CHAPITRE I, § III
sermons du xvi« siècle. L'archevêque de Bourges trouve aussi un énergique accent de colère contre les Anglais : « Sus! sus! princes chrétiens! Dieu vous appeloit auparavant à la vengeance de ceste nation qui a pollué les temples, contaminé les autels , massacré les prestres, et pour ce que vous avez esté négligents de venger ses injures, il a conjoinct vos injures aux siennes. »
Nous voilà bien loin de la Ligue. Il est si difficile de ne se point arrêter, quand on rencontre sur sa route Marie Stuart, et, comme le dit si bien Benaud de Beaune, « ceste grandeur de courage destrempée et amollie de douceur gratieuse. )>
Si des esprits calmes , indifférents presque, comme Renaud de Beaune (1), se laissaient, à propos de Marie Stuart, emporter à ces excès contre le roi , on juge de ce que devaient être les séditieux, Les mensonges ne leur coûtaient pas. Jean Boucher, au rapport du duc de Nevers (2), dit un jourdans l'égUse Saint Barthélémy, que le roi voulait empêcher les prédicateurs de dire la vérité , et qu'il avait même fait tuer Burlat, théologal d'Orléans, ce que crurent ses auditeurs. Informé de cette calomnie, Henri III envoya quérir plusieurs docteurs de la Sorbonne, et entre autres Boucher, auquel il demanda pourquoi il avait prêché le meurtre de Burlat. Boucher répondit qu'on le lui avait assuré. «L'avezvous vu mort? répliqua Henri HI, et pourquoi croire plutôt le mal que le bien, et dire en la chaire de vérité de pareilles menteries?» Et aussitôt on amena le théologal ^^^or^aw^/or^
(1) C'est à cause de cette indifférence que Brantôme, dans la Vie de Catïi. de Médicis, a dit qu'il était « un peu léger de créance. » Du Plessis-Mornay fait aussi allusion à Renaud de Beaune, quand il parle de « ceux qui sont creus de chascun ne pas croire en Dieu. » Dans l'infâme Banquet du comte d'Arête, du ligueur Dorléans, il y a des accusations odieuses contre l'archevêque de Bourges ; mais cela ne mérite aucun crédit.
(2) Prise d'ArmeSt ap. Danjou, Arch. cur. de Vhist. de France, sér. L t. XIII, p. 173.
bien, ce qui étonna Boucher, auquel S. M. n'infligea d'autre punition que de prier l'archevêque de lui interdire la prédication pendant quelque temps (1).
Ceci se passait en août 1587; en décembre , le désordre augmenta encore. La Faculté de Théologie avait décrété « qu'on pouvoit ôter le gouvernement aux princes qui ne remphssent pas leurs devoirs , comme l'administration à un tuteur suspect. » Henri III flt une dernière tentative. Les docteurs de Sorbonne et les prédicateurs furent mandés devant la cour (2), et le roi leur tint le langage suivant : -/Vous êtes notoirement malheureux et damnés; vous avez calomnié votre roi légitime, ce qui est défendu par l'Écriture. Je sais votre belle résolution, à laquelle je n'ai point eu égard, parce qu'elle a été faite après déjeuner par trente ou quarante maîtres-ès-arts crottés qui, après grâces, traitent des sceptres et couronnes. Sixte V a envoyé aux galères des religieux de Saint-François qui avaient médit de lui ; je pourrais faire comme le pape; mais je vous pardonne à la charge de n'y retourner plus. » Puis s'adressant à Boucher, qui l'avait formellement traité de tyran, il lui dit qu'il éUit le plus méchant de tous, et cela était vrai. Nous en trouverons plus d'une preuve.
(1) Lesloile va plus loin ; il prétend que Burlal n'avait pas quitté Boucher et ses compagnons, « beuvant, mangeant et ergotiant comme de coustume. >> (Journal de Henri lU, p. 235 a. ) Buriat continua d'ailleurs ses attaques indiscrètes , car je lis , à la date du 17 avril 1589 • « Hugues Buriat , théologal pénitencier et curé de Sainte-Catherine funeux ligueur, ayant publié des libelles injurieux contre le roi Henri' III est enlevé d'Orléans et conduit à Amboise. » ( Lottin , Eecherch. sur Orléans, t. II, p. 93.) Plus tard, en décembre 1591, Buriat était dépassé, et fort maltraité dans les chaires même d'Orléans par Muidrac , inquisiteur, qui vint prêcher malgré l'évêque. ( Lestoile , Jour», de Henri IV p. 76B.) ^c.iwr,
(2) Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. 1165.~Cf. HisL EccL de Fleury, cont. par le P. Fabre, in-io, t. XXXVI, p. 133; - et Lestoile, Journ. de Henri lU, p, 234 et suiv.