‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 86 sur 196 · CHAPITRE II, § III. lÛT · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, § III. lÛT

Ces qualités se retrouvent à un haut degré dans deux manifestes célèbres, où le rôle des prédicateurs et leur influence sont vivement dépeints. Le premier, U anti-Espagnol (1), est d'un petit-fils du chancelier de L'Hôpital, Michel Hurault, sieur du Fay. L'auteur dit ouvertement que le roi d'Espagne a corrompu les prêcheurs et les jésuites, qui tous sont mainr tenant à ses ordres, et il ajoute : « Les curés sont éblouis de la lueur de son or et ensorcelez des grandes espérances d'abbayes et éveschés qu'il leur donne.» Le fils de L'Hôpital pouvait passer pour Politique, et, à ce titre, n'être pas un des zélés. Mais le duc de Nevers avait donné assez de preuves de son catholicisme dévoué , quand il se rangea du côtédeHenrilV.Le Traité de la Prise d'armes, où il justifiait loyalement sa conduite passée et expliquait sa conduite actuelle, fut un rude coup porté à la Ligue, porté aux prédicateurs. De même que Michel Hurault , Nevers assure que les curés de Paris ont été « induits, voire forcés par argent et bénéfices. » Et, se moquant du petit bon homme Launay, de Boucher et autres de cette esfoffe, il leur demande (2) ce qu'ils eussent répondu si on leur eût dit naguère que dans deux ans « ils dussent être employez pour installer un roy en France à leur fantaisie. »

Le fanatisme ne raisonne pas, et jusqu'à ce que l'exaspération tombât d'elle-même, les royalistes eurent beau faire. Us se remirent donc à vaincre , tandis que les hgueurs redoublaient de moyens nouveaux pour exciter les populations. Décrets de Sorbonne, protestations du légat , processions , menaces de damnation , promesses de félicité céleste , sermons plus fréquents encore , tout fut employé avec une nouvelle hûte, tous les moyens furent accumulé», pour ainsi dire, afin de rendre le soulèvement général. Une

(1) Mém. de la Ligue, t. IV, p. 212 et 217.-U est à remarquer qu'Arnaud d'Andilly , dans ses Mémoires, attribue V Anti-Espagnol à son père. V. P. Lelong, n» 19232.

(2) Ap. Danjou, Ârch. cur. de l'Hist. de Fr., U XIU, p. 152 et t7â.

bulle de Grégoire XIV vint en même temps donner plus de force à la Ligue : le pape promettait son appui comme pontife et comme prince , quœcumque poterimus non solum spiritualia et temporalia sed militaria (1) , et il défendait de plus aux membres du clergé tout rapport avec le Béarnais , sous peine d'excommunication et de retrait des bénéfices.

Dans les provinces , les ligueurs tenaient un très-grand nombre de villes. Ici , les corporations, les métiers, l'administration municipale, propageaient l'Union malgré l'évêque; là, le clergé violentait l'échevinage pour l'établissement de la Ligue. Ce sont de ces contrastes singuliers qu'offrent souvent les révolutions.

Ainsi , à Beauvais, un lieutenant de la commune, nommé Desmasures, pillait les meubles de l'évoque royaliste Fumée, s'emparait de sa mitre , lui arrachait violemment du doigt l'anneau pastoral, et , se couvrant de ces ornements, contrefaisait le prélat (2). AMâcon, au contraire, messieurs de l'Église prenaient les armes contre les magistrats municipaux, barricadaient l'Hôtel-de-Ville, et, à la suite de cette émeute cléricale , le duc de Nemours faisait jeter en prison les échevins et le prévôt (3).

La commune et l'épiscopat jouèrent dès lors un grand rôle dans la Ligue , soit pour appuyer l'Union , soit pour la combattre. On a déjà vu bien des membres du haut clergé , Rose, Aymar Hennequin, deSainctes, Sorbin, Panigarolle, tous évoques , se jeter dans la révolte. Bien d'autres étaient venus grossir cette phalange rebelle , par exemple, les cardinaux de Pellevé , de Givry , de La Rochefoucauld , de Bérulle , sans compter Geoffroi de la Martonnie , évoque d'Amiens , de Villars , évêque d'Agen , Louis de Brézé , évêque de Meaux , Geoffroi de Saint-Belin , évoque de Poi-

(1) Bull, de mars 1590, ap. Isambert, Rectieil des anc. lois franc., in-S» t XV, p. 19.

(2) Louvet, Hist. de Beauvais, 1625, in-S», t. II, p. 662.

(3) Clerjon, Hist. de Lyon, t. V, p. 333.

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