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Antécédents des prédicateurs ; leur biographie. — Boucher. — Rose. — Launay. — Génébrard. — Feuardent. — Crespet. — Le Petit-Feuillant Bernard de Montgaillard. — Les curés Hamilton, Julien, Aubry, Cueilly, etc. — Les missionnaires étrangers Christin, Garin, PanigaroUe. — Les prédicateurs modérés Chavagnac, Benoist, Morenne. — Moines et docteurs.
Jean Boucher, par le nombre de ses écrits , par l'importance de son rôle, doit venir le premier ; Voltaire le traite de séditieux emporté jusqu'à la démence (1) , et Bayle ne lui est guère plus favorable (2). L'historien de Thou, qui était de sa famille , loue sa naissance et son érudition , mais il insiste sur sa férocité, feritatem, et sur sa rage (3). Boucher reparaîtra si souvent dans ces saturnales de la Ligue qu'on regrette de n'avoir pas sur sa vie privée de détails bien particuliers.
Né à Paris, en 1551 , d'une bonne famille de robe [k], il avait pour très-proches parents Christophe De Thou, et par sa mère, Guillaume Budé. Le président Brisson, à la mort duquel il n'eut pas honte de contribuer plus tard , était aussi son allié et s'intéressa à lui dans son enfance.
Boucher reçut les premières leçons de littérature et de
(1) Hist. du Parlement de Paris, ch. xxxiv; dans ses OEuvres, édit. Renouard, t. XXIII, p. 151.
(2) « Trompette de sédition et l'esprit le plus mutin et le plus fougueux qu'il y eût parmi les rebelles. » Dict. de Bayle.
(3) Joannes Bucerus, nobili familia, imprimis eruditus, de cetero ad feritatemet rabiem usque obtrectator et factiosus. (Thuan., 1. LXXXVI, 8 17; t. IV, p. iiOj.
(4) Voir Moreri, Mém. de la Ligue, t. IV, p. 22 , et l'avert. de Lenglest Dufresnoy en tête du t. VI. — Le Duchat. notes sur la Ménippée, t. II, p. 53. — Brute, Chronologie des curés de Saint-Benoît, 1752, in-S», p. 32.
6fi LES PRÉDICATEURS DE LA LIGUE.
philosophie de Jean Prévost, curé de Saint-Séverin , un de nos prédicateurs sur lequel il exerça depuis une grande influence. Thynot voit dans Prévost (1) une des lumières de la théologie de son temps. Davila (2) loue aussi sa science et son éloquence : Huomo di rara doctrina e di copiosa eloquenza. On a vu que Prévost avait pris part aux premières réunions de la Ligue dans la chambre de Boucher; mais les violences de l'Union Teffrayèrent vite, et bientôt il reprendra un rôle pacifique et avertira même Brisson des dangers qui l'entourent. L'historien De Thou (3) , qui l'appelle un homme docte, le jugeait donc bien en disant qu'il était entré surtout dans la Ligue par imprudence : imprudentia potius quam turbarum desiderio.
Ce fut là le précepteur de Boucher. Mais rien du calme et de la douceur du maître ne se refléta dans l'élève, qui parvint au contraire à faire rejaillir sur Prévost quelque chose de son caractère perturbateur. Boucher débuta par l'enseignement. Il professa les humanités à Reims et y devint recteur. Il harangua même Henri III , dans cette ville, lors de son sacre, en 1575. Son ambition l'ayant ramené à Paris, il fut nommé régent de philosophie au collège de Bourgogne , puis de théologie au collège des Grassins ; enfin , devenu prieur de Sorbonne, il fut élevé, en décembre 1580, aux fonctions de recteur de l'Université : il avait trente ans! La cure de Saint-Benoît devint vacante peu après, et comme il avait pris avec éclat le grade de docteur en théologie , le
(1) Unum de summis quos nostra miratur jetas theosophi» doctoribus qui Buchœri pueritiam politioris literaiurae suavissimo lacté, adolescentiam philosophiaesolidiori cibo refecit. (Mich. Thynoti, XXXV orationes vulg. Paranymph., 1583, in-8o. p. 97, v»).
(3) Thuan. 1. LXXXVI, § 17; t. IV, p. 440. Prévost avait fait, en 1582 une oraison funèbre de Christophe de Thou (Lestoile, Journal de Henri Hl, p. 103 A) qui est imprimée et qui est devenue insignifiante. U aimait la paix. En 1578, dans les querelles du roi avec le clergé pour les décimes extraordinaires, c'est lui qui apporta de Fontainebleau l'ordonnance d'exemption et de décharge. (Lestoile, Ihid.)