‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 85 sur 196 · CHAPITRE II , § ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE II , § ni

à peu, et les prévisions de Panigarolle s'évanouir. A un certain moment, une grande partie du clergé finira par appuyer l'Infante. La puissante compagnie des jésuites sera aussi, comme l'appelle Duplessis Mornay, un vrai levain d'Espagne (1). Ce parti grandira donc et viendra néanmoins échouer contre le sentiment national.

Ce qui se vérifiera de plus en plus, c'est le discrédit dans lequel va tomber peu à peu la famille des Guises. Ce discrédit, l'évêque d'Asti l'annonçait déjà ; Mayenne ne fut pas à la hauteur du rôle que lui laissait son frère Henri. Le Balafré avec son esprit entreprenant et décidé , aurait écarté tous les rivaux, tandis que la faiblesse de Mayenne fit éclore de toutes parts les compétiteurs.

Ainsi donc , si Panigarolle diminue l'influence de Philippe II pour être agréable à la vaine ambition de Charles- Emmanuel, il constate avec raison l'abaissement graduel de l'influence lorraine ; ses jugements souvent sont intelligents et perspicaces.

Le parti pour lequel l'évêque d'Asti est le plus injuste , c'est, on le devine, le parti des Politiques. Panigarolle voit là des ennemis dangereux, dangereux par la Ligue, et il a raison. Cette sage honnêteté, cette modération, dont les Pohtiques se piquaient, remontaitjusqu'àÉrasme, mais à Érasme modifié par L'Hôpital. L'illustre chanceUer fut, en effet, par conscience et par supériorité, on l'a très-bien dit, ce que l'auteur des Colloques avait été par circonspection et par finesse d'esprit (2). Le bon sens d'Érasme, la probité de L'Hôpital, ce fut là le double programme de ces Politiques d'abord raillés par tout le monde, de ce tiers-parti « au quel, dit d'Aubigné, les réformés croyoient aussi peu qu'au troisième lieu qui est le purgatoire (3). » Mais laissez faire le temps ; laissez les passions s'amortir, laissez l'esprit français avec

(1) Mém. éd. in-io de 1624, 1. 1, p. 244.

(2) Villemain, mianges, 1828, in-S», t. III, p. 102.

(3) Hist. univ.j t. I, p. 290.

sa logique droite se retrouver dans ce pôle-mêle, et ce parti grandira, et on saura les noms des magistrats intègres qui l'appuient : Tronson, Edouard Mole, De Thou, Pasquier, Le Maistre, Guy-Coquille, Pitliou, Loisel, Montholon, Lestoile, de La Guesle, Harlay, Séguier, Du Vair, Nicolaï; on devinera les auteurs de la Ménippée : Pierre Leroy, Passerat, Gillot, Rapin, Florent Chrestien, Gilles Durant, honnêtes représentants de la bourgeoisie parisienne. Les ligueurs modérés , comme Villeroy et Jeannin, se rangeront même un jour sous ce drapeau qui deviendra celui de Henri IV et de Sully.

Mais revenons à nos prédicateurs.

A toutes les doctrines subversives répandues par les ligueurs, à toutes les calomnies proclamées du haut de la chaire, Henri IV allait répondre par des victoires. C'était un argument sans réplique. Il importait pourtant de détromper la foule abusée, de reconquérir l'affection du peuple, de montrer l'odieux et le ridicule de la Ligue : c'est ce que fit plus tard, avec génie, la satire Ménippée, qui fut pour le Béarnais une autre bataille d'Ivry, une victoire définitive sur l'opinion. En attendant, de rares écrits royalistes ripostaient çà et là à la fécondité injurieuse des ligueurs.

C'était quelquefois un libelle d'une obscénité révoltante { t), une satire digne d'Arétin , que quelque huguenot déguisé (2) publiait malicieusement sous le nom du curé Pigenat et sous le couvert du libraire ISivelle, l'éditeur en renom de la Ligue (3). Mais ces sortes de représailles étaient rares de la part des royalistes, et ce qui distingue surtout leurs écrits et les met à part, c'est la modération, la réserve , le bon. sens.

(1) Prose du clergé de Paris adressée au duc de May ne , après le meurtre du roy Henry lll, trad. par Pierre Phigenat, curé de Saint- Nicolas. Paris, Nivelle, 1589, in-4o. On ne connaît que deux exemplaires de ce rare pamphlet, dont l'un à la bibliothèque de Rouen {Voir catal. Leber, no404i).

(2) Il y a une strophe sur le p«fgatoire qui sent son Calvin.

(3) Bichon, Nivelle, Chaudière, Morel et Thierry étaient les imprimeurs dévoués de TUnion. (Voir Jtfen., t. II, p. 88.)

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