‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 88 sur 196 · CHAPITRE II, § IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, § IH

institution prit un tel crédit , que la municipalité dut faire aux Pères Picard et Hylaret un traitement annuel de chacun 100 livres, comme prédicateurs de la ville. Mais la mort d'Hylaret, en janvier 1592, interrompit cette espèce de gouvernement oratoire , qu'était venu renforcer un inquisiteur nommé Muldrac , envoyé par Rose, pour remuer mesnage, et attaquer les prêtres royalistes. On fit faire à Hylaret des funérailles magnifiques, qui coûtèrent à la commune 250 livres k sous. Tous les fonctionnaires, sans exception , y assistèrent; les confrères espandirent les soupiraux de leurs cœurs ^ et versèrent des pleurs passionnés; enfin des oraisons funèbres se succédèrent sans relâche pendant huit jours. On en a une imprimée , que prononça Landré , médecin du duc de Mayenne , et qui est accompanée de vers grecs, latins, français et italiens , dont on ne se figure pas l'exagération.

L'enthousiasme se communiqua jusqu'à Paris, où les confrères du Cordon eurent l'impudence de dire que ce beau Père faisait, en paradis, une seconde Trinité avec les Guises. Un bon chanoine de Saint-Aignan , indigné de ces éloges blasphématoires, composa une prosopopée en vers , qu'on peut voir dans Lestoile , et où il fait blâmer ces indignes apothéoses par l'ombre d'Hylaret lui-même :

... De quoi me peut servir de dire en vos louanges, Que pour son compagnon saint Pol m'avait choisi, Et m'avoit fait asseoir sur veloux cramoisi En sa chaire près Dieu, entre les plus saints anges

Dieu seul cognoist ma faute, d'avoir fait par autrui Trembler d'un crucifix la semblauce et l'image Pour exciter le peuple en sang et en carnage.

Cela faisait allusion à je ne sais quelle comédie inconvenante qu'Hylaret jouait dans sa chaire à l'aide d'un crucifix.

Voilà comment les prédicateurs avaient réussi à s'emparer

des esprits ; voilà comment chaque ville du nord , et aussi plusieurs cités du midi , surtout de la Provence , étaient sous la domination de ces moines turbulents , de ces missionnaires audacieux.

Christin annonce au peuple la défaite d'Ivry. — Siège de Paris. — Rôle des trois curés royalistes, Benoist, Morenne, Chavagnac. — Leurs antécédents. — Procession de la Ligue. — Récit comique de la Ménippée. — Mort d'Odon Pigenat. — Danger que court le curé Prévost par sa modération. — Efforts inouis des prédicateurs pour calmer la détresse du peuple.— Vœu de Boucher à Notre-Dame-de-Lorette.— Famine.

La bataille d'Ivry, en mars 1590, vint raviver les craintes et les embarras des curés de Paris (1). Les Seize connaissaient seuls cette fatale nouvelle qui avait été apportée par un prisonnier relâché sur parole (2). Ils ne savaient surtout comment annoncer au peuple un désastre qui était loin d'ailleurs d'abattre leurs projets désespérés de résistance. Après longue délibération, il fut décidé que le moine Christin serait le premier chargé de cette difficile mission (3). Il monta en chaire le 16 mars, surlendemain de la bataille, et amena à propos, fece cadere a proposito, dit Davila, ces mots de l'Ecriture : « Quos ego amo , arguo et castigo. » Ce fut pour lui le thème d'une paraphrase dans laquelle il se trouva amené à dire que Dieu sans doute ne manquerait pas d'éprouver les Parisiens. Il allait commencer son second point , quand un courrier entra dans l'église et lui remit une lettre. Se haussant alors dans sa chaire et cette missive à la main , Christin s'écria avec un air de componction douloureuse , que sans

(1) Lestoile, Journal de Henri fK, p. 76 B.

(2) /6td.,p. 72A.

(3) Petitot, introd. à Sully, ap. Jlfèn., sér. Il», 1. 1, p. 132.

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