‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 33 sur 196 · CHAPITRE I , § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I , § I

ambitieux de Vico, les rieorsi fréquents des affaires d'alors, empêchèrent de donner suite à ce projet de répression. L'exemple d'ailleurs eût été isolé, et la licence dans les chaires était devenue générale. Il n'y avait plus de frein. De Thou, au xliv** livre de son Histoire, assure qu'on prê- ^ chait ouvertement le meurtre des huguenots. Quelquesuns allèrent jusqu'à dire , dans les sermons, que si le roi s'opposait par trop au massacre des calvinistes il le fallait détrôner et enfermer en un couvent.

Une coïncidence singulière rattache particulièrement la prédication au fait môme de la Saint-Barthélémy. Dans la nuit qui précéda cette malheureuse journée, Charles IX hésitait; un mot, une citation de sa mère le décida. Le trait était emprunté aux sermons de ce Cornelio Musso qui avait prononcé une homélie si ridicule à l'ouverture du concile de Trente : Pietà lor ser crudele, crudeltà lor ser pietosa (1) . j Ce furent les derniers mots prononcés par Catherine, et Charles IX laissa aussitôt donner le signal.

Les admirateurs de la Ligue ont beau faire, il y a une certaine solidarité entre la Ligue et la Saint-Barthélémy. Trois prélats, Sorbin, Ilennequin et Panigarolle, qui depuis furent des ligueurs fougueux , des chefs influents de l'Union , ont trempé dans les événements du 24 août 1572, ou les ont absous par leurs éloges. Le fait est assez remarquable pour que j'insiste.

Non seulement Aymar Hennequin, évêque de Rennes (2), qui, depuis, présida le Conseil des Quarante, avait approuvé en chaire la Saint-Barthélémy ; mais, dès 1579, dans des pages virulentes et destinées spécialement à prôner la Ligue,

(1) Les livres de Tévêque de Bilonto respirent l'intolérance ; c'est pour cela que d' Aubigné dit dans la Confession de Sancy : « J'ay leu ces braves sermons qui nroiit préparé le cœur au prochain massacre. » ( p. 318.— Cr. la roniarq. de Le Duchal, p. 370.)

(2) Il ol:iit né à Troyes, et devint évêque de Rennes par la protection des Guises. On a de lui ([uelques traités assez insignifiants, mais peu communs. V. Biog, Un., t. XX.

il appliqua à Charles IX le mot de saint Ambroise sur Théodose à propos du massacre de Thessalonique : « Vir quem vix possumus invenire (1). » Voilà la transition, le point de contact marqués.

On en trouve une autre preuve dans la conduite d'Arnaud Sorbin, évêque de Nevers (2). Dès les premiers mois de 1572, ce prédicateur /rti^aiY m^re contre le roi qui n'ordonnait pas de tuer les huguenots; il excita même publiquement le duc d'Anjou à entreprendre Vœuvre lui-même, « non sans lui donner quelque espérance de la primogéniture comme Jacob l'avoit eue sur son frère Esaii. » Eh bien, ce que Sorbin avait fait sous Charles IX, il le fit sous Henri III, dont il voulut également la déchéance. Apologiste et moteur de la Saint-Barthélémy, il fut apologiste et moteur de la Ligue.

Mais c'est surtout à l'égard de Panigarolle, que le rapprochement est légitime, que le rapport est manifeste. Là il y a des textes formels, des sermons imprimés. On a de Panigarolle un éloge de la Saint-Barthélémy et un éloge de la Ligue. L'évéque d'Asti sera un de nos héros les plus actifs. •

Ce prélat avait singulièrement débuté. On peut voir au long dans Tiraboschi le curieux roman de sa jeunesse (3). Panigarolle était né à Milan, en 1548. Issu d'une famille patricienne, doué d'une mémoire et d'une facilité prodigieuses, il avait tout pour réussir. Quand il alla faire son droit à Pavie, les pieuses idées de son enfance lui étaient encore présentes et il songeait à se faire franciscain. Mais l'exemple de ses camarades le perdit, et il se jeta avec

(1) Voir les trois harangues latines à la suite de sa Brevis Descriptio missœ, 1579, in-12.

(2) Le Duchat, not. sur la Conf de Sancy, p. 430 et suiv. — M. Philaivte Chasies ne va pas trop loin quand il parle du rôle odieux de Sorbin, etc. {Tabl. de la litt. fr. au xvie siècle, 1829, in-8o, p. 155).

(3) Storia delta Letterat. italian. Roma, 1785 , in-*o, t. VU, part, m, p. 424 e seg.

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