées par les Ligueurs ont-elles des rapports avec les idées analogues, soutenues par quelques

écrivains de la Réforme?

A ces deux questions vont répondre les deux paragraphes qui suivent. J'ai tâché de montrer brièvement, dans le premier , les traditions libres de la chaire chrétienne se perpétuant, se modifiant à travers les siècles qui ont immédiatement précédé Luther, et éclatant enfin sans frein et sans mesure dans les sanglants démêlés de la Ligue; j'ai donné

dans le second l'analyse sommaire de quelques pamphlets démocratiques publiés par les protestants et surtout par les calvinistes.

C'étaient là les antécédents naturels, les antécédents nécessaires du sujet que je voulais traiter.

Caractère de la prédication en France, pendant le moyen-5ge. — Commencement de décadence au XlVe siècle. — L'école grotesque altère la forme de renseignement religieux. — La politique pénètre dans la chaire. — Attaques contre les pouvoirs. — Liberté laissée à la parole. — Vaines tentatives de répression.

La prédication a été la plus grande gloire de Téglise de France. Y a-t-il des noms plus célèbres, dans le christianisme, que ceux des apôtres de la Gaule? La parole humaine a-t-elle jamais eu autant d'autorité et exercé une plus souveraine , une plus irrésistible influence , qu'à l'époque des croisades et par la voix de saint Bernard ?

Après l'éclat des premiers siècles , après saint Martin , saint Hilaire d'Arles , saint Césaire , après tant de luttes infatigables contre les hérésies, après les conquêtes des missionnaires comme Colomban, la gloire de la chaire s'éteignit un instant au milieu des ténèbres qui voilèrent l'intelligence humaine dans les siècles postérieurs à Charlemagne. Ce ne furent plus que des homélies insigniûantes , sèches , côtoyant péniblement le texte biblique à la manière d'Alcuin. La vie s'était retirée de la chaire chrétienne, et c'est à peine si les évoques trouvaient encore assez de courage pour prêcher la résistance aux invasions (1).

(1) A propos du siège de Chartres par Rollon, Wace dit dans le roman de Rou :

Li Eveske Gocelmcs a sovent sarmoné,

A. cbescan prodbome a son pécbié parduné ,

Por la ville desfeiulre è la Cresticnté

{Rou, t. I, p. 80, V. 1579.)

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