‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 34 sur 196 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

passion dans les plaisirs et dans les aventures de spadassin. Un duel nocturne dans lequel il tua son adversaire le força de fuir. Il se réfugia à Bologne où les bals, les banquets, les orgies, toute une vie folle, élégante, dispersée, lui firent oublier ses précédents et tristes excès : Féroce guer-^ riero in Pavia, divenne in Bologna gentile e vezzoso giO" vane.

Au milieu de cet enivrement (1), Panigarolle apprit tout à coup que son père mourant voulait recevoir ses adieux. Il arriva trop tard à Milan ; mais cette leçon de la mort l'avait touché, et il courut à Bologne se jeter dans un couvent de Cordeliers. Après avoir pris l'habit à Florence , en 1567 , le le jeune converti débuta dans la chaire avec un talent incomparable. Pie V , dès qu'il l'eut entendu , s'intéressa si vivement à lui , qu'il l'envoya étudier la théologie à Paris.

Panigarolle n'avait que vingt-quatre ans , et néanmoins il obtint , comme prédicateur devant la cour de France , les j)lus grands succès. Je trouve précisément dans un de ses nombreux recueils parénétiques (2), le sermon (3) qu'il prononça , un mois après la Saint-Barthélémy , dans l'église de Saint-Thomas-du-Louvre , en présence de Charles IX, de Henri , roi de Pologne, et de Catherine de Médicis/^

C'est un dithyrambe déclamatoire et métaphorique en faveur de la monarchie. Di dio re , tel est le programme du prédicateur, et dans ce simple mot de roi, brevissima sillaba re, il trouve une ample matière de flatterie. Panigarolle ne dissimule pas sa prédilection pour la forme une, simple, divine , du gouvernement absolu (4) ; le monarque est tout

(1) Il y a dans le Scaligerana (Cologne, 1667, in-12, p. 176) une accusation infâme contre les mœurs de Panigarolle. Mais c'est sans doute à un autre personnage que Scaliger fait allusion, puisqu'il parle de François I".

(2) Prediche di monsign. Panigarola faite da lui straordinariamente. Venet. 1596, in-S» (Bibl. de l'Arsenal, 6685 T).

(3) Pag. 276 à 292.

(4) . . il governo di une solo è il miglior fra tutti... (p. 278 B).

selon lui , mais après le pape bien entendu, dont le prêcheur ultramontain réserve les droits au spirituel comme au temporel sopra tutti i régi del mondo (1).

Après ces généralités banales , Panigarolle arrive au roi très-chrétien, qui a le privilège du saint-chrême et de la guérison des scrofules, puis à Charles IX, lui-môme. Enfin, quand il a épuisé les éloges ampoulés et les apostrophes de toute espèce , il évoque le souvenir récent de la Saint- Barthélémy : «Charles IX, s'écrie-t-il , a sacrifié son bonheur, ses intérêts pour faire observer la loi du Seigneur. Il sera immortel dans les cieux , il sera immortel dans la bouche des hommes pour avoir exposé sa vie, sa dignité royale à tant de dangers , en faveur de la religion et du peuple. Dieu merci , enfin, il a rendu il y a un mois ses couleurs célestes, ses lys d*or à cette France tout à l'heure encore si lugubre. Par un seul acte, il a changé la malédiction en bénédiction, il a relevé le temple , la croix, il a replacé sur les parois les saintes images. La loi du Christ a été rétablie dans le royaume très-chrétien. Ajouterai-je (chose merveilleuse, inouïe) qu'en une seule matinée, que dis-je? d'un seul signe de ses lèvres, il a chassé l'hérésie depuis la Garonne jusqu'aux Alpes, depuis le Rhône jusqu'au Rhin (2). »

L'adhésion est complète. Dès l'année suivante , en 1573 , Panigarolle quitta la France et devint successivement suffragant du siège de Ferrare, puis évêque d'Asti. Ses succès oratoires rappelèrent bientôt ceux de Savonarole. Il avait

(1) Pag. 285 B.

(2) ... et hà finalmente, la Dio mercè, da un mese in quà rivestita de i suoi color celesti, e de suoi gigli d'oro quella Francia , che già un pezzo parve, che vedisse lugubre : ba tornata la beneditlione a quel regno, che parve incorso in maledillione Iroppo horrenda : ha, si pu6 dire, cou un' opéra sola, riedilicati i tempii, rierte le croci, ridipinle di santé iraagini le pareti, che più ? ha lornata la vera christianità nel christianissimo paese: ha linalmente, io lo dirô pure (cosa non sentita, ne Ictta mai) in una matiinasola,anzi in unaprirdi bocca,purgalodi heresieapparenli chionque alberga irà Garona, e'I Monte, e tra'l Rodano, cl' Reno... (p. 290 B).

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