‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 35 sur 196 · CHAPITRE I, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § I

des ovations ; la foule allait à sa rencontre ; on l'applaudissait dans les églises ; on le forçait à parler encore quand il avait achevé; on l'arrachait à ses repas pour l'entraîner à sa chaire.

Durant plusieurs années, Tévêque d'Asti demeura étranger aux affaires de France ; mais nous le retrouverons au temps de la Ligue , à la suite du légat Gaëtano , prêchant la révolte contre Henri IV, comme il avait prêché le massacre en présence de Charles IX. Son talent alors aura grandi, sa réputation sera immense , son influence considérable.

Il importait de constater ces antécédents. Sorbin , Panigarolle , Hennequin , qui avaient coopéré aux excès de la royauté en faveur de l'esprit religieux , coopéreront aux excès de l'esprit religieux contre la royauté.

Sans doute on peut approuver la Ligue sans approuver la Saint- Barthélémy : il y en a des exemples ; mais il semble légitime de dire que l'une était en germe dans l'autre. Ce ne sont pas des doctrines différentes qui ont tour à tour trouvé des instruments inconséquents dans les mêmes hommes. En se jetant dans l'Union , les évoques d'Asti , de Rennes et de Nevers ne firent après tout que se montrer logiques, et que rester fidèles à la conduite qu'impliquait leur passé. Il y a entre ces deux points de l'histoire une certaine solidarité , qu'il faut maintenir. Cela est si vrai , que quand Henri III , pour excuser le meurtre honteux des Guises, se rejettera sur la raison d'état, et tâchera de justifier 1589 par 1572, les ligueurs distingueront avec subtilité (1) et condamneront l'acte de Blois, en acceptant, en légitimant, en admirant même la mesure sanguinaire de Charles IX.

(1) Voir surtout : Réponse à ce que les Politiques mettent en avant pour excuser les massacres de Blois. Paris, Bichon, 1589, in -8°.

Sorties contre la monarchie. — Sermons royalistes de Vigor. — Thèse de Jean Tanquerel. — Les Guises et les prédicateurs. — Pierre Doré et Guilliauld , en 1550. — Oraisons funèbres de François de Lorraine, en 1562. — Julius Pogianus à Rome. — Jacques Le Hongre à Paris. — Poltrot comparé à Judith dans les prêches calvinistes. — Doctrine du régicide. — 1576 , commencements de la Ligue. — Rôle qu'y doivent jouer les prédicateurs d'après les plans de l'avocat David. — Henri III attaqué en chaire. — Arnaud Sorbin fait l'oraison funèbre des Mignons , puis se jette dans la Ligue. — Edmond Auger reste lidèle au roi. — Biographie de ce jésuite. — Henri III prêche luimême. — Confréries et processions attaquées en chaire par Maurice Poucet. — Arrestation de ce prédicateur. — Sa fin.

Il importe de ne pas sortir des bornes étroites que je me suis prescrites : je n*ai à parler que de la chaire. Remarquons, toutefois, combien la royauté se trouvait de plus en plus compromise entre la violence des partis. Elle était atteinte des deux côtés , et tout s'accomplissait , à son détriment. Au milieu des chances diverses de la guerre , des royautés s'essayaient presque tour à tour : chez les catholiques, plus d'une fois, par les Guises ; chez les huguenots, un instant , par Condé , que la noblesse mutine des provinces méridionales eût volontiers reconnu sous le nom de Louis XIII , et par Coligni , ce deuxième roi de France , comme l'appelait Catherine de Médicis. « La reine-mère, disait Henri IV au rapport de Goulart, avait sur les bras deux familles qui pensaient d'envahir la couronne, la nôtre et celle des Guises. » Ce ne ne fut pas là le seul danger que courut la monarchie. Les idées démocratiques du Calvinisme se faisaient jour à travers ces scissions de parti. « Les ministres, dit Montluc, prèchoient publiquement que les rois ne pou voient avoir aucune puissance que celle qu'il plaisoit au peuple. » Beaucoup de catholiques eux-mêmes

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