CHAPITRE I, § II
« car faict injure au martyr qui prie pour le martyr», (p. 28 A). Le duc de Guise est traité en héros, et Le Hongre dit hautement que rien ne l'empêcherait de lui donner le titre de saint, que sa déférence pour Rome qui n'avait pas encore eu le temps de le canoniser (1).
Cette exaltation insensée avait au moins l'inconvénient d'irriter les calvinistes, qui n'eurent "pas d'ailleurs le beau rôle en cette affaire. Les ministres huguenots ne craignirent point de comparer le meurtrier Poltrot à Judith. Ainsi se trouvait consacrée d'abord par les réformés cette infâme doctrine de l'homicide , que le clergé catholique devait proclamer à son tour. Henri III, tout comme François de Guise , sera comparé à Holopherne.
Ce premier holocauste de sang, en abaissant un moment la maison de Lorraine , lui était fertile pour l'avenir. Aussi, la domination croissante des Guises sera-t-elle le fait de plus en plus dominant jusqu'au triomphe définitif de Henri IV. On ne peut nier d'ailleurs, que cette puissante famille, sinon par l'énergie de ses convictions , au moins par la ténacité ambitieuse de sa conduite , n'ait exercé une influence immense sur les destinées religieuses et politiques de la France. Active, courageuse, aucunement scrupuleuse sur les moyens , pleine de ressources , ennemie en matière de dogme et par opposition , par rôle , mais par un rôle
(1) V. Le Ducbat , notes sur la Ménipp. t. II , p. 222. — Ces sortes de louanges exagérées semblent sans doute du domaine de Toraison funèbre ; mais au moins ces éloges extraordinaires étaient-ils jusque-là réservés plutôt pour les rois que pour les prétendants.— Il y a une anecdote du même genre que j'emprunte à de Thou et qui se rapporte à la plus ancienne des oraisons funèbres qui nous soit restée, à celle do François I" par Pierre du Chastel. L'orateur avait dit que rame du grand roi était déjà dans le ciel. Cette assertion scandalisa singulièrement la Faculté de théologie : c'était nier le purgatoire. On députa des docteurs vers Henri IL Jean de Mendoze, chargé de les introduire, leur dit : « Je sais pourquoi vous venez ici ; je connaissais notre bon maître mieux que vous , et s'il a été en purgatoire il n'aura fait qu'y goûter le vin ; il n'était pas homme à rester longtemps en place. » La plaisanterie fit rire et apaisa la susceptibilité de la Sorbonnc.
qu'elle sut poursuivre , de la tolérance, des compromis, des accommodements , des conciliations , elle maintint avec rigueur le catholicisme , en France , contre l'invasion calviniste , et son œuvre a été glorieusement achevée par la prise de La Rochelle, puis honteusement compromise par la révocation de l'Édit de Nantes. Il se trouva que ses intérêts étaient parallèles à ceux des vieilles traditions chrétiennes ; elle en profita. Dans la grande contre-révolution catholique de la seconde moitié du xvi« siècle, dont Philippe II est le plus habile représentant , la maison de Lorraine , aidée des papes , apparaît au premier rang. Le catholicisme de France ne pouvait être sauvé par ses docteurs; il le fut par la turbulence entreprenante d'une famille belliqueuse. Toute une moitié de l'Europe , l'Angleterre par Henri VIII et Elisabeth, le nord par Gustave Wasa , l'Allemagne par l'aristocratie fédérative de sa noblesse , était conquise au principe protestant. En se faisant au profit de leur ambition , sans tempérament et sans mesure , les représentants d'une idée absolue, les Guises sauvèrent la religion romaine en France. Quand Catherine de Médicis penchait vers la Réforme, le royaume avait failli devenir calviniste ; le Calvinisme alors avait des allures de conquérant. Ses prétentions disparurent peu à peu dans les guerres civiles, et après la violente réaction de la Ligue , ce n'était plus un maître
dictant des lois; c'était un vaincu, heureux d'être toléré.
Là est l'œuvre des Guises; là serait leur gloire, si on pouvait admettre cette doctrine que tout s'absout en histoire , par le résultat définitif , par le résultat même qui n'a pas été dans l'intention , et que dégagent les événements.
Ainsi, dans ces démêlés divers, c'est toujours la royauté qui est victime. On arrive de la sorte au règne de Henri III. Avec Henri III, la monarchie perd du terrain encore, et, sous le dehors des querelles religieuses , ses deux antiques ennemis reparaissent et grandissent. L'envahissement