CHAPITRE II, § III
(tLes Politiques, c'est-à-dire ceux qui joignent la religion à Véiat et non Cétat à la religion , veulent également le roi de Navarre, mais converti. Ils sont en grand nombre, même en Italie ; un pape pourroit être élu qui leur seroit favorable ; mais le saint-siége feroit en les appuyant chose indigne de soi,
« Enfin les catholiques veulent un monarque , bon et sûr catholique , et qui le soit déjà.
« Dans cette conjoncture , ce qu'il faut combattre à outrance , c'est le parti des Politiques , et partant le Béarnais. Le pape n'a qu'un rôle à jouer. Il faut qu'il envoie un secours , non en argent qui seroit très mal despensé (1), mais en troupes , c'est-à-dire huit mille fantassins et trois mille chevaux. Cela ne coûtera au saint-siége que cent mille écus par mois , et dans un an (pourvu que l'Espagne y aide , et que l'armée pontificale aille nétoyant la France) , on pourra être maître delà situation.
« Que faire alors? Faudra-t-il diviser le royaume en plusieurs parties , comme est à présent l'Italie? Beaucoup sont de cet avis. Mais si ce plan est de nature à bien servir à Vestat , il n'est d'aucune utilité pour l'affaire de la religion. Le vrai remède , le vrai moyen de rétablir la paix en France est donc de créer un roij , ce qui ne se peut faire sans une assemblée des États-Généraux qui l'élise.
«Maintenant, sur qui se portera le choix? Quelle est la position , quelles sont les espérances légitimes de
chacun ?
« Je ne doute pas qu'un prince de la maison de Bourbon, le comte de Soissons surtout, n'obtînt un très-grand nombre de suffrages. Une bonne partie de la noblesse, toute la ma-
lable acquiesçalion aux esprits des simples catholiques. » Panigarolle appuyait surtout la Ligue par esprit ultramontain. La démagogie insolente des Seize allait mal à son urbanité de cour.
(1) Cela prouve que les chefs ligueurs se préoccupaient encore plus de leurs intérêts que des intérêts de leur parti, et qu'ils prenaient leur part des secours envoyés par l'étranger.
gistrature , lui seraient favorables. Mais le tiers-état le repousserait avec opiniâtreté.
« Après un membre de la famille de Bourbon , c'est le jeune duc de Guise , actuellement en prison , qui rencontrerait le moins d'obstacles. Il aurait la majorité de la noblesse, presque tout le clergé, et le peuple unanimement.
« Il y a encore Mayenne. Celui-là n'aurait pas la centième partie des voix nécessaires. Il est décidément fort escarté,
« On ne pense pas plus de bien du jeune duc de Lorraine (pour lequel son père réclamait , comme né d'une fille de Henri II). Cette branche est fort peu en estime, et Mayenne d'ailleurs accepteroit plutost le diable pour roy.
a Enfin , pour en venir à Philippe II, quand les ressources de l'Espagne seroient quatre fois plus grandes , ce ne serait pas encore assez. L'Espagne est trop suspecte à la nation française. Si Philippe II envoie de l'argent , on le dépense sans profit, chacun s'en joue et s'en moque ; s'il envoie des troupes, on prend ombrage. Les prétentions de l'Espagne suffiroient d'ailleurs pour mettre Taccord parmi les Français divisés et pour fortifier ce tiers-parti qui commence desjà à pulluler. Bref, Philippe II n'aura jamais la couronne de France , à moins que l'extrême nécessité ne le fasse roi par la volonté du peuple.
« Quant à Votre Altesse, je ne la flatterai pas. Deux choses lui sont très-préjudiciables, son peu de pratique de la Frauce , puis la rumeur qui a couru sur l'affaire de Salcède. En revanche, Votre Altesse a pour elle ce naturel belliqueux et libéral qui plaît aux Français; de plus , elle pourroit incorporer au royaume très-chrétien le marquisat de Saluées, qui seroit une porte perpétuelle aux affaires d'Italie, enfin son mariage avec une fille de Philippe II ne lui sera pas nuisible : le duc de Mayenne lui-môme ne se montrerait pas très-hostile à cette combinaison. »
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Tel est , en résumé , et exactement reproduit dans ses