CHAPITRE II, § m
•transportaient, on l'a vu, leur haine dans le vocabulaire, dans la langue. Le Petit-Feuillant affectait d'appeler Henri III monsieur; et Boucher ne voulait pas que le roi dît mon royaume. Malgré soi, on ne peut s'abstenir de modernes rapprochements. La Harpe a écrit sous le Directoire un traité fort aigre contre les excès de l'idiome révolutionnaire. Du Perron ou Malherbe en auraient pu faire autant après la Ligue.
Mémoire dans lequel PànigaroUe expose au duc de Savoie la situation des partis et les chances des prétendants. — Diverses catégories de ligueurs d'après Pasquier. — Vues et intrigues de Philippe II. — Rôle de la maison de Lorraine. — Le parti des Politiques. — Pamphlet royaliste malicieusement publié sous le nom de Pigenat. — Avis du duc de Nevers sur les prédicateurs dans son Traité de la prise d'armes. — L'évéque de Beauvais Fumée insulté par un lieutenant de réchevinage. — Le clergé de Mâcon fait le siège de l'hôtel-de-ville.— A Lyon, d'Espinac donne son palais épiscopal pour en faire une prison.
— Les prédicateurs de Toulouse et l'assassinat du président Duranti.
— Missionnaires envoyés de Paris. — Hylaret à Orléans— Sa mort.
A ne considérer les doctrines qu'en elles-mêmes, on serait tenté de croire que la Ligue , selon l'expression de Palraa Gayet, tendait exclusivement à réduire l'état de France en une république soumise au pape.
Sans doute c'étaient là les théories réelles, sincères peutêtre , de quelques membres acharnés de l'Union ; mais , il faut bien le dire , les ambitions diverses, les nombreux prétendants à la couronne, ne voyaient là qu'un instrument utile, propre à augmenter le désordre , et en même temps à augmenter leurs chances. C'est pour cela que l'Espagne encourageait et propageait ces idées démocratiques ; c'est pour cela que le saint-siége était favorable à ces tendances
sacerdotales.
La division régnait dans tous les partis , et le dénouement était si impossible à prévoir, que presque tous les princes
du dedans et d'alentour aspiraient sérieusement au trône de France, ou au moins à un démembrement dont ils auraient leur part.
Parmi ces prétendants, il faut compter Charles-Emmanuel , duc de Savoie , qui avait épousé Catherine , seconde fille de Philippe II , et qui réclamait le sceptre comme fils d'une fille de François P^
Panigarolle, venu, en 1589, avec le légat Gaëtano, semble avoir été Tagent du duc de Savoie, auquel il devait d'ailleurs le siège d'Asti. Durant son séjour à Paris, au centre même de l'Union, l'actif évêque entretint une correspondance suivie, fréquente, avec Charles-Emmanuel (1). Trois mémoires courts et substantiels, qu'un curieux recueil du temps nous a conservés (2), furent aussi adressés à ce prince par Panigarolle. L'ancien apologiste delà Saint-Barthélémy y expose à son maître ce qui s'est passé jusque-là , ce qu'il y a à faire , et ce que sont les dispositions de la nation. La partie narrative est peu importante ; tout cela est ailleurs et plus au long. Mais les plans et les jugements de Panigarolle sont dignes d'attention ; c'est la Ligue considérée du point de vue italien. Je vais donc analyser et reproduire fidèlement , dans leur substance , les dépêches de l'évèque d'Asti , sauf à les contredire tout à l'heure :
« Il y a en France trois grands partis : les hérétiques , les Politiques et les catholiques.
a Les hérétiques veulent le roi de Navarre comme il est, et s'appuient sur cette doctrine qu'il faut prendre les rois tels que Dieu les donne (3).
(1) ... Numéro grandissimo di lettere le quali hô scritto a voslra Altezza in Parigi [Lettere di Panigarola. Milan, 1629, in-8o, p. 233. (Bibl. royale Z. 1114).
(2) Ap. Mém. d" Estât recueillis de divers manuscrits^ en suite de ceux de M. de Villeroy. Paris, Thiboust, 1623, in-8o. V. p. 609 à 628.
(3) Le singulier et brusque échange d'opinions politiques entre les catholiques et les protestants n'échappe pas à Panigarolle, et il trouve que le soutien prêté alors par les calvinistes à la royauté est « une no-