‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 32 sur 196 · CHAPITRE I, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § I

parlement enhardirent les prédicateurs. Après Fédit rigoureux de juillet 1561 imposé au gouvernement de la reinemère, et que le gouvernement hésitait à exécuter, François de Guise dit ouvertement que, si l'on attendait trop , « son épée ne tiendrait pas au fourreau. » Les sermons, qui redoublaient partout avec une fréquence (1) et une ardeur croissantes, étaient tous sur ce ton exaspéré : un minime, entre autres , né à Saint-Quentin , frère Jean de Hans, prêchait deux fois par jour « avec grande facilité de langue et d'esprit » (2), tenait tête à tous les ministres et animait le peuple «à prendre les armes. » Le prévôt eut ordre de l'enlever de grand matin et de le conduire, lié et garrotté, à Saint-Germain où était le roi; mais les bourgeois notables se transportèrent en foule dans cette résidence royale, et, irrités de cette indignité (dit lui-même le sage Pasquier), ils demandèrent que le prêcheur leur fût rendu. Il fallut céder. Le religieux rentra dans Paris avec un immense cortège de gens à pied et à cheval qui applaudissaient « comme si c'eût esté un grand prince, » et le lendemain une procession solennelle eut lieu en l'église Saint-Barthélémy, pour louer Dieu de ce triomphe. Cette faiblesse du roi ne ût qu'aiguillonner la verve de Jean de Hans, et tous les jours, dans sa chaire, il fit grands trophées de sa prison.

Les huguenots se vengeaient à leur tour par des prêches virulents, par des représailles sanglantes (on sait les tristes scènes de Saint-Médard) ou même par des farces grossières, expression cynique de leur dédain pour la messe (3), et qu'eussent avouées à peine les héros sans vergogne de V Apologie pour Hérodote ou du Baron de Fœneste, Le parlement, le roi intervinrent mais en vain par des arrêts, par des

(1) Mém. de Castelnau, 1. III, ch. vi.

(2) Lettres de Pasquier, IV, 12, 13. {OEuvres, 1728, in-fo, t. IL p. 89, o, c.)

(3) V. Mém. de Condé, 1743, in-i», t. Il, p. 190.

6 LES PRÉniCATEURS DE LA LIGUE.

édits (1) ; des informations furent prises contre un prédicateur catholique qui, parlant de l'état du royaume, « avait fait une similitude de deux enfants tenant une pomme et se jouant d'icelle, laquelle est prise et emportée par un tiers n'y ayant aucun droit»; mais on n'osa pousser l'affaire, et un édit fut seulement publié qui défendait aux prêcheurs des deux religions, sous peine de la hart, d'user de paroles tendant à exciter la rébellion.

Ces mesures insufflsantes n'eurent aucun résultat et les attaques recommencèrent, même à Paris, sous les yeux du pouvoir avec une vivacité qui ne ménageait ni Catherine, ni ceux qui étaient assis à ses côtés au pied du trône. Fournier (2), prêchant à Saint-Sé vérin le jour des Rameaux, s'échappa à dire : « Ce n'est pas l'état d'une femme de conférer les évôchés et les bénéfices. La reine, mère de J.-C, se voulut-elle mêler de l'élection de saint Mathias?» Le texte le plus simple et le plus précis menait aux allusions. Le môme Fournier, prenant pour épigraphe ces mots de l'office du jour : a Allez à ce château qui est contre nous», disait par exemple au peuple : « Au latin il y a castellum : mais ce n'est pas un vrai chûteau; comment le nommeronsnous? castrdlum est diminutif de ca.v^rw m ; ille faut nommer en françois chastelet; chastelet n'est pas propre, il faut donc Chastillon, C'est ce Chastillon qui est contre vous et qui vous ruinera si vous n'y prenez garde (3). » Ce plat jeu de mot désignait Châtillon, amiral de Coligny, aux poignards qui s'aiguisaient déjà pour le frapper quelques années plus tard.

Des magistrats furent chargés de poursuivre le séditieux orateur ; mais le rapide courant et, pour emprunter le mot

(1) Ift., t. II, p. 352;l. III, p. 13.

(2) D. Félibien et D. Lobineau, Hist. de Paris, 1725, in-fol.. t. II. p. 1074.

(3) Reg. mss. (lu parlement, ap. Dulaure, Hist. de Paris, 1821 , in-8 t. III, p. 126.

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