CHAPITRE II, § II
fait expier sa fausse clémence; falso usurpatœ clementlc
pœnas dédit»
Que reste-t-il à faire? se demande en terminant l'auteur. L'exemple de Henri III ne sera pas perdu; le traité de Justa Abdicatione ne sera pas inutile. Le Béarnais reste, qu'il faut chasser et écraser (1). On a tué un roi impur, on ne souffrira pas un tyran exécré (2). C'est la mission du peuple de le frapper ; c'est la mission de Mayenne , ce frère des Machabées, de le vaincre. Dieu se laissera exaucer.
Tel est le singulier livre de Jean Boucher (3) . C'est bien l'image du temps , un mélange de bouffonneries grossières, de quolibets ridicules, de subtilités scholastiques , de violences d'école, d'apostrophes de carrefour, d'arguties de légiste, d'indigeste érudition biblique, de pédantisme profane, de haines passionnées, de débris de la théocratie papale et de je ne sais quel pressentiment grossier des doctrines révolutionnaires; et au milieu de tout cela, entre une fable ridicule et un syllogisme , entre une calomnie impudente et un texte de juriste , des idées sérieuses, une passion quelquefois éloquente, une logique serrée, un incontestable talent de polémiste. La marche est vive, les raisonnements serrés, les chapitres courts, l'ensemble adroit et frappant. Tout le xvi« siècle semble s'être déversé là pêle-mêle, et le livre de Boucher est une date. C'est, Grotius l'a très-bien remarqué (4.), la Ligue s'emparant de la politique populaire qu'avaient formulée anté-
(1) ... De hoc quoque excludendo , imo conlerendo dixisse videri cu-
piamus {prœf.). . » • . «
(2) ... Et nos qui nec impurum sustinere poluimus execratum islum
assnmemus (p. 455). , , « • *
(3) On a longtemps attribué à GuiU. Rose un traité analogue : De justa reipublicœ christianœ in reges impios authoritate. V. T Appendice à la
fin du volume.
(4) Oper. Théologie, Amsterd., 1679, in-f«, p. 702 A.
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tieurement les ministres calvinistes et la modifiant par les traditions sacerdotales.
L'ouvrage de Boucher, à la fois sec et déclamatoire, ce style fidèle à la barbarie du moyen-âge et au cicéronianisme de la renaissance, cet amalgame bizarre de plats quiproquo etde logomachie religieuse, plurentaux ligueurs. Le de Justa Abdicatione obtint le plus grand succès. Au fond ce n'était que la manière de V Apologie pour Hérodote bizarrement accouplée avec la manière de Ramus, le procédé de Rabelais et du Maître des Sentences fondus dans un même livre par un sophiste pédant et trivial.
L'infatigable activité de Boucher ne s'en tint pas à cette démonstration en forme; il lui suffisait d'avoir fait une fois ses preuves de bel esprit érudit, de casuiste politique. Le curé de Saint-Benoît reprit bientôt la polémique courante, la guerre des sermons et des petits pamphlets. On a de lui (1) une réponse au mandement royaliste de l'évoque du Mans (2), qu'il publia quelques semaines après le de Justa Abdicatione, Les prétentions du Béarnais à la couronne y sont combattues avec acharnement et l'assassinat du feu roi y est, comme toujours, exalté : « L'action de Jacques Clément, dit Boucher, est chose très-louable, proche de martyre, et le contraire ne se peut soutenir sans grande témérité, sans aperte et sanglante malice et sans porter scandale au peuple. »
Voilà où les théoriciens de la Ligue en étaient arrivés en 1589 : ils voulaient la souveraineté du pape et la souveraineté du peuple ; ils faisaient la guerre aux mots, ils
(1) V. le P. Lelong, n» 19081 ; — Dict. des Anon. de Barbier, 9799; — et Catal. Leber, t. II, p. 208.
(2) Lettre missive de VÈvèque du Mans ( Claude d'Angenues ) , avec la Réponse à elle faicte par un Docteur en Théologie y en laquelle est répondu à ces deux doutes : Si Von peut suivre en seureté le Roi de Navarre et le recognoistre pour Roy, et si l'acte de F. Clément doit estre approuvé en conscience et si il est louable ou non. Paris, Chaudière , 1589, in-8o. — Réimp. à Orléans et à Troyes.