‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 63 sur 196 · CHAPITRE I, § VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § VI

lement (1); Lestoile mentionne ce fait comme un dire des Politiques (2), et on voit aussi que c'était un bruit'populaire par la Bibliothèque de madame de Montpensier^ pamphlet dont il a été question, et où je lis l'annonce du livre suivant: «Traité singulier de l'altération des cerveaux, dédié à M. Rose (3).)) Enfin, le premier discours qu'il prononce dans la Ménippée, se termine malignement par ces mots : Beati pauperes spiritu. Il serait désirable, pour l'honneur de l'évêque de Senlis, que cette explication pût être acceptée.

Après Rose et Boucher viennent leurs rivaux, les uns éminents, les autres secondaires. Je vais les ranger un peu au hasard ; l'ordre se retrouvera.

Mathieu de Launay (4) était né aux environs de Sens. « Après avoir été, dit De Thou, chanoine de Soissons, il avait renoncé à la foi de ses pères pour embrasser le calvinisme. On le fit ministre, et il se maria ; mais, sur le déclin de l'âge, las de sa femme, et encore plus de sa misère, il quitta les protestants pour revenir à la religion romaine. Comme on ne se fiait pas trop à sa conversion, il voulut donner une preuve de catholicité hors de tout soupçon, et se rattacha aux Ligueurs. » Ce récit n'est pas tout à fait exact. Il est établi que Launay ne fut chanoine de Soissons

(1) Id alii ascribebant furori quo interdum ille per intervalla tentabatur. (ïhuan., 1. XCIV, § 16, t. IV, p. 708.) Cf. Mém. de la Ligue, tom. V, p. iOi.

(2) Lestoile, Journal de Henri III, p. 16 A.

(3) Id., Journ. de Henri III, p. 242, B.

(4) Voir Bayle et Moreri ; — Mém. de la Ligue , t. V, p. 51 ; — Sat. Ménipp., 1. 1, p. 54 ; — Id., Notes de Le Duchat, t. II, p. 146 et suiv.; — Thuan., 1. LXXXVI, § 17, t. IV, p. 440 ; — Biblioth. de Duverdier; — Lettres de Pasquier, dans ses OEuvres, t. II, p. 481 B., et 483 C. — On écrit indifféremment Launay ou Launoy. Quelques biographes le font curé de Saint-Méry ; mais nous verrons que cette paroisse était dirigée par le royaliste Morenne. Peut-être , toutefois, Launay y prétendait-il , par imitation du D^. Lucain, qui voulut aussi déposséder Morenne et s'établir de force à Saint-Méry, comme Guincestre à Saint-Gcrvais et Pigenal à Saiat-Nicolas-des-Champs.

qu'après son retour au catholicisme. Était-il même prêtre

lors de son apostasie calviniste, à Genève, en 1560? Cela

est à croire. On peut, au surplus, voir dans Bayle la longue

discussion que ce détail a soulevé. Le malin sceptique

insinue même que Launay ne redevint romain qu'à cause

d'un adultère qui l'aurait fait pendre en effigie. S'agissait-il

d'une chambrière? Bayle insiste sur tout cela avec une

complaisante ironie, avec une curiosité très-éveillée et de

mauvais goût. C'est toute une dissertation en forme. Le

mot d'Horace eut dû pourtant revenir au souvenir d'un

érudit : Ne sit ancillœ tibi amor pudori. Il existe une Défense

de Launay imprimée, et à laquelle on peut recourir (1).

Ce qui reste constant , c'est que Launay fut dans les troubles, selon l'expression de Pasquier, un grand remueur des opinions de la populace, Bayle ne va pas trop loin quand il parle de ses crimes horribles, et Le Duchat a raison de l'appeler un scélérat. Nous le verrons à l'œuvre. Dès 1581, voulant donner des gages aux catholiques, il avait publié contre un de ses anciens confrères calvinistes je ne sais quel gros volume intitulé Réponse chrétienne et dont le ton séditieux n'annonçait déjà que le carnage. Le canonicat de Soissons ne lui suffisant pas , il fut avec Boucher un des quatre premiers piliers de la Ligue, comme on disait, et après avoir fait signer le serment de l'Union (2) à la noblesse et au peuple de Soissons, il vint dès l'origine prendre part aux conciliabules. Ses amis le firent bientôt appeler à Paris, et l'introduisirent dans le Conseil des Quarante. Dès lors il se mêla activement des affaires publiques et fit « de belles prédications, avec infinis auditeurs », comme ditVaultierdeSen]is(3).

Nous n'avons jusqu'ici rencontré qu'un ambitieux cruel dans Boucher, un évêque en démence dans Guillaume

(1) 1577, in-80.

(2) Dormay, Hist. de Soissons, 166i, in-io, t. II, p. 500.

(3) Ap. Bernier, Zoc. cîY., p. 300.

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