CHAPITRE I, § IV
contre les prédicateurs , fut à peine aperçu dans l'entraînement des passions. Il s'y remarque pourtant une intelligence vraie et nette des partis et des affaires , et le but tout politique alors de la Ligue est démasqué. « Elle fainct, y est-il dit , de vouloir courre sus aux huguenots que nous ne connaissions quasi plus (1). » Quant aux sermons des curés de l'Union , leur influence est mise au jour : « Combien devons-nous , s'écrie le bon bourgeois , détester ces sanguinaires prédicateurs qui nous tiennent tous les jours le Cousteau à la gorge, qui font mourir les catholiques, les uns en prison , les autres à la torture , font jeter les uns dans l'eau , font précipiter les autres , font prendre la fuite à ceux qu'il leur plaît, et ont rendu, depuis un an, cent mille familles désertes et ruinées (2). »
L'intérêt que les principaux prêcheurs de Paris avaient à ces désordres se devine par certaines insinuations (3J^du Conseil salutaire. Ldi plupart mouraient de faim quelques années auparavant, et maintenant ils se mettaient en haleine, les uns (comme Pigenat,qui ne s'en contentoit pas d'ailleurs ) d'avoir une bonne cure, les autres une abbaye, un prieuré , un évêché. Ce dernier poste flattait singulièrement l'ambition de Boucher. Tous trouvaient , dans le tumulte, des proflts immédiats. «Ils participent, dit le naïf publiciste , au butin des meiUeures maisons qu'ils ont fait piller dedans et dehors la ville , et la friandise de ce butin leur a fait dire en pleine chaire que tous ceux qui retenaient quelque meuble, or ou argent, appartenant aux serviteurs du roy, ou qui en quelque façon que ce fût en auroient cognoissance , ils aient à le dénoncer sur peine d'estre excommuniez. » Ces accusations étaient-elles fon-
pamphlet en l'appelant : « Un mélange confus de citations et d'injures. » ( V. no 19010. ) Sans être un chef-d'œuvre, le Conseil salutaire ne méritait pas la boutade critique de Fontette.
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dées? je ne sais ; ce qu'il y a de sûr, ce qu'on en peut conclure avec certitude , c'est que la religion n'était plus seule enjeu.
Nous avons déjà vu Guincestre interpeller en chaire le président Harlay ; après un exemple si scandaleux , les personnalités ne cessèrent plus. L'auteur du Conseil salutaire raconte que les prédicateurs ne se faisaient pas faute de nommer «haut et clair, les femmes d'honneur et de qualité, » quand elles n'avaient pas assez d'appétit à la cause, ou quand elles se permettaient d'aller une seule fois au prône « d'un plus homme de bien et plus théologien qu'eux. » Il assure même qu'il avait vu au dernier carême , en un sermon où il se trouvait , les demoiselles Barthélémy et Feudeau courir grande fortune pour avoir été ainsi désignées publiquement. Des amis communs durent employer leur crédit «envers M. le prédicateur qui se fit tenir à quatre avant que leur pardonner , c'est-à-dire avant que vouloir empescher que l'on ne les outrageast et que l'on ne pillast leurs maisons (i). >> Voilà des faits qui parlent assez d'euxmêmes. La constitution était impuissante à protéger les droits poUtiques ; la loi civile cessa d'être la sauvegarde des droits individuels.
Résistance de quelques évoques. — Amyot et le prédicateur Trahy. — Le duelliste Claude de Marolles comparé à David. — Siège de Paris. — Sermons régicides.— Jacques Clément.— Oraison funèbre de Henri HI par Jean de La Barrière. — Auger.
La conflagration était générale , quoique quelques provinces tout entières, la Lorraine par exemple (2) , fussent
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(2) Grâce aux bonnes mesures du duc Charles. (V. Dom Calmet, Hist. de Lorr., 1728, in-f», t. II, p. 1387.)