CHAPITRE I, § IV
d'aucun autre » et qui, dans les processions des confréries allait tout nud et vestu d'une simple guilbe de toile blanche (1).
Anquetil a raison d'affirmer (2) qu'à la première nouvelle de la mort des Guises, les prêcheurs furent attérés et qu'ils se turent ou se contentèrent de déplorer ce malheur sans parler de vengeance. Mais cet étonnement mêlé de stupeur ne se prolongea pas. Dès le 29 décembre (six jours après le meurtre), Guincestre rompit le premier le silence, il appela Henri 111 un vilain Herodes (anagramme de Henri de Valois), le traita d'empoisonneur, d'assassin et déclara « qu'on ne lui devoit plus rendre obéissance (3) » ; à la fin de ce sermon, qui avait lieu à Saint-Barthélémy, le peuple courut au portail de l'église, arracha les armoiries du roi et les foula aux pieds.
Ce Guincestre était si fier de sa nouvelle cure de Saint- Gervais, qu'il crut devoir payer d'audace et montrer ainsi sa reconnaissance à la Ligue. Les déclamations, d'ailleurs, lui avaient bien réussi jusque là et son ambition était aiguillonnée. Dès le 1" janvier, dans l'église Saint-Barthélémy encore (il est à remarquer que pour mieux animer la foule, sans doute, et varier les émotions, les curés prè-
Espagnols. M Danjou cherche en vain à le justifier. Pasquier, la Ménippée. De Thou, Lestoile, toutes les sources acceptables sont unanimes contre lui , et l'autorité curieusement érudile de Le Duchat s'y vient ajouter. Que quelques apologistes des jésuites l'aient qualifié « d'homme modéré et prudent » , rien de plus naturel ; mais cela ne fait pas autorité.— Ce qui a causé la confusion de Pigenat le jésuite avec Pigenat le curé, c'est qu'on lit dans le Journal de Henri IF (p. 19 A) : « Le 11 juin 1590 mourut Pigenat, curé de Saint-Nicolas-des-Champs.» Ces derniers mots sont une erreur de Lestoile, ou plutôt une maladroite interpolation de quelque éditeur. Il s'agit si évidemment de la mort de Pigenat le jésuite, que plus loin, et à plusieurs reprises, le Journal de Henri IV remet en scène le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, auquel nous verrous plus tard publier un traité en faveur de la maison de Lorraine.
(1) Journal des choses advenues à Paris, ap. Dulaure, t III, p. 536.
(2) Esprit de la Ligue, t. III, p. 54.
(3) Lestoile, Journ. de Henri III, p. 2C9 B.
chaient rarement dans leurs paroisses), dès le 1" janvier donc, Guincestre, en chaire, exigea de tous les assistants, en leur faisant lever la main, le serment d'employer jusqu'au dernier denier de leur bourse et jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour venger la mort des princes lorrains. Et comme le premier président de Harlay était assis en face de lui, au banc de Vœuvre^ il en exigea un serment particulier, criant à deux reprises : «Levez la main, monsieur le président, levez-la bien haut, s'il vous plaît, afln que tout le monde vous voie (1). » Harlay fut contraint d'obéir, car on eût cru qu'il était de connivence avec le roi pour la mort des Lorrains, a que Paris, dit Matthieu, adoroit comme ses dieux tutélaires », et le peuple l'eût infailliblement tué surplace.
Guincestre saisissait toutes les occasions de faire éclat. Quand Catherine de Médicis mourut, bien peu de jours après ces princes de Guise dont l'ambition avait failli détrôner son fils, et dont l'ombre vengeresse le menaçait plus dangereusement encore, le furibond curé de Saint-Gervais dit: «Que Catherine avoit fait beaucoup de bien et beaucoup de mal, et plus de mal que de bien.» Puis il ajouta que, comme elle avait favorisé les hérétiques, c'était une question de savoir si on devait prier Dieu pour elle. «Je vous diray pourtant, poursuivit-il, que si vous voulez luy donner à l'aventure, par charité, un Pater et un Ave, il luy servira de ce qu'il pourra. Je laisse cela à vostre liberté (2).»
Mais la mort de la reine-mère fut à peine aperçue au milieu de la préoccupation générale, et on ne lui fit pas même, que je sache, d'oraison funèbre. Il n'était, au contraire, question que des Guises dans toutes les chaires.
(1) Matthieu, jETj*^. des dern. troubles, p. 178.--Cf. Lestoile, Journal de Henri III, p. 278 A.
(2) Félibien, Hist. de Paris, t. Il, p I175.-Cf. Lestoile, Journal de Henri III, p. 279 A.