CHAPITRE II, § IIL
tiers , Jérôme Hennequin , éyêque de Soissons (1) , Nicolas Boucher, évoque de Verdun (2) , et dix autres. Le primat Pierre d'Espinac, le collaborateur de Boucher pour Y Histoire de Gaverston, voulut donner à la Ligue plus qu'une adhésion ordinaire , il prêta son palais pour emprisonner les Politiques de Lyon (3). Nous verrons de Sainctes, au lieu de faire un cachot de sa maison épiscopale , la vendre afin d'aider l'Union.
Si quelques évêques demeuraient fidèles à la royauté , les communes qui , comme Mâcon , refusaient d'entrer dans la Liguej, étaient une exception. A Paris, l'échevinage adressait très-fréquemment des avis, des conseils officiels, des instructions détaillées aux prédicateurs (h). Les municipalités partout faisaient alliance avec les sermonnaires. Les parlements , en Bretagne , par exemple , résistaient en vain par des arrêts de prise de corps contre les orateurs (5) , par des mesures de toute sorte. La Ligue l'emportait sur le haut clergé, par les prédicateurs et les moines ; tandis qu'elle s'emparait du gouvernement par les communes. A Reims , le chapitre se contentait d'usurper le pouvoir épiscopal et de lancer de virulentes excommunications (6) ; mais dans le Languedoc les prêtres ne s'en tinrent pas à l'ordre spirituel.
Déjà, à l'exemple de plusieurs cités, Toulouse avait fait des funérailles solennelles à Jacques Clément. Le P. Ri-
(1) La liste donnée par Bon. d'Argonne, dans ses Mélanges de Vigneul-Marville , t. II , est incomplète. — Cf. Ménipp. , t. III , p. 425. Le maheustre dit au manant en 159i : « Des quatorze archevêques vous n'en avez que trois, et des cent quatre évêques vous n'en avez que quinze. » C'est une statistique un peu trop modérée.— Cf. Lest.,Journ. deHenrilV, p. 140, note.
(2) Roussel, Hist. ecclés. et civ. de Verdun, 1745, in-4o, p. 477.
(3) Cierjon, loc. cit., p. 321.
(4) V. notamment arch. du royaume H, 1589, 12* reg. du bureau de la ville de Paris, fos 335, 337.
(5) Des Fontaines, Hist. de la Ligue en Bretagne, t. I, p. 31, 45, 93.
(6) Anquetil, Hist. de Reims, t. lll, p. 179.
chard , provincial des minimes de cette ville, avait même , dans une oraison funèbre , placé cet assassin au rang des martyrs , demandant (ce qui eut lieu) qu'on le mît dans les litanies. Excité par cet exemple , le cordelier Maurel , au sortir de sa chaire, se promena bientôt dans les rues un cruciOx et un coutelas à la main, avec une troupe de gens armés qui criaient : vive la Ligue ! Quelque temps auparavant, ce même Maurel , aidé du curé de Cugnaux , Odard Motte , jésuite, et de plusieurs autres prédicateurs toulousains, s'était mis à attaquer nommément le président Duranti , ce qui ne contribua pas peu à ce meurtre épouvantable d'un magistrat sans défense par une populace furieuse (1).
Dans les villes plus voisines , les ligueurs parisiens envoyaient des missionnaires. C'est ainsi que le duc de Mayenne dirigea sur Orléans deux cordeliers, le P. Picard et le P. Hylaret (2). Cet Hylaret (3) avait publié , en 1587, un très-médiocre volume de sermons , pleins de flatteries pour tous les contemporains. Bail ne relève pas moins de deux cent quatre-vingt-une indications d'auteurs vivants , dans les seules homélies de l'Avent (4). En chaire , Hylaret n'avait pas la même urbanité, et il soulevait des passions si vives dans son auditoire qu'on s'y battait. A peine arrivés à Orléans , les deux franciscains s'installèrent dans les églises où ils déclamaient du matin au soir contre Henri IV. Us fondèrent même , malgré l'évêque , M. de Laubespine , une confrérie dont les membres s'assemblaient en armes. Cette
(1) D. Vaisselle, Hist. du Languedoc , 1745 , in-fol. , t. V, pag. 429 ,
(2) Loltin, Rech. sur Orléans, l. Il, p. 99 à 106.
1^3) Hylaret élait né en 1539, à Angouléme [Voir la nolice du P. Niceron, t. XVllI, p. 263 elsuiv.). J'ai parcouru les sermons latins d'Uylaret et la traduction qui en a été faite par un contemporain, mais sans y rien trouver qui ait trait aux affaires du temps. Hylaret est, si Ton peut dire, un descendant dégénéré de Maillard et de Menot.
(4) Bail Sapient. foris prœdicans., part. UI, pag. 474 : « In solishome- Uis Adveutus laudal auctores ducentos et octoginta et unum. »