CHAPITRE I, § V
texte plausible. L'ïsle-Marivaut, gentilhomme de l'armée du roi, connu par sa valeur et sa force, avait demandé à Claude de Marolles , qui servait dans l'armée de la Ligue , s'il n'y aurait point par hasard quelqu'un de sa cause qui fût prêt à rompre une lance pour Vamour des Dames, « Il y en a mille , répondit Marolles , mais il n'en faut point d'autre que moi seul. » L'affaire eut lieu le lendemain, et Marivaut fut tué. Là-dessus , les prédicateurs s'écrièrent en chaire que « le jeune David avoit tué le Philistin Goliath ; » et ils firent du nom de Claudius de Marolles l'anagramme : «Adsum in duello clarus. »
Ce n'était rien d'approuver implicitement le duel ; on loua bientôt l'assassinat et le régicide. Nous avons déjà vu Pigenat demander un vengeur aux Guises et désigner aux coups des meurtriers le sein de Henri III. Regarder comme un jeu, regarder même comme sacrée la violation des serments faits à la royauté, c'était dès lors, dit formeUement de Thou (1), l'enseignement général des chaires et des confesseurs. Pithou, dans l'éloquente Harangue de D*Auhray^ qu'il composa pour la Ménippée, rappelle qu'on invoquait l'Écriture dans les sermons pour établir « par textes appliqués à fantaisie » qu'il était méritoire de tuer le roi, et il compare ces
foi. Le ligueur Meurier prêchait à Reims dans les premiers temps de l'Union , et je lis dans un Recueil de ses Discours : « Vous scavez où le monde en est aujourd'huy, principalement la pluspart de la noblesse, laquelle estime le poinct d'honneur consister en cela de ne souffrir aucune parole injurieuse, et pour un démenti faire mourir un homme corporellement et spirituellement. Qui donc met en oubly entièrement et remet tout à fait une injure receue d'un autre, vrayement il lui donne du sien, non de son argent qu'il tire de sa bourse, mais de son maltalent qu'il arrache de son cœur. » La doctrine du pardon ne pouvait pas persister longtemps avec les haines furieuses de la Ligue. ( V. Petit Traité des Indulgences, déduit par Sermons, Reims, 1587, in-S», p. 2.)
(1) Pravo tune more invaluerat ut, animis a perversa concionatorum et eorum qui pœnitentiisin sacris confessionibus audiebant, doctrina nuper a novitiis theologiae introducta, praeoccupatis, Hdem régi fallere pro ludo haberetur et vero a plerisque religiosura haberetur. ( Thuan., 1. XCIV, §l6;t.IV, p. 708).
prédicateurs régicides aux docteurs de Jérusalem qui trouvaient aussi dans la Bible la condamnation de Jésus : nos habemus legem et secundum legem débet mori.
Le siège était devant Paris, et comme le peuple parlait de se rendre, on prêcha qu'il suffisait de patienter sept ou huit jours « et qu'avant la fin de la semaine on verroit quelque grande chose qui mettroit à Tayse. )> Pithou assure qu'à Rouen, à Orléans, à Amiens, les prédicateurs parlèrent en môme temps et dans les mêmes termes.(l); tant ces orateurs de l'Union s'étaient, par leurs intrigues et leur activité, créé de relations et d'appuis.
Davila n'hésite pas à attribuer la détermination de Jacques Clément à la fièvre qu'allumaient en lui ces sermons incendiaires (2) . Les faveurs de la duchesse de Montpensier avaient peut-être achevé de l'exalter, et pour le rassurer, le duc d'Aumale, gouverneur de Paris, fit mettre en prison plus de cent des principaux bourgeois dont la vie, lui avait-on dit, devait répondre de la sienne.
Henri III fut assassiné le 1"' août 1589, « prince, dit trèsbien d'Aubigné, qui avoit de grandes parties de roi, souhaité pour l'estre avant qu'il le fust et digne du royaume s'il n'eût point régné (3). » Nous verrons bientôt comment les prédis cateurs traitèrent sa mémoire et s'acharnèrent à son souvenir. Il faut cependant noter quelques rares exceptions.
Le jésuite Auger, on se le rappelle, était fort attaché à son maître. Le P. Jouvancy, qui appelait encore la Ligue « un lien sacré pour défendre la religion,» rapporte que dès 1585 ses supérieurs avaient cru devoir éloigner Auger de la cour où son zèle royaliste compromettait les vues de la compagnie (4).
(i) Sat Ménipp., 1. 1, p. U5et 157— Cf. Mém. de la Ligue, t. IV, p. I.
(a) ... Stiuiolalo dalle predicalioni che giornalmente sentiva fare contra Henrico di Valois, nominato il persecutore della fede e il tiranno.. (Davila, t. II, p. 43).
(3) Hist. Universelle, t. III, p. 183.
(4) Histor. Soc. Jesu ; Rome, 1710, in-fol., I. XVI, § 24, p. 377.