CHAPITRE I , § IV
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monarque envers d'Epernon :
Tout ce que nous pouvons pour Vostre Majesté Est vous donner conseil, en bonne conscience, Que vostre favory vous faciez roy de France Et soyez son ami tel qu'il vous a esté. Vous changerez de chance et serez fait semblable, Mis dessus, puis dessoubs, à l'horloge de sable Qui remplit le dessus en le mettant dessoubs. Vous reprendrez Testât, le bien et les richesses Que vous avez perdus par vos grandes largesses, Et sans nécessité serez et vous et nous.
Les vers de Passerai et de Rapin couvrirent plus lard la Ligue de ridicule ; les rimes de Boucher, bien qu'elles fussent loin d'avoir la verve spirituelle de la Ménippée, serviront cependant à augmenter les préventions croissantes contre Henri III. Dans les moments d'effervescence on admire bien moins celui qui écrit le mieux que celui qui hait le plus.
Jusque là les sermonnaires s'en étaient tenus aux paroles; ils en vinrent bientôt aux provocations, aux actes. Les plus acharnés se chargèrent de parler avec plus de colère encore contre le roi, afin que sa patience eût un terme et qu'il essayât d'en faire arrêter quelqu'un ; ce qui advint « par la séditieuse prédication d'un des leurs à Saint-Séverin , auquel ils firent vomir tant de vilaines injures que S. M. fut contrainte de l'envoyer quérir (1) », Aussitôt on iil à dessein courir le bruit que le roi voulait se saisir de tous les prédicateurs. Le curé de Saint-Séverin refusa de livrer le coupable et ameuta les gens de son quartier. Boucher prévenu fît aussitôt sonner le tocsin dans sa paroisse de Saint-Benoît; Bussi-le-Clerc, avec sa compagnie en ar-
(1) Procès-verbal de Nicolas Poulain, à la suite du Journ. de Henri IIL p. 327 A.
mes, vint se mettre en embuscade près de l'église, et les archers du roi furent vivement repoussés.
Les bornes étaient franchies, le signal de la révolte ouvertement donné. Cette scène se passait dans les premiers jours de mai 1588, et, le 12, les barricades forçaient Henri III à quifter Paris en toute hâte et à se sauver mystérieusement par une barrière dérobée au milieu des coups d'arquebuse des bourgeois.
Ce dénouement était prévu et préparé depuis long-> temps. Cromé, l'un des Seize, en convient dans son Dialogue du Maheustre : « De fait l'invention des barricades! estoit résolue entre eux plus d'un an auparavant l'effect \ d'icelles (1) ». Les prédicateurs, comme on suppose, se montrèrent là au premier rang. Ils marchaient en tête de 1 l'armée religieuse, composée de quatre cents moines et de j huit cents écoliers, disant : « Qu'il falloit aller prendre^ frère Henri de Valois dans son Louvre. » Le roi , en abandonnant Paris , rendait décidément les révoltés maîtres de la situation. C'était donner gain de cause à la Ligue. Aussi, dès l'année suivante, en 1589, un élève catholique de Machiavel, un jésuite qui devait être bien informé, Botero, dans son Traité de la raison d'Etat (2), citait à ce propos Henri III comme un exemple de faiblesse.
Un gouvernement tout à fait municipal s'établit aussifôlj à Paris qui devint , pendant^ six ans, comme on l'a dit, le centre de la république caUÎoÏÏque. On sait le traité de l'Union, et les seconds états de Bloisoù Henri III, traîné d'humiliations en humiliations, fut sommé d'abolir les tailles et de faire en même temps la guerre aux huguenots, c'est-à-dire la guerre sans argent. Le parti extrême que prit le roi, le lâche assassinat des Guises, établit un précé-
(1) Ménipp., t. m, p. U2.
(2) Non deve il principe ritirarsi dal luogo del tumulto, corne fece Arrigo III, rè di Francia nel rumore di Parigi. Ragione di Stato, 1. V. (Édit. de Chappuys, 1599, in-8o,'p. 179, v«).
dent terrible dont il fut bientôt victime. Longnac et ses sicaires semblaient en quelque sorte annoncer et légitimer, pour les ligueurs, le régicide de Jacques Clément. Henri de Guise représentait encore pour l'Union un symbole de royauté. Lui mort, la Ligue put suivre toutes ses tendances démocratiques ; la monarchie ne fut plus pour elle qu'un simulacre.
Durant Tespace de temps qui sépara leâ barricades du drame deBlois, c'est-à-dire du 12 mai au 23 décembre 1588, le clergé de Paris n'interrompit pas un seul jour son enseignement forcené. Plusieurs cures môme étant devenues vacantes, celle de Saint-Nicolas-des-Champs et celle de Saint-Gervais (1), on y installa violemment deux ligueurs, François^^Pigenat et Guincestre, au détriment et malgré les droits des titulaires désignés. A Saint-Gervais il y eut une sorte d'émeute en pleine église. Ainsi furent récompensés deux des orateurs les plus turbulents : Guincestre (2), que nous avons vu, à peine sorti des bancs de la Sorbonne, s'agiter dans les chaires de toutes les paroisses, et Pierre-François Pigenat (3) prédicateur, dont « on faisoit plus d'état que
(1) Lestoile, Journal de Henri III, p. 263 et 264.
(2) On lit à la page 13 du Conseil salutaire d'un bon Français, opuscule publié en 1589, et dont nous parlerons tout à l'heure : « J'ay veu les plus grands ligueurs de Paris délester les abominables injures que ce démoniaele Guincestre desgorgeoit eu ses sermons; » et pag. 17 : « En quelle eschole avez-vous appris, vénérable Guincestre, qu'il faille esmouvoir le peuple à répandre le sang, à se rebeller et conjurer contre son prince et les officiers de sa couronne. Si vous eussiez esté parmi les payens il y a longtemps que vous eussiez espousé le gibet. »
(3) n y a eu deux frères de ce nom , tous deux ligueurs, et nés à Aulun. On les a tout récemment encore confondus en les distinguant (Danjou, Arch. cur. sér. I, t. XIII, p. 289). Le Duchat , après Goujet dans sa réimpression des Mém. de la Ligue, a pourtant très-bien éclairci ce point ( V. Ménipp. t. II, p. 82). François Pigeuat, qui avait étudié chez les jésuites , et dout il s'agit ici , fut du Conseil des Quarante , et signa comme docteur de Sorbonne la déchéance de Henri III. Outre la cure de Saint-Nicolas, il brigua encore des bénéfices. Quanta l'autre Pigenat, il s'apptîlait Odon , et fut provincial des jésuites. Il mourut enragé, à Bourges , après avoir joué dans la Ligue un grand rôle au profit des