‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 45 sur 196 · CHAPITRE I, § III · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § III

l'avant-garde du parti et agit vivement sur les masses par la brutalité sans frein de ses déclamations.

Henri de Navarre, lui-même, devenu héritier présomptif (mais au vingt-deuxième degré seulement, tandis que la loi civile ne reconnaissait point alors de parenté au-delà du septième) , était le but des sorties de la chaire. On exposait à la porte des églises des tableaux hideux , représentant les supplices qu'Elisabeth était supposée faire subir aux catholiques anglais, et les prédicateurs partaient de là pour prédire le même sort aux fidèles de France si le Béarnais était appelé à régner. Toutefois, le successeur naturel de Henri III, paraissait avoir trop peu de chances pour qu'on l'attaquât uniquement. La Ligue d'ailleurs ne s'en teriait pas là ; ne voulant point ajourner la question jusqu'à la mort du roi régnant, elle avait résolu de le renverser. On ne manquait donc aucune occasion de mettre Henri de Guise au-dessus de Henri de Valois. Ainsi , en 1587, quand la destruction de l'armée allemande, à laquelle le roi avait contribué en personne , vint réparer le désastre de Goutras , on semblait faire grâce au roi en lui accordant quelque part dans la victoire. «Saiil, répétait-on dans tous les sermons, en a tué raille , mais David en a tué dix mille (1). » Il n'était question, en chaire, que des merveilles, bien plus, des miracles de ce nouveau Gédéon envoyé pour le salut de la France (2) . Ne se croirait-on pas chez ces Puritains si bien peints par Walter Scott?

Tous les événements , tous les malheurs étaient attribués à l'indolente politique de Henri III. On l'accusa même d'avoir trempé dans la condamnation de Marie Stuart, cette triste figure qui vint répandre un poétique intérêt sur la

(1) Velly, Hist. de France , 1775, in-12, t. XI, p. 284.

(2) I predicatori, cou le manière solite, ma con maggior licenza, sparlando apertamente délie cose presenti empivano Torecchie del popolo délie maraviglie anzi de' miracoli di questo nuovo Gedeone venuto al mondo per la desiderata salvezza délia Francia. ( Davila, t. I, p. 50i.)

famille des Guises. Et pourtant Henri III avait célébré avec pompe les funérailles de la malheureuse reine d'Ecosse ; il avait même envoyé ses maîtres d'hôtel inviter le Parlement, rUniversité, la Sorbonne , à cette cérémonie solennelle , et tous ces corps y avaient assisté en grand deuil fl).

Les plus modérés se laissèrent entraîner dans cette occasion. De Thou raconte, dans son LXXxviMivre, que Renaud de Beaune , archevêque de Bourges (2), qui, sous cefègne et le suivant , se distingua par sa fidélité à ses souverains , céda comme bien d'autres au torrent. Il fit un pompeux éloge des princes lorrains dans l'oraison funèbre de Marie Stuart, qu'il prononça à Notre-Dame, et il leur appliqua même le mot de Scipion duo fulmina belli, ce qui ne pouvait avoir trait qu'aux défaites des Reistres à Vimaury et à Auneau. Le roi , mécontent de n'avoir aucune part dans ces louanges, fit réprimander le prélat, qui supprima le passage à l'impression.

On ne trouve en effet, dans l'édition imprimée (3), au cune trace de ce qui avait pu blesser Henri HL II y a du mouvement dans le style et une certaine chaleur de diction qui n'est pas sans éloquence. « Marie accusée ! s'écrie Renaud de Beaune, accusée de quel crime? accusée d'estre catholique! heureux crime! désirable accusation! nul donc n'est innocent devant vous s'il n'est coupable devant Dieu î Ne fabriquez plus de témoins , elle advoue ce crime , elle le publie , elle le prêche ! » Ces éclats sont rares dans les

(1) Registres du Parlement ( Copie de la Bibl. de la ville de Paris) , in-fo,t. XXII, 11 mars 1587.

(2) Renaud de Beaune , petit-fils de Semblançay, était né en 1527, le jour de Texécution de son aïeul. l\ fut d'abord magistrat, puis prélat, et enfin archevêque de Bourges, en 1581. Comme il avait absous Henri IV, ce prince lui donna le siège de Sens en 1596; mais Clément VIII, par rancune de ligueur, ne le confirma qu'en 1602. Renaud de Beaune mourut en 1608.

(3) Or. fun. de Marie, royne d'Escosse. Paris, 1588, in-8o. (Arsenal, 1751 , Bibl. )

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