‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 48 sur 196 · CHAPITRE I, § IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § IV

Au lieu de résister à la tyrannie des prédicateurs par des mesures énergiques , Henri III voulut se servir de leurs propres armes pour les battre. La duchesse de Montpensier, je l'ai dit, patronait ouvertement ces sermonnaires séditieux, et se vantait même d'être plus influente par eux que son frère Henri par ses armées. Ayant reçu l'ordre de quitter Paris, elle l'éluda habilement. Henri 1(1, dans son impuissance , se vengea de cette obstination en faisant publier, à son tour, sous le titre de Bibliothèque de madame de Montpensier (1) , un pamphlet royaliste. C'est une liste de livres supposés, tout à fait dans le goût du Catalogue de la librairie Saint' Victor, dans le Pantagruel Les prédicateurs y sont surtout maltraités , et Henri IH , violemment calomnié dans ses mœurs , y prend sur ce point ses représailles. Le curé Aubry dédie sa Vie de sainte Nitouche , à la présidente de La Guesle (2) ; Rose met en rithînes spirituelles , les aventures de mademoiselle de Neuilly (3) . Chacun des sermonnaires a sa part, et les sarcasmes varient. Ainsi, Hamilton publie un Traité sur la Confrérie des Marmitons ; les harangues de Cueilly sont publiées par les crocheteurs ; et les Polftiques de Boucher qui se vendent « rue des Oisons » sont commentés par le Petit-Feuillant (Bernard de Mont- Gaillard, dont nous ne tarderons pas à nous occuper). Hennequin , évêque de Rennes, recevait aussi son brocard : « Le dénombrement des veaus de la Ligue et le moyen de les garder de baisler, par M. de Rennes , à nostre maistre Boucher. »

(1) Lestoile, Journal de Henri Ht, p. 2U A ; 241 et suiv.

(2) C'est ainsi qu'on suppose dans la Ménippée que « l'Abrégé des Estais de la Ligue» est tiré «des Mémoires de mademoiselle de La Lande, aliàs la Bayonnoise et des secrètes confabulations d'elle et du P Commelet, jésuite. » (T. I, p. il). Nous verrons Commelet se faire remarquer par ses farouches invectives.

(3) La Ménippée ( t. I, p. loi ) revient avec malice sur la fille du président Neuilly, et Rose n'est pas compris seul dans l'imputation. Les pamphlets du temps sont d'ailleurs unanimes sur ce point. —Cf. Lestoile, Journ. de Henri IV, p. 53, note.

38 LES PRÉDICA.TEURS DE LA LIGLE.

Attaqué de la sorte , et à deux reprises , le fougueux Boucher riposta par une sanglante brochure. L'Histoire tragique de Gaverston (1) fit grand bruit. Lestoile qui la mentionne , sans en connaître l'auteur, dit que les ligueurs la firent courir; et Matthieu assure que ce libel diffamatoire remua vivement les esprits (2). Comme Topuscule est de Jean Boucher, il importe de le faire connaître.

Je ne me dissimule pas, à coup sûr, le mauvais goût de ces attaques brutales, de ces personnalités injurieuses, pour lesquelles il n'y a rien de sacré, qui déchirent tous les voiles et qui se complaisent dans la calomnie. Ces lazzis puérils, ces basses insolences , finissent par répugner ; mais il faut avoir le courage de poursuivre , de traverser toute cette fange. Traiter de la prédication à une autre époque , ce serait faire de l'histoire littéraire ; mais la prédication sous la Ligue n'a rien de littéraire, elle est exclusivement politique. Or, c'est Thistorien surtout qui est homme, dans le sens où l'entendait le comique latin ; c'est surtout à lui que s'applique le nihil a me alienum puto, La Ligue s'est faite surtout par les sermons et par les pamphlets : il n'est donc pas permis de les omettre. Le caractère môme du temps est là. Et qu'on ne dise pas que cet abus déclamatoire de la parole évangélique ne se traduisit pas dans les faits. Nous verrons les prédicateurs faire l'apothéose de Jacques Clément, et conduire eux-mêmes la main de Pierre Barrière, dont llavaillac ne sera que le continuateur.

On attribuait la Bibliothèque de madame de Monipensier à

(1) Histoire tragique et mémorable de Pierre de Gaverston, gentilhomme gascon, jadis le mignon d'Edouard II, roi d' Angleterre , tirée des chroniques de Thomas Walsingham , et tournée du latin en françois ; 1588, in-8o, ( Arsenal, H, 10537). D'Épernon lit repondre à ce pamphlol , et Boucher, ou quelqise autre, riposta de nouveau. V. la Réplique à VAnti-Gaverston, 1588, in-8", (Bibl. du Roi, L, li91,22). CL le P. Lelong, n» 18753 et suiv.

(2) Matthieu, Hist. des derniers troubles, p. 111. — Lestoile, Journ. do Henri HI, p. 261 A.

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