‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 64 sur 196 · CHAPITRE I, § VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, § VI

Rose, un apostat capable de tout dans Launay. Voici maintenant un érudit entêté et fanatique. Ces sortes de natures ne sont pas les moins à craindre.

Génébrard (1) était né à Riom , en 1537. Il se fit bénédictin et devint , selon Goujet , un des plus savants hommes de son siècle. La chaire d'hébreu du Collège royal lui fut donnée , ainsi qu'un bon prieuré , et il fit son cours avec le plus grand succès, magna frequentia , dit De Thou. François de Sales fut son élève , et la douceur , l'affectueuse tendresse du saint contrastent singulièrement avec l'aigreur et le ton acerbe du maître. Génébrard était un homme rangé, laborieux , et qui ne travaillait jamais moins de quatorze heures par jour. Il avait même accoutumé un chien à le réveiller. Mais l'ordre et la mesure de sa vie ne se reproduisirent pas dans ses livres : Vita quam stylo temperatior. Il ne ménage guère en effet les gros mots, les injures, les calomnies contre les savants qu'il combat. Ce sont des termes, des aménités, à la Scaliger : Petulantissimum pro-^ cacitatis animal. Il avait fait un distique contre Théodore de Bèze qui se piqua et le parodia ainsi :

Genebrardus e papismo ad Judaismum transiit , Idem e Judaismo ad diabolismum rediit.

Malgré ses boutades de bel esprit en colère , Génébrard a publié des livres utiles. Niceron n'en indique pas moins de trente et un. Il suffit de remarquer que son édition d'Origène est de beaucoup supérieure aux précédentes , et que sa traduction de Josèphe n'est pas sans mérite.

On conçoit qu'un caractère aussi emporté que celui de Génébrard se soit livré à l'entraînement de la Ligue. Les biographes qui sont en général des érudits , Tout traité un

(1) Voir Goujet, Hist. du Collège royal, 1758, in-4», part, i, p. 102 ; — Niceron , t. XXII , p. l à 18 ; — Teissier, Éloges des Savants, 1715, in-12, p. 301 à 309; — Thuan., 1. CXIX, § 17, t.V, p. 715 ; — Lécuy, Biog. umv., t. XVII

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îâ LES PRÉDICATEURS DE LA LIGUE.

peu en confrère , c'est-à-dire avec indulgence. Goujet avoue à peine en passant qu'il donna « dans le fanatisme le plus outré , » et Niceron se contente de dire qu'il ne fut pas judicieux dans le choix de ses opinions. Nous verrons ce qu'il faut penser de son éloquence dans la chaire. On n'a aucun de ses discours, et les canevas de sermons que j'ai retrouvés écrits de sa main aux manuscrits de la bibliothèque du Roi (1) ne sont guère que des citations incohérentes et à développer. Mais les contemporains parlent souvent du

(1) Ancien fonds français, 3300 et 3301, in-fol. - La première page est datée de 1572. Ce sont des notes sans ordre, des phrases de l'Écriture et des Pères écrites en tous sens, et souvent sur le dos des pièces imprimées. J ai dit plus haut que Génébrard avait prêché le carême à Notre-Dame, précisément la première année de la Ligue. -Les mss au surplus m'ont fourni, comme on se l'imagine, fort peu de ressources sur les prédicateurs de la Ligue. On compte à peine quelques volumes de ser. mons imprimes ; comment voudrait-on qu'il y en eût d'inédits? Les brouillons sentent le loisir et la paix : on improvise en temps de révoluuon. n y a cependant aux mss. de la Bibliothèque royale quatre gros volumes in-folio (ancien fonds français, 70i6 à 70i9), qui ne sont autre chose que le recueil des homélies de Cornac, abbé de Villeloing, lequel, pendant la Ligue, eut grand crédit auprès de Charles X , et passa ensuite dans / étroite conscience du duc de Mayenne. Mais ces sermons sont évidemment antérieurs aux troubles , puisque l'auteur parle à un endroit du jubile de 1550, comme d'un fait contemporain, et qu'il dit ailleurs • « La paix est la joie des familles et la vie des Estais » (no 70i7, p 2i) Le recueil toutefois n'est pas sans intérêt. Plusieurs de ces sermons paraissent s adresser à des moines, ce qui était une bien rare exception au xvie siècle, après avoir été si fréquent au moyen-ûge. Au surplus. Cornac ne dissimule pas la corruption des cloîtres : « Où trouvera-t-on, dit-il a un endroit, moins de sentiments de piété , de dévotion et d'humilité que dans les monastères?» {Ibid. p. 16.) A propos des moines, l'auteur n est pas du sentiment de Gerson, et il se prononce d'avance pour l'abbé de Rance contre Mabillon. La contemplation lui paraît le seul travail d esprit qu on doive se permettre dans les couvents. « Quand vous ne seriez point savants en théologie, dit-il à ses religieux dès les premières pages du no 7048, il importe peu, n'ayant à instruire personne , ny à convaincre les hérétiques, avec lesquels vous ne devez avoir aucune communication, et non pas même souffrir qu'ils approchent de vous. » Ce dédain de la science reparaît ailleurs encore : « Ce n'est pas aux opérations de l'intellect que le paradis est promis, mais aux actes de la volonté» (no 7046, p. 68). Cornac est savant pourtant en histoire ecclésias-

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