‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 44 sur 196 · CHAPITRE 1, § m · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1, § m

le masque. On mit en avant le vieux cardinal de Bourbon, qui fut proclamé roi plus tard sous le nom de Charles X, et on s'en servit dès lors comme d'un fantôme commode qui déguisait temporairement l'ambition des Guises ; les manifestes publiés sous son nom en appelaient au peuple. La Ligue prenait donc un caractère tout à fait démocratique ; les Seize dont le prédicateur Julien Pelletier (1 ) se montra dès l'abord un des membres les plus déchaînés, furent chargés d'organiser le soulèvement dans tous les quartiers de Paris. Pour atteindre à la violence des passions et les satisfaire, il eût fallu remonter à la réaction impitoyable de la Saint- Barthélémy. Singulière inconséquence de la politique ! Le massacre de la Saint-Barthélémy, auquel s'était mêlé si vivement le jeune Henri de Guise, était loué par la Ligue, au nom des idées démocratiques, comme il devait l'être quelque temps plus tard, au nom des idées absolutistes, sous le gouvernement de Mazarin et par l'organe de Gabriel Naudé. Étrange contradiction des partis ! Le principe du libre examen conquis par la Réforme menait logiquement à une organisation républicaine; mais les protestants, malgré les exceptions, malgré les anabaptistes d'Allemagne et les puritains d'Angleterre , malgré les tentatives des Provinces- Unies des Pays-Bas, malgré les tendances municipales des villes calvinistes, comme La Rochelle, les protestants, en somme, s'en étaient tenus surtout à l'ordre religieux, évitant l'application à l'ordre politique. Les idées d'Hubert Languet dans le Vindiciœ contra tyrannos, et de Buchanan, dans son fameux Dialoguey n'étaient pas acceptées généralement; le fédéralisme de la noblesse allemande, de la noblesse méridionale, était un sûr contre-poids contre ce penchant dialectique des doctrines luthérienne et calviniste à la démocratie. Eh bien! ce que la Réforme n'avait pas osé faire, la réaction

(1) Frère de jean et Jacques Pelletier, qui ont laissé quelques ouvrages. Voir la Biblioth. de La Croix du Maine à ces noms, et les Mém. de la Ligue, éd. de Goujet, 1758, in-4o, tom. V, p. 482.

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catholique le tenta, et avec violence : les ligueurs, prêchant l*absolue soumission rehgieuse, empruntèrent aux protestants le principe du libre examen, mais pour le transporter dans la politique. En France, dès lors, les rôles sont renversés :Jes catholiques passent à la démocratie,et les Guises, qui ne voyaient là qu*un moyen et non un but, sont de toute part dépassés; les calvinistes en revanche se font les soutiens ardents de la royauté. Nous verrons bientôt cet échange d'opinions extrêmes se traduire chez les catholiques dans des traités spéciaux où aucune mesure ne sera gardée.

En attendant , ces idées subversives faisaient les frais de réloquence des sermonnaires : tout le monde se mêlait de prêcher contre le pouvoir royal. Guincestre (1), surtout, jeune bachelier en théologie, que nous retrouverons bientôt, et qu'aidait un moine fanatique nommé Muldrac, se distingua par sa frénésie. Sans doute le haut clergé était quelque peu en réserve , et se trouvait naturellement rattaché à la noblesse , dont il partageait les intérêts, « reconnaissant bien, dit Matthieu (2) , que sa qualité avoit plus d'honneur et de splendeur sous un roi que par les confusions d'une démocratie. » Mais les ordres religieux, les curés, \esmaistres es arts crottés (3) , les docteurs de Sorbonne , nourris des doublons de l'Espagne , publiquement encouragés par les Guises, stipendiés, excités, dressés pour ainsi dire par la duchesse de Montpensier qui haïssait Henri III avec fureur, tout le clergé secondaire enfin , aidé des intrigues jésuitiques, de l'appui du nonce et du mécontentement de quelques évêques turbulents ou ambitieux , se jeta comme à

(1) On l'appeloit aussi Lincestre ou Wincestre; mais il sîgnoit Guincestre. ( Le Duchat, Not. sur la Ménipp., t. II, p. 55. ) Guincestre était Gascon. M. de Sismontli ajoute judicieusement : « Peut-ôlre était-il né en Gascogne d'une des nombreuses familles anglaises restées après la conquête de Charles VIL » ( Hist. des Franc., tom. XX, p. 136.) • (2) Hi$t. de Frame, tom. II, p. 572.

(3) Lestoile, Journ. de Henri IH, p. 228 B.

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