‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 38 sur 196 · CHAPITRE ï, § ri · texte numérisé non relu

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populaire avec les Guises, les grandes villes recourant à leurs vieilles franchises municipales d'une part; et, de l'autre, le réveil de la féodalité provinciale avec les huguenots, les gouverneurs se croyant presque dans leurs fiefs, c'est là le double caractère du mouvement qui enveloppera de plus en plus la royauté, jusqu'à ce que les tendances démocratiques finissent enfin par l'emporter dans la Ligue , et par se trouver seules en présence de la monarchie. A ce point de vue , et à ce point de vue seulement , bien entendu , l'histoire des guerres religieuses du xvi« siècle est en quelque sorte une reproduction du passé , dont elle essaie de remettre en scène les deux éléments principaux , à savoir l'esprit féodal et l'esprit communal. Or l'avenir n'était/ pas là : les principes ont leurs âges et leur temps. Il fallait/ que la monarchie vînt rendre l'unité à ce pays déchiré, pour que la véritable liberté fût possible. C'est, là l'œuvre de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV, qui se trouvent être les antécédents , involontaires sans doute , mais logiques , mais nécessaires , de la révolution de 89.

Les premiers symptômes sérieux de la Ligue se manifestèrent en 1576. La Ligue n'était que la reproduction, vaste et une, des essais antérieurs de ligues partielles tentées par le cardinal de Lorraine ; elle n'était qu'une imitation des serments et formulaires calvinistes pour la défense de la cause , imitation que les jésuites se hâtèrent de propager. Cette association fit de rapides progrès. Dans les articles du programme (du covenant, comme on dit plus tard en Angleterre), se trouvait d'abord la défense du roi; mais comme c'était là un but secondaire , on n'y songea bientôt plus. Il était même dit , dans les premiers règlements, que ceux de l'Union avaient droit d'être soutenus contre qui que ce soit par les armes.

La mollesse que l'on trouvait à Henri III contre les hérétiques, la défection du duc d'Alençon, héritier présomptif et le dernier des Valois, vers les huguenots et les Politiques

unis , aigrirent si violemment le parti catholique , que le renversement de cette branche fut résolu. L'avocat David , député à Rome , y représenta que les bénédictions données par le saint-siége à la race de Charlemagne n'avaient point passé à Hugues Capet. On peut lire au premier tome des Mémoires de la Ligne l'extrait d'un conseil secret tenu à Rome pour la destruction des Valois et la transmission de la couronne aux Guises , comme descendants des Carlovingiens. Dans ce plan , les prédicateurs ont une grande place. On les trouve formellement dès le premier article , tant c'était alors un levier puissant : « Qu'en chaire et au confessionnal ceux du clergé s'élèvent contre les privilèges accordés aux sectaires et excitent le peuple à empocher qu'ils n'en jouissent (1). » Les curés étaient chargés de tenir un rôle des hommes en état de porter les armes , et il était résolu que le roi serait enfermé dans un monastère. Nous disions tout à l'heure que la Ligue représentait le passé , c'est-à-dire la féodalité et les communes ; voilà qu'elle remonte aux premières races et qu'elle se croit sous Chilpéric. François de Guise eût renouvelé Pépin.

Henri HI convoqua les premiers Étals de Blois. 11 espérait que les élections seraient modérées; mais les prédicateurs exaltèrent si bien les catholiques , que les protestants n'osèrent point y venir et qu'il n'y eut que des députés ligueurs. Voyant qu'il était dépassé , le roi voulut se faire le chef d'un mouvement qu'il ne pouvait pas empêcher ; il se mit à la tête de la Ligue. Cette politique, qui eût pu être habile si elle était venue d'un esprit adroit et persistant, ne Gt que déconcerter un instant les projets des Guises. L'édit de Poitiers, qui, après une nouvelle pacification, vint bientôt interdire des deux côtés les associations , rendait en fait • leur liberté aux Ligueurs, et constatait que l'Union était, comme on l'a dit, un état dans l'état.

(1) V. Anquetil, Esprit de la Ligue, 1771, in-12, l. II, p. 178.

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