CHAPITRE II, § IV
ne priât, lût, preschAt, ou écrivît (1). » Controversiste zélé, il défendit le jeûne , la messe , les images , contre les protestants, et cependant, bien à son insu sans doute , il semblait toucher par quelques points à ces doctrines nouvelles qu'il réprouvait avec tant de force. La traduction de la Bible, qu'il avait composée pour Charles IX, fut l'objet de vives censures. Était-elle presque huguenote , comme le veut Le Duchat, dont la mauvaise humeur contre Benoist est visible (2)? ou était-ce surtout présomption d'avoir voulu interpréter l'Écriture , sans savoir l'hébreu ni le grec , ainsi que le dit Niceron? Je ne sais. Gabriel Naudé, qui a toujours eu un grand goût pour les milieux indécis et les transactions d'opinions , assure que Benoist « n'étoit ni catholique trop zélé, ni huguenot obstiné (3). «Naudé est bon juge, sans doute , en pareille matière , mais il me paraît ici aller trop loin. Benoist était tolérant, et en même temps faible, ce qui est distinct.
Quoi qu'il en soit, il eût pu exercer une grande influence. La Faculté de théologie l'avait nommé son doyen (4) , et, selon Henri IV, la cure de Saint-Eustache était la plus importante de Paris (b). Mais Benoist , quoique aimé dans sa paroisse , était peu à redouter pour les ligueurs , car le
(1) Cayet, Oraison funèbre sur le trépas et enterrement honor. de révér.f vénér. et scientifique mess. René Benoist , Paris, 1608, in-8», p. 7.
(2) Cela venait-il de ce que d'Aubigné avait rangé Benoist parmi « les docteurs qui, pour contrefaire les consciencieux , font les demy huguenots, et les appointeurs de religion» ? {Conf. de Sancy, ch. viii, p. 51.) Le Duchat, de plus, accuse Benoist d'avoir été tour à tour violent et modéré à l'endroit de la religion, selon les variations tantôt calvinistes, tantôt catholiques du pouvoir. Ce qu'il y a de sur, c'est que, comme Pierre Camus dans son Avoisinement des Protestants, comme Bossuet et Leibnilz, Benoist avait rêvé le rapprochement des deux communions ; aussi attaqua-t-il vivement le concile de Trente avant la promulgation.
(3) Coups d'État, éd. de Dumay, t. I, p. 399.
(4) Moreri, au mot Benoist.
(5) Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, 1754, in-12, 1. 1,
part. I, p. 94.
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manque de résolution paralysait vite sa résistance à l'Union. Avant le siège pourtant , il osa engager ceux de son quartier, armés au nombre de seize mille, à prendre le parti de Henri IV. Ce trait de hardiesse le força de fuir pendant plusieurs semaines. Puis il reparut , toujours fidèle au roi , mais plus timide et réservé dans ses sermons. « Nous en dirions davantage , répétait-il souvent , mais ce peuple est si malheureux qu'il veut estre trompé. »
Claude de Morenne , ancien professeur du collège de Navarre , et protégé de Villeroy, était plus décidé que Benoist ;et il sut résister au docteur Guillaume Lucain, prédicateur séditieux , qui voulait s'emparer de sa cure de Saint-Méry (1) et l'en faire chasser, comme en avaient donné l'exemple Guincestre à Saint-Gervais , et Pigenat à Saint- Nicolas-des-Ghamps.
Le Manant lui-même, dans le célèbre dialogue du Maheustre (2) , avoue que les trois curés politiques , comme il les appelle, Morenne , Chavagnac, Benoist , les seuls qui , avec le ligueur modéré, Jean Prévost , ne prêchassent pas par billets , étaient au reste gens de bien. Mais ils ne suffirent pas à contenir l'effervescence populaire , et d'ailleurs la liberté de parole ne leur était pas laissée. On le voit par un remarquable passage de la belle Harangue de d'Aubray : « Jérusalem, dit très-bien Pithou, ne pouvoit endurer les bons prophètes qui luy remonstroient ses erreurs et idolAtries , et Paris ne peut souffrir ses pasteurs et curez qui blasment et accusent ses superstitions (3). » On voit à un autre endroit de la Satire Ménippée, dès les premières pages , quand les spirituels auteurs en sont encore à énumérer les étranges vertus de félectuaire du catholicon , on voit que ce n'était pas à Paris seulement que les prédicateurs royalistes se voyaient menacés et réduits au silence.
(1) Mém. de la Ligue, t. V, p. 472.
(2) Ap. Sat. Mén., t. III, p. 541.
(3) Sat. Ménipp., 1. 1, p. 156.