CHAPITRE II, § V
livres sur l'Eucharistie et se distinguait par son amertume implacable contre les calvinistes (1). Les doctrines monarchiques , qu'il avait ouvertement soutenues dans un livre intitulé Doctrine de la foij catholique ^ faisaient souvent l'objet de ses sermons, et il se plaisait à enseigner en chaire (ce que n'ont pas remarqué ses biographes), «qu'on ne peut se rebeller contre son roy pour aucun prétexte (2). » Malgré ces engagements, De Sainctes se jeta des premiers et en forcené dans l'Union ; ses prédications entraînèrent tout son diocèse. Dès 1589, Boucher, dans son traité sur la déchéance de Henri IIÏ, s'appuyait de l'autorité de De Sainctes, nNotiS' simus ille doctrinœ et eruditionis episcopus (3). » Ce prélat poussait si loin le fanatisme, qu'au dire du G allia christiana il avait vendu l'hôtel de l'évèché d'Evreux au profit de l'Union, ad subveniendum factiosis. Sa haine contre Henri IV était si ard3nte que, se donnant des airs de pape, il publia contre le Béarnais un bref fort étendu [k], auquel sa réputation de théologien profond donna quelque crédit. Famosus theolof/uSj dit De ïhou, reqiis pariibus injestissimus.
Quand Evreux eut traité avec Biron, De Sainctes se réfugia à Louviers ; mais Henri IV prit bientôt cette ville, et en môme temps Claude de Sainctes. Les agents du roi s'emparèrent des livres de Tévêque et découvrirent dans ses papiers un écrit où il justifiait l'assassinat de Henri III et où il établissait la nécessité de tuer le Béarnais.
Envoyé à Caen, sous bonne escorte, le prélat s'obstina à défendre ses opinions, et fut sur le point d'être mis à mort; parum res ab executione abfuit. Sur les instances du car-
(1) Le Brasseur, Hist. civ. eteccl. du comté d'Evreux. Paris, 1722, in-40, pag. 353 et suiv.
(2) V. De Morenne, Orais. funèb. de Henri IH, 1595, in-8, p. 17 et 18.
(3) De justa Henri HI Abd., éd. de Lyon, p. 375. Boucher semble faire à De Sainctes un honneur de son ingratitude. L'évêque d'Evreux, à ce qu'il parail, avait été attaché près la personne de Henri III, (juand ce prince était enfant : Pueru quondam monitor datus fuerat.
(i) Paris, Bichon, 1591, in-S» de 30 pages.
dinal de Bourbon , De Sainctes cependant ne fut condamné qu'à une prison perpétuelle (1). On le mena au château de Crèvecœur, près Lisieux, et il y mourut bientôt (2). Henri IV donna sa succession épiscopale à Du Perron.
Malgré ces vengeances, la position de Henri IV n'était pas brillante, il n'avait d'espérance que dans le nombre des ambitions contradictoires. Les Espagnols et les Seize à Paris; Mercœur, en Bretagne; le duc de Savoie, en Provence; Lesdiguières , en Dauphlné; Montmorency ainsi que Joyeuse, en Languedoc, l'un au nom du roi, l'autre au nom de la Ligue, visaient à un pouvoir indépendant. Les prétentions du fils de Henri de Guise, récemment échappé de sa prison , et celles du jeune cardinal de Bourbon, qui essayait de créer un tiers-parti, compliquaient
encore la situation.
Ce qui occupa et remplit cette phase de la Ligue ce furent surtout les intrigues des agents de Philippe II , Taxis et Diego de Ybarra, les monitoires du nonce acceptés ou contredits par les parlements et les évêques , les correspondances des légats Gaëtano, Sega (depuis cardinal de Plaisance) et Landriano.
Dans son impuissance de faire alors la guerre avec succès, Henri IV s'efforça de gagner du terrain par la terreur. Ainsi, après la prise de Gliarlres, ville dont le clergé lui était si dévoué que Mayenne avait été obligé d'afficher lui-même la bulle d'excommunication, il exila cinq prédicateurs. Je trouve môme dans un historien de cette cité le trait suivant :
Louise de Chambes, prieure des filles de Dieu, ren-
(1) Thuan. Histy 1. CI, § 13 ; l. V, p. 65. -Cf. Mém. de la Ligue, t. V,
pas. lOi.
(2) Launoy qui , dans son Hist. du coll. de Navarre , a consacre une longue notice à De Sainctes, se contente de dire : «Sic virum tantum et eccLiîB olim tam bene merilum periisse valde dolendum msi pereundi causa id juste iM)stulasset. » {Op., t. VII, p. 653, et suiv.) Cet optimisme fôche un peu Bayle.