DE LA SAINT-BARTHELEMY A LA MORT DE HENRI III
Orateurs catholiques et calvinistes en présence. — Le P. Le Picart. — Jean de Hans. — Cynisme des attaques réciproques. — Catherine de Médicis et Fournier. — La Saint-Barthélémy. — Une citation des sermons de Cornelio Musso décide Charles IX. — Plusieurs des orateurs futurs de la Ligue approuvent le massacre. — Arnaud Sorbin. — Aymar Hennequin. — Sermon spécial de PanigaroUe. — Antécédents de ce prédicateur.
Une des causes qui ont le plus efficacement contribué au succès de la Réforme, c'est qu'elle eut pour ainsi dire le privilège et presque le monopole de la science et du talent. Que ses docteurs soient des esprits violents ou obstinés comme Luther ou comme Calvin, qu'ils aient le génie de la douceur et de l'innovation conciliante comme Mélancthon , qu'ils ne soient même que des sceptiques indécis et non adhérents comme Erasme, des érudits railleurs comme
Henri Estienne ou Reuchlin , des pamphlétaires cyniques comme Ulrich de Hutten , ce sont eux le plus souvent qui remportent par la suite de la dialectique, par la verve de la plaisanterie , par la variété et Fétendue des connaissances. On dirait que le catholicisme, depuis Clémangis, depuis Pierre d*Ailly, depuis Gerson, ces âmes courageuses qui, au miheu des luttes du grand schisme d'Occident et de la décadence croissante de la discipline et de la foi , s'essayèrent à renouveler la gloire des grands siècles chrétiens , la logique de saint Thomas, le mysticisme de saint Bonaventure , l'éloquence de saint Bernard ; on dirait que le catholicisme ne peut retrouver dans son clergé, naguères si puissant, quelque chose de cet éclat de parole , de cette force de raisonnement, de cette profondeur inspirée, de cette science toujours nouvelle qui ne lui avaient jamais fait défaut contre les hérésies ou dans les conciles. Il faut l'avouer, par une singulière fatalité, l'église romaine, dans cette grande et fondamentale querelle de la Réforme, ne fut pas à la hauteur de ses puissants antagonistes, à la hauteur de sa destinée. Toutefois le catholicisme, je ne dis pas en fait , mais pour le talent, pour la science, pour la vérité, ne perdit pas à attendre , à attendre un siècle. Aucun livre de controverse n'est supérieur à V Histoire des Variations^ aucun génie, dans l'ordre théologique, n'est supérieur à Bossuet.
Si Bossuet était venu un siècle plus tôt , au concile de Trente par exemple , il n'eût pas empêché sans doute une révolution rendue inévitable par la nature même des choses et par l'entraînement des circonstances : il en eût au moins modifié le développement. Mille forces éparses, et sans valeur dans l'isolement, se seraient groupées autour de lui et auraient plus aidé encore à la résistance que l'institut, d'ailleurs si influent, des jésuites, et surtout que l'inquisition de CaraflTa.La discussion aurait gagné en sérieux et en dignité. Mais Bossuet ne vint pas , et la violence prolixe du