II
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Je a*ai jamais ouï dire qa'aux Etats-Unis on employât ses richesses à gagner les gouTernés; mais souvent j ai vu mettre en doute la probité des fonctionnaires publics. Plus souvent encore , j'ai entendu attribuer leurs succès à de basses intrigues ou à des manœuvres coupables.
Si donc les hommes qui dirigent les aristocraties cherchent quelquefois à corrompre , les chefs des démocraties se montrent eux-mêmes coqrompus. Dans les unes on attaque directement la moralité du peuple ; on exerce dans les autres , sur la conscience publique , une action indirecte qu'il faut plus redk)uter encore.
Chez les peuples démocratiques , ce^x qui sont à la tète de l'État , étant presque toujours en butte à des soupçons fâcheux, donnent en quelque soi^e l'appui du gouvernement aux orimei^ dont on les accuse. Ils présentent ainsi de dangereux exemples à la vertu qui lutte encore , et fournissent des comparaisons glorieuses au vice qui se cachet ' En vain dirait-on que les passions déshonnêtes se rencontrent dans tous les rangs ; qu'elles montent souvent sur le trône par 4iroit de naissance : qu'ainsi on peut rencontrer des hommes fort méprisables à la tête des nations aristocratiques comme au sein des démocraties.
Cette réponse ne me satisfait point ; il se découvre , dans la corruption de ceux qui arrivent par hasard au pouvoir, quelque chose de grossier et de vnigaire qui la rend contagieuse pour la foule ;
il règne , au contraire, jusque dans la dépravation des grands seigneurs, un certain raffinement aristocratique , un air de grandeur, qui souvent empêchent qu'elle ne se communique.
Le peuple ne pénétrera jamais dans le labyrinthe obscur de l'esprit de cour; il découvrira toujours avec peine la bassesse qui se cache sons l'élégance des manières, la recherche des goûts et les grâces du langage. Mais voler le trésor public , ou vendre à prix d'argent les faveurs de l'État, le premier misérable comprend cela et peut se flatter d'en faire autant à son tour.
Ce qu'il faut craindre , d'ailleurs , ce n'est pas tant la vne de l'immoralité des grands que celle de l'immoralité menant à la grandeur. Dans la démocratie, les simples citoyens voient un homme qui sort de leurs rangs et qui parvient en peu d'années à la richesse et à la puissance : ce spectacle excite leur surprise et leur envie ; ils recher^ chent comment celui qui était hier leur égal est aujourd'hui revêtu du droit de les diriger. Attribuer son élévation a ses talents ou à ses vertus est incommode ; car c'^t avouer qu'eux-mêmes sont moins vertueux et moins habiles que lui. Ils en placent done la principale cause dans quelques-uns de ses vices, et souvent ils ont raison de le faire. Il s'opère ainsi je ne sais quel odieux mélange entre les idées de bassesse et de pouvoir, d'indignité et de succès, d'utilité et de déshonneur» ■ J,gitizedbyGOO^-