‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 31 sur 196 · CHAPITRE ï, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï, § I

langage , l'intempérance d'une banale érudition biblique, se substituèrent presque partout à la vérité de la discussion , à l'enseignement contenu de la science.

En s'en tenant seulement à la France, à l'histoire spéciale de la chaire, à cette donnée particulière et restreinte de la prédication , le même spectacle se retrouve. On ne peut se figurer de quel ton les huguenots sont traités par nos sermonnaires d'avant la Ligue. Ces injures au surplus étaient réciproques. Dans les conférences de Poissy , où les deux partis sont en présence , on n'a, malgré les violences de la fin, on n'a vraiment que les aménités. L'éloquence diserte du cardinal de Lorraine , que Bossuet appelle indulgemment nn grand génie (1), se plut à briller dans toute sa politesse, et Théodore de Bèze aussi , réservant les emportements pour ses pamphlets , apporta surtout à ce colloque théologique les grâces faciles de sa parole. Il n'en était pas de même dans les chaires. Là aucune mesure n'était gardée, et, durant les huit guerres civiles qui désolèrent la France jusqu'à l'Édit de Nantes, le clergé par ses sermons joua un rôle considérable et aida le plus souvent à la violence des partis.

Dix ans avant le supplice d'Anne Dubourg , en 1554 , le père François Le Picart , doyen de Saint-Germain l'Auxerrois,en était venu à dire, en chaire, des protestants : «Le roi devrait pour un temps contrefaire le luthérien, parmi eux, afin que prenant de là occasion de s'assembler hautement partout , on pût faire main basse sur eux tous et en purger une bonne fois le royaume (2). » Ce conseil ne fut pas suivi

(1) Variât., 1. IX, § 91.

(2) Bayle, art. Rose. — Le Picart était né à Paris en 1504; il mourut en 1556. ( F. la note de Le Ducliat sur le ch. vu de la Conf. de Sancy ; ap. Journ. de Henri IV, édit. de Cologne, in-12, 1720, t. II, p. 192.) Th. de Bèze, dans son célèbre Pa«5avanf, a attaqué jusqu'à trois reprises différentes le P. Le Picart. Il l'accuse particulièrement de professer une doctrine fort relâchée sur la vérité : « Deinde docuistis me et M. noster Picardus quod menliri ad bonam inientionem non est malura. « Il paraît que le P. Le Picart , l'un des plus violents adversaires de la Réforme, faisait de grands gestes et invoquait souvent la Vierge dans ses sermons,

par Henri II, auquel il s'adressait, mais il semble l'avoir été par Catherine de Médicis et par Charles IX , qui s'abandonnèrent sans trop de réserve aux idées de la Réforme , puis les quittèrent , la première par la longue initiation de la politique et de l'expérience , le second avec brusquerie et sous rinfluence ombrageuse de sa mère; tous deux, pour se rejeter dans une orthodoxie sanguinaire et vindicative, pour arriver au massacre de la Saint-Barthélémy.

Mais n'anticipons pas sur les temps. La prédication pendant ces luttes religieuses répondait le plus souvent à la situation politique et militaire. Quand les deux partis étaient aux prises, les sermons excitaient à la victoire; dans l'intervalle des hostilités , après les édits de paciGcation , après les traités de paix , toujours temporaires , ils poussaient à la rupture des trêves et appelaient aux armes.. Cette tendance belliqueuse se manifesta dèsl'abord. C'est une conquête toute moderne que la liberté de conscience (1). On ne croyait pas alors à la coexistence possible et parallèle de deux cultes, de deux religions. En appeler de chaque côté à la force jusquà la mort , comme écrivait Pie V, jusqu'aux coups d'arquehuse,d\uû que disait de son côté Calvin , paraissait des deux parts légitime et nécessaire. Quand l'Hopilal distinguait le croyant du citoyen et rangeait dans deux ordres distincts les devoirs de l'un et les droits de l'autre, il ne pouvait être compris, il devançait son siècle.

Au temps que Catherine de Médicis se montrait encore favorable à la politique des huguenots, les résistances du

car je lis un peu plus loin : « Ah magisler Picarde, si tu esses hic lu bene diceres mater Dei et pueri bene le irriderent... » et, quelques pages après: « Picardus sibi fregit bursam clamando mater Dei, contra lulheranos. » (F. le Passavant, à la suite desLitterœ obscur, viror.; Lond., 1710, in-12, p. 30i, 316, 322 ).

1 (1) Bossuetne dit-il pas encore: « Les protestants et les catholiques sont d'accord sur la question de savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Église et de la saine doctrine. » Hist. des var., 1. X, § 56.

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