CHAPITRE I, § II
Brantôme a dit de lui : « C'estoit le prescheur autant hardy a prescher qui jamais a entré en chaire... il estoit fort aimé dans Paris. » Moreri le regarde comme le plus habile orateur de son temps. C'est beaucoup dire. D'Aubigné , par compensation , a pu faire de Poncet l'interlocuteur ridicule du viir chap. de la Confession de Sancy. Quoi qu'il en soit, la prison de Poncet ne dura pas longtemps. D'Epernon (1) , le favori de Henri HI , l'alla voir et lui dit entre autres choses : « Je vous aime , monsieur Poncet , vous faites rire bien des gens à votre sermon. » — « Pas autant que vous en faites pleurer » répondit le brusque curé. On peut juger par là de ses saillies. Le Laboureur (2) , à ce propos , entre en une admiration non pareille : « voilà, dit-il, une botte franche qui vaut mieux qu'un évêché dans l'histoire. »
La colère d'Henri III s'apaisa vite , il fit rendre Poncet à la liberté, disant : « L'artifice de ceux qui le mettent en besogne passe la portée d'intelligence du bonhomme qui a du savoir assez , mais de jugement peu. » Poncet revint desservir sa cure de Saint- Pierre-des-Arcis , conservant jusqu'au bout sa manière libre de prêcher. On prétend qu'il mourut bientôt de peur (3) en apprenant qu'un libelliste venait d'être pendu à la porte du palais. Mais rien n'est moins piouvé. Tout ce qu'on sait positivement c'est qu'il décéda le 23 novembre 1586. Lestoile (3), qui en fait grand éloge, enregistre sa mort et ajoute : « Ce bon et docte... n'épargnoit ni petit, ni grand; quand il avoit le bras en sa chaire , il prêchoit d'un grand zèle. » Après Poncet, nous retrouverons encore la violence , bien plus de violence : nous ne retrouverons plus la même bonhomie honnête.
(1) Brantôme, dans l'éloge de Charles.yiII, attribue cette aventure au duc de Joyeuse.
(2) Addit. aux Mém. de Castelnau, t. II, p. 58.
(3) Confession de Sancy, ch. viii. Rem. de Le Ducbat, p. 204.
(4) Lestoile, Journ. de Henri UI, p. 165 A., et 210 A.
La Ligue prôchée daos les provinces. — Mystère représenté à Cbàtillon.
— G. Rose et les mascarades du roi. — Julien Pelletier, membre du comité des Seize. — Guincestre et Muldrac. —La duchesse de Montpensier organise les prédicateurs. — Henri de Navarre commence à être injurié dans les sermons. — Le duc de Guise opposé au roi à l'occasion de la bataille de Coutras. — Oraisons funèbres de Marie Stuart.
— Renaud de Reaune. —Jean Boucher reproche faussement à Henri IH le meurtre du prédicateur Burlat (1587). — Faiblesse du roi.]
Les rigueurs de Henri lïï ne lui réussirent pas ; il avait fait fouetter les laquais de la Cour qui s'étaient permis de parodier ses processions dans les cuisines du Louvre. Cela fit rire. On rit aussi de l'emprisonnement de Maurice Poucet; la hardiesse des prédicateurs s'en augmenta : ils avaient beau jeu; le roi, au fond, soit faiblesse, soit indifférence, devait les laisser impunis, comme il avait aussi laissé sans poursuite les assassins de ses mignons.
Cependant les idées de la Ligue pénétraient partout; partout on enseignait que « quand la monarchie est déréglée, elle n'est pas autorité, mais brigandage (1). » Au nord comme au midi, l'Union trouvait des adeptes,des adeptes parmi les turbulents comme parmi les modérés. A Nismes, elle s'établissait par des massacres et des viols (2) ; à Laon, le publiciste Bodin la faisait adopter au nom de la raison et de la légalité méconnues (3). Dans les chaires des provinces retentissaient les mômes principes, les mêmes invectives que dans les chaires de Paris; à Lyon, c'était le jacobin Bolo (4),
(1) Hardouin de Péréfixe , Histoire de Henri /F, éd. de Lyon ,1812, in-8o, p. 50.
(2) Ménard, Histoire de Nismes j 175 i, in-i», t. V,^ p. 240.
(3) N. Lelong, Hist. du diocèse de Laon, 1783, in-4o, p. 449.
(4) Histoire de Lyon, de Clerjon, cont. par Morin; 1832, in-S», t. V. p. 308.