‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 39 sur 196 · CHAPITRE I, § II · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § II

Le Calvinisme, fut bientôt mis au second plan. Ce parti d'ailleurs était singulièrement affaibli. Au dire de Saulx Tavannes « les protestants ne pouvaient plus tenir la campa- ' gne qu'avec les mal contents catholiques. » C'était donc maintenant une question politique entre la royauté et les idées démocratiques , entre Henri HI et les Guises. Qu'y^ avait-il de commun , en effet , comme l'a très-bien remarqué dom Plancher (1), entre la foi catholique et les généalogies publiées pour prouver que la maison royale de France était étrangère à la race de Charlemagne?

Le clergé s'éloignait de plus en plus de la royauté; les demandes de subsides achevèrent de l'aliéner (2). De toutes parts, dans les chaires, on parlait déjà contre Henri HL Un très-petit nombre de prédicateurs lui étaient restés favorables.

Arnaud Sorbin , celui-là même que nous avons vu louer la Saint-Barthélémy, avait cependant porté la complaisance envers le monarque jusqu'à l'abaissement. Quand Maugiroii et Ouèlus furent tués en duel par des guisarts, quand Saint- Mégrin fut assassiné par ordre de Mayenne et du cardinal , jaloux de la vertu de leur belle-sœur, il ne craignit pas de faire , dans l'église Saint-Paul , leur oraison funèbre , et , par ses éloges outrés, d'aller au cœur môme du roi, navré de la perte de ses mignons.

Les flatteurs ne sont pas sûrs. Sorbin entra plus tard dans le parti dé la Ligue, quand il vit la royauté en danger. Il prêcha même contre le roi et se permit les plus inconvenantes personnalités. Dans un sermon auquel assistait le duc de Nevers, il osa censurer ce prince, en sa présence, disant « qu'il écoutait trop facilement les courtiers des héré-

(1) Hist. de Bourgogne j 1781, in-fol., t. IV, p. 582.

(2) Le clergé était si peu disposé à diminuer ses revenus, que L'Hôpital, avant que les troubles ne fussent devenus si violents, disait dans un discours au parlement de Paris : « Les vicaires ne parlent à leurs paroissiens que de payer les dîmes, et rien des bonnes mœurs. » (J^fem. de Condé, 1. 1, p. 89.)

tiques » (c'est le nom qu'il donnait aux magistrats du parti royal). Mais le duc l'obligea de se rétracter dans un autre sermon auquel était de Thou, cui Thuanus inierfuit (l), et de réparer ainsi publiquement l'outrage qu'il avait fait à la personne du roi et à la sienne,

Le jésuite Edmond Auger, bien que sa compagnie fût entrée avec une violence inouie dans la Joigne, resta Adèle à Henri lïl. Il avait loué, il est vrai, les Guises avec peu de discrétion dans un discours imprimé en 1574, à propos de la mort du cardinal de Lorraine, ce qui ne montrait pas . apertement son impudence (2), mais plutôt un enthousiasme trop prompt dont il s'était bien vite guéri dès qu'il y eut danger pour le roi. Ses origines avaient été assez obscures. Je lis dansLestoile : « On le disoit avoir esté basteleur de son premier métier ; et y en a encore de vivants qui assurent l'avoir vu mener l'ours par les rues. » C'est là une exagération. Auger était né près de Troyes en 1515, d'un père pauvre et laboureur. Après avoir fait ses études chez un sien oncle, bon curé de campagne, il se décida à faire à pied le voyage de Rome, muni seulement d'une lettre de recommandation pour un prélat influent. Par malheur le personnage était mort , quand Auger arriva : le jeune pèlerin fut réduit à se faire écrivain public au Campo de' Fiori. De là il devint garçon de cuisine chez les Jésuites, tout comme Ramus au collège de Navarre. Les supérieurs remarquèreut Auger et le firent entrer dans leur compagnie. Loyola luimême lui servit de précepteur, et l'introduisit dans l'enseignement. Auger professa à Padoue ; mais la chaire le tenta et il y obtint les plus grands succès ; son ordre put même bientôt l'opposer comme son plus brillant sermonnaire aux prédicateurs huguenots. Les protestants eux-

(1) Thuani Historia sut temporis, l XCVII, § 21. Lond. 1733, in-fol., l. IV, p. 822. — Voir sur Sorbin le Dict. de Moreri.

(2) Lesloile, Journal de Henri UI, cdit. Champollion, 1839, gr. in-S», p.48B.— Cf. P.28A.

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