‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 84 sur 196 · CHAPITRE II, § III · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, § III

termes importants , le mémoire adressé par Panigarolle à Charles^Emmanuel. Les vues de Rome, les idées italiennes sur la France s'y montrent sous un jour nouveau. Je n'ai pas besoin de dire que l'évêque d'Asti s'abusait sur beaucoup de points. C'est le propre des partis extrêmes de vivre d'illusions et de nourrir les espérances les moins fondées. Il est inutile de relever toutes les conjectures erronées de Panigarolle. Touchons seulement quelques points en passant, et rétablissons les faits.

Et d'abord, ce parti des catholiques , ou pour mieux dire des Ligueurs, que Panigarolle semble présenter comme parfaitement compact , n'avait pas celte unité imposante de vœux et de sentiments qu'il lui prête. Pasquier distingue soigneusement (1), parmi les membres de l'Union, trois classes distinctes : 1» les zélés, qui en sont encore aux haines de la Saint-Barthélémy, et qui veulent tout tuer, Politiques et huguenots ; 2" les espagnoUsés , qui , afin d'en finir et d'avoir la paix , destinent la couronne à l'Infante ; 3** les Ligueurs clos et couverts, qui désirent la destruction du Calvinisme, mais sans changement de gouvernement. — On voit que les nuances étaient nombreuses. Panigarolle se garde de découvrir ces plaies de son parti.

D'autre part l'évêque d'Asti suppose à Philippe II bien moins de ressources et de chances qu'il n'en avait; mais c'était sans doute pour flatter le gendre ambitieux du roi d'Espagne. — A le prendre d'un certain côté , la Ligue n'est qu'un épisode de cette longue et terrible lutte que la maison d'Autriche soutint contre la prépondérance croissante de la France. C'est l'époque d'intrigue après l'époque militaire, Philippe II après Charles-Quint : guerre moins éclatante mais aussi dangereuse. En appuyant l'Union , Philippe II avait deux buts , l'un général , l'autre particulier; le premier, qui se rapportait à cette politique de résistance par laquelle il

(I) Recherch. sur la Fr., 1. VIII, ch. LV.

s'était fait en Europe le chef de la contre-révolution catholique , le second , qui était de raviver la rivalité entre la France et TEspagne , de continuer l'œuvre de Charles-Quint

contre François I".

Durant trente-deux ans, de 1566 à 1598, Philippe II ne cessa pas un instant de déployer la même activité persévérante à l'égard de la France et de s'immiscer par ses manœuvres perfides dans la réaction contre les protestants. Dès les premières années de son règne, il entretenait des relations avec le clergé de Paris. Un théologien appelé Artus Désiré, qui allait demander secours au roi d'Espagne, au nom de quelques docteurs, fut même arrêté et dut, après jugement, faire amende honorable.

Au temps de Catherine de Médicis et de l'administration tolérante de L'Hôpital, Philippe II avait dit : a Les forces de l'Espagne ne peuvent être regardées comme étrangères dans une conjoncture où il s'agit de la religion. » Après l'édit de pacification de Bergerac, en 1577, il ne s'en tint plus aux vagues menaces d'intervention : « Désormais , ditil, la foi est incompatible avec cette maison de Valois, il faut se pourvoir ailleurs. »

La conduite postérieure de Philippe II fut la mise en œuvre de ces paroles ; il avait d'avance tracé son programme de la Ligue.Tous les moyens lui furent bons jusqu'à écrire au i^r'mce protestant de Béarn pour lui offrir de l'argent s'il voulait attaquer Henri III. c'est-à-dire , servir les catholiques contre ses co-religionnaires (1).

Après la mort de ce prince, Philippe II ne fut plus de cet avis qu'il fallait se pourvoir ailleurs que chez les Valois , et il réclama au contraire la couronne de France pour l'Infante comme petite-fille de Henri II et la plus proche parente de Henri III. On verra les chances espagnoles s'augmenter peu

(1) Ranke, Hist. des Osmanlis et de la monarch. espag.y tr. fr., 1839, n-8o, p. 205.

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