‹ De la democratie en AméricqueChapitre 28 sur 48 · DB QUELS BFF0BT8 LA. DBM0GB4TIE EST CAPABLE · texte numérisé non relu

DB QUELS BFF0BT8 LA. DBM0GB4TIE EST CAPABLE

L*Union n*a lutté qu'un seule fois pour son existence. — Enthousiasme au commencement de la guerre. ~~ Refroi> dissement à la fin. — Difficulté d'établir en Amérique la conscription ou Pinscription maritime. — Pourquoi un peuple démocratique est moins capable qu*uu autre de grands efforts continus.

Je préviens le lecteur que je parle ici d*un gouvemeoient qui suit les Tolontés réelles du peuple, et non d'un gouvernement qui se borne seulement à commander au nom du peuple.

Il n'y a rien de si irrésistible qu'un pouvoir tyrannique qui commande au nom du peuple, parce qu'étant revêtu de la puissance morale qui apparu tient aux volontés du plus grand nombre , il agit en même temps avec la décision , la promptitude et la ténacité qu'aurait un seul homme.

Il est assex difficile de dire de quel degré d'effort est capable un gouvernement démocratique, en temps de crise nationale.

On n'a jamais vu, jusqu'à présent, de grande république démocratique. €e serait faire injure aux républiques, que d'appeler de ce nom l'oli*garchie qui régnait sur la France en 1708. L«s états-Unis seuls présentent ce spectacle aonveau.

Or, depuis un demi-siècle que l'Union est formée , son existence n'a été mise en question qu'une seule fois , lors de la guerre de l'indépendance.

Au cooHnencement de cette longue guerre, il y eat des traits exIraordifiaLresd'enthousiafine pour le service de la patrie (1). Mais à mesure que la lutte se prolongeait , on tairait reparaître rëgoisme individuel. L'argent n'arrivait plus au trésor public ; les hommes ne se présentaient plus à l'armée, le peuple voulait encore l'indépendance, mais il reculait devant les moyens de l'obtenir. « En vain nous avons multiplié les taxes et esn sayé de nouvelles méthodes de les lever, dit » Harailton dans le Fédéralisie (n» 12) ; l'attente » publique a toujours été déçue , et le trésor des » États est resté vide. Les formes démocratiques » de l'administration , qui sont inhérentes à la » nature démocratiqoe de notre gouvernement , )» venant à se combiner avec la rareté du numé- » raire que produisait l'état languissant de notre 1) commerce, ont jusqu'à présent rendu inutiles » tous les efforts qu'on a pu tenter pour lever des n sommes considérables. Les différentes législa- » tures ont enfin compris la folie de semblables » essais. »

Depuis cette époque , les Etats-Unis n'ont pas eu une seule guerre sérieuse à soutenir. '

(1) L*uii des plus singuliers , à mon avis , fut la résolution par laqiitfle les Américains renoncèrent momentané' ment à Tusage du thé. Ceux qui savent que les hommes tiennent plus en général à leurs habitudes qu*à leur yie , iVtonneroat sans doute d« ce grand et obscur sacrifice obtenu de tout un peuple. - ^ ^^--

^ouT jager quels sacrifices savent s'imlloser tes démocraties , il fant donc attendre le temps où la nation américaine sera obligée de mettre dans les mains de son gouvernement la moi^é da revenu des biens , comme l'Angleterre , ou devra Jeter à la fois le vingtième de sa population sur les champs de bataille, ainsi que Ta fait la France*

En Amérique, la conscription est inconnue; on y enrôle les hommes à prix d'argent. Le recrutement forcé est tellement contraire aux idées , et si étranger aux habitudes, du peuple des Etats- UniS; que je doute qu'on osât jamais l'introduire dans les lois. €e qu'on appelle en France la conscription forme assurément le plus lourd de tous nos impôts. Mais, sans la conscription, comment pourrions-nous soutenir une grande guerre continentale?

Les Américains n'ont point adopté chez eux la presse des Anglais. Ils n'ont rien qui ressemble à notre inscription maritime. La marine de l'État , iOOfume la marine marchande , se recrute à l'aide dégagements volontaires.

Or , il n'est pas facile de concevoir qu'un peuple puisse soutenir une grande guerre maritime , sans recourir à l'un des deux moyens indiqués plus haut. Aussi l'Union , qui a déjà con^attu sur mer avec gloire , n'a-t-elle jamais eu cependant de flottes nombreuses, et l'armement du petit nombre de ses vaisseaux lui a-t-il toujours coûté très-cher. o

J'ai entendu des hommes d'Etat américains ayouer que l'Union aura peine à maintenir son rang sur les mers, si elle ne recourt pas à la presse on à l'inscription maritime ; mais la difficulté est d'obliger le peuple , qui gouverne , à souffrir la presse ou l'inscription maritime.

Il est incontestable que les peuples libres dé^ploient , en général , dans les dangers, une énergie infiniment plus grande que ceux qui ne le sont pas. Mais je suis porté à craîre que ceci est snrtout vrai des peuples libres chez lesquels domine l'élément aristocratique. La démocratie me parait bien plus propre à diriger une société paisible , ou à faire au besoin un subit et vigoureux effort, qu'à braver pendant longtemps les grands orages de la vie politique des peuples. La raison en est simple: les hommes s'exposent aux dangers et aux privations par enthousiasme ; mais ils n'y restent longtemps exposés que par réflexion. Il y a , dans ce qu'on a^ipelle le courage instinctif lui-même, plus de calcul qu'on ne penSe; et, quoique les passions seules fassent faire , en général, les premiers efforts, c'est en vue du résultat qu'on les continue. On risque une partie de ce^ qui est cher pour sauver le resAs.

Or, c'est cette perception claire de l'avenir, fondée sur les lumières et l'expérience , qui doit souvent manquer à la démocratie. Le peuple sent bien plus qu'il ne raisonne ; et si les maux actuels sont grands, il est à craindre qu'il oublie les

aiaux plus grands qui l'attendent peut-être en cas de défaite.

Il y a encore iioe autre cause qui doit rendre les efforts d'un gouvernement démocratique moins durables que les efforts d'une aristocratie.

Le peuple, non-seulement voit moins clairement que les hautes classes ce qu'il peut espérer ou craindre de l'avenir , mais encore il sooSre bien autrement qu'elles ^^ maux du présent. Le noble, en exposaoi sa personne , court autant de chances de gloire que de péril. En livrant à l'Etat la plus grande partie de «on revenu, il se prive momentaneitteat de quelques-uns des plaisirs de la richesse ; mais , poi^ le pauvre , la mort est sans prestige , et l'impôt , qui gène le riche , atta-, que souvent chez lui les sources de la vie.

Cette faiblesse relative des républiques démocratiques , en temps de crise , est peut'-dfre le plus grand obstacle qui s'oppose à ce qu'une pareille république se fonde en Europe. Pour que la république démocratique subsistât sans peine chez un peuple européen , il faudrait qu'elle s'établit en même temps chez tous les autres. ' Je crois que le gouvernement de la démocran tie doit , à la long^ , augmenter les forces réelles V de la société ; mais il ne saurait réunir à la fois , sur un point et dans un temps donné , autant de forces qu'un gouvernement aristocratique ou qu'une monarchie absolue. Si un pays démocratique restfl&t soumis, pendant un siècle^ au gouver-

nement rëpoblicaiq, on peut croire qa'au beat da siècle il aérait plas riche , plua peuple et plus prospère qoéles Etats despotiques qui Favôisinent. Mais , pendant ce siècle i il aurait plusieurs fois couru le risque d*ètre conquU par eux.

DD POUYOIB QU BZERCE Elf GENERAL LA DEMOCRATIK AMBRlCAIlfB SUR BLLE-MIÉMB.

QuQ le peuple aniéricûin ne se prête qu*à la longue , et quelquefois se refuse , à faire oe qui est utile à son bien-être. — Facultés qu*ont les Américains de faire des fautes ré* parables.

Cette difficulté que trouTe k dëmdcratie à rain* cre les passiims et à faire taire les besoins du mo* ment , en vue de l'ayenir, se reikiarque aux États* Unis dans les moindres choses.

Le peuple , entouré de flatteurs, parvient diffi« cilemeiAt^à triompher de lui-même. Chaque fois qu'on vent obtenir de lui qu'il s'impose une privation ou une gêne , même dans un but que sa raison approuve , H cominence presque toujours par s'y refuser. On vante avee raison l'obéiss^oia^ que les Américains accordent aux loi». 11 faut ajouter qu'en Amérique la législation est faite par le peuj^e et pour le peuple. Aux Etats-Unis , la loi se montre donc favorable à ceux qui, pjir-

tout ailleurs , ont le plus d'intérêt à la violer^ Ainsi il est permis de croire qu'une loi gênante , dont la majorîtë ne sentirait pas l'utilité actuelle, ne serait pas portée ou ne serait pas obéie.

Aux État-Unis, il n'existe pas de législation re* lative aux banqueroutes. frauduleuses. Serait-ce qu'il n'y à pas de banqueroutes ? Non , c'est an contraire parce qu'il y en a beaucoup. La crainte d'être poursuivi comme banqueroutier surpasse , dans l'esprit de la majorité , la crainte d'être ruiné par les banqueroutes ; et il se fait , dans la conscience publique , une sorte de tolérance coupable pour le délit que chacun individuellement condamne.

Dans les nouveaux Etats du Sud-Ouest , les citoyens se font presque toujours justice à euxmêmes, et les meurtres s'y renouvellent sans cesse. Cela vient êé ce que les habittides du peu* pie sont trop rudes , et les lumières trop peu ré- 'pandues dans ces déserts, pour qu'on sente l'utilité d'y donner force a la loi : on y préfère encore les duels aux procès.

Quelqu'un me disait un jour, à Philadelphie, que presque tous les crimes, en Amérique, étaient causés par l'abus des liseurs fortes , dont le bas peuple pouvait user à volonté, parce qu'on les lui vendait à vil prix. — D'où vient, demandaije , que vous ne mettez pas un droit sur l'ean-de* vie? — Nos législateurs y ont bien souvent p^é^ répliqua-t-il , mais l'entreprise est difficile^" On

caraint une révolte ; et d'ailleurs, les membres qi|i voteraient une pareille loi seraient bien sûrs 4p n'être pas réélus. Ainsi donc, repris-je, chez vous les buveurs sont en majorité, et la tempérance est impopulaire.

• Quand on fait remarquer ces choses aux hommes d'État , ils se bornent à vous répondre : Laissez faire lé temps ; le sentiment du mal éclairera le peuple et lui montrera ses besoins. Cela est souvent vrai : si la démocratie a plus*de chances de se tromper qa*iin roi ou un corps de nobles , elle a aussi plus de chances de revenir à la vérité, une fois que la lumière lai arrive ; parce qu'il n'y a pas , en général , dans son sein , d'intérêts con» traires à celui du plus grand nombre, et qui luttent contre la raison. Mais la démocratie ne peut obtenir la vérité que de l'expérience, et beaucoup de peuples ne sauraient attendre, sans périr, les résultats de leurs erreurs.

Le grand privilège des Américains n'est donc pas seulement d'être plus éclairés que d^autres, mais d'avoir la faculté de faire des fautes réparables.

Ajoutez que , pour mettre facilement à profit l'expérience du passé , il faut que la démocratie soit déjà parvenue à un certain degré de civilisation et de lumière. .

On voit des peuples dont l'éducation preniière

" a été si vicieuse , et dont le caractère présente un

si étrange mélange de passions, d'ignorance et de

notions erronées de toutes choses, qu*ils ne i r«ient d'eux-mêmes , discerner la cause de leurs misères; ils succombent sous des maux qu'ils ignorent.

J'ai parcouru de vastes contrées habitées jadis par de puissantes nations indiennes qui , aujourd'hui , n'existent plus. J'ai habité chez des tribus déjà mutilées qui , chaque jour , voient décroître leur nom^e et disparaître Téclat de leur gloire sayvage. J'ai entendu ces Indiens eux-mêmes pré* voir le destin final réservé à leur race. Il n'y a pas d'Européen , cependant , qui n'aperçoive ce qu'il faudrait faire pour préserver ces peuples infortunés d'une destruction inévitable. Mais eux ne le voient point; ils sentent les maux qui, chaque année , s'accumulent sur leurs têtes ; et ils péri-> ront jusqu'au dernier en rejetant le remède. Il faudrait employer la force pour les contraindre à vivre.

On s'étonne en apercevant les nouvelles nations de l'Amérique du Sud s'agiter, depuis un q^art de siècle , au milieu de révolutions sans cesse rerenaissantes, et, chaque jour, on s'attend a les voir rentrer dans ce qu'on appelle leur étai naturel. Mais qui peut affirmer que les révolutions ne soient pas , de notre temps , l'état le plus naturel des Espagnols de l'Amérique du Sud? Dans ce piys, la société se débat au fond d'un abime,^ dont ses propres efforts ne peuvent la faire sortir.

Le peuple qui habite cette belle moitié d'un hé-

-.Ml ^

vaisfbète flemble obstinëmeat aUaché à te dédiî^ rer les entrailies; rien ne saurait Fen dëtoomer. L'épuisement le fait un instant tomber dans le repos ; et le repos le rend bientôt à de nooyelles foreurs. Quand je Tiens à le oonsîdërer àaaa cet ëtat alternatif de misères et de crimes , je sois tenté de croire que pour lui le despotisme serait un bienfait.

Mais ces deux mots ne pourront jMiiais se trouver unis dans ma pensée.

DB LA VANIKKB DONT IiA DEMOGRATII AVKRICADIli COIT- DUIT I.B& AFrAIBBS BXTIRISVftES 9E Ï^BITAY.

Direction donnée à la politique extérieure des États-Unis pAr Wafthingkoa et JeffersoB. — Fresque to*» les défauts naturels de la démocratie se iomt sentir dans la direction des affaires extérieures , et ses qualités y sont peu sensibles.

Nous avons tu que la conopslitution fédérale mettait la direction permanente des intérêts extérieurs de la nation dans les mains du président et du sénat (1) ; ce qui place , jusqu'à un certain

(1) « te président , dit ki c^nstilntioa , art. 9 , seet. 9 , i> part, â, fera les traités de Tavis et avec le eoBsentement » du sénat. « Le lecteur ne doit pas perdre de vue que le mandat des sénateurs dure six ans , et qu^étant choisis par les législateurs de chaque État , ils sont le produit d^une élection k deux deçrés. oigtized byGoogle

Page 1