III
absorbé dans le soin de se défendre , éprouve à peine le besoin d'améliorer spn sort.
Mais il ne saurait en être toujours ainsi. L'Europe, livrée à elle-même, est parvenue par ses propres efforts à percer les ténèbres du moyen* âge; FAmérique du Sud est c);irétienne comme nous; elle a nos lois, nos usages; elle renferme tous le& germes de civilisation qui se sont développés au sein des nations européennes et de leur» rejetons; l'Amérique du Sud a de plus que nous notre exemple : pourquoi resterait-elle toujours barbare?
Il ne s'agit évidemment ici que d'une question de temps : une époque plus ou moins éloignée viendra sans doute où les Américains du Sud formeront des nations florissantes et éclairées.
Mais lorsque les Espagnols et les Portugais de l'Amérique méridionale commenceront à éprouver les besoins des peuples policés, ils seront encore loin de pouvoir y satisfaire eux-mêmes; derniers nés de la civilisation, ils subiront la supériorité déjà acquise par leurs aines. Ils seront agriculteurs longtemps avant d'être manufacturiers et commerçants, et ils auront besdfn de l'entremise des étrangers pour aller vendre leurs produits au-delà des mers, et se procurer ^i écbange les objets dont la nécessité nouvelle se fera sentir.
On ne saurait douter que les Américains du Nord de l'Amérique ne soient appelés à pourvoir
Un jour aux besoins des Américains da Sud. La nature les a placés près d'eux. Elle leur a ainsi fourni de grandes facilités pour connaître et ap« précier les besoins des premiers, pour lier avec cespeuples des relations permanentes, et s'emparer graduellement de leur marché. Le commerçant des Etats-Unis ne pourrait perdre ces avantagés naturels, que s'il était fort inférieur au commerçant de rijurope, et il lui est au contraire supérieur eh plusieurs points. Les Américains des Etats-Unis exercent déjà une grande influence morale sur tous les peuples du Nouveau-Monde. C'est d'eux que part la lumière. Toutes les nations qui habitent sur le même continent sont déjà habituées à les considérer comme les rejetons les plus éclairés, les plus puissants et les plus riches de la grande famille américaine. Ils tournent donc sans cesse vers l'Union des regards ; et ils s'assimilent, autant que cela est en leur pouvoir, aux peuples qui la composent. Chaque jour ils viennent puiser aux Etats-Unis des doctrines politiques et y emprunter des lois.
Les Américains des Etats-Unis se trouvent visà-vis des peuples dé l'Amérique du Sud précisément dans la même situation que leurs pères, les Anglais, vis-à-vis des Italiens, des Espagnols, des Portugais et détoi|s ceux des peuples de l'Europe, qui, étant moins avancés en civilisation et en industrie, reçoivent de leurs mains la plupart des objets de consommation. o
L'Angleterre est aujourd'hui le foyer naturel da commerce de presque toutes les nations qui l'approchent; rUnion américaine est appelée à remplir le même rôle dans Tautre hémisphère. Chaque peuple qui nait ou qui grandit dans le NouTeaa- Monde y nait donc et y grandit en quelque sorte au profit des Anglo-Américains.
Si l'Union venait à se dissoudre , le commerce des État^ qui l'ont formée serait sans doute retardé quelque temps dans son essor, moins toutefois qu'on ne le pense. Il est évident que, quoi qu'il arrive, les Etats commerçants resteront unis. Ils se touchent tous ; il y a entre eux identité parfaite d'opiniçns , d'intérêts et de mœurs , et seuls ils peuvent composer une très-grande puissance maritime. Alors même que le Sud de l'Union deviendrait indépendant du Nord, il n'en résulterait pas qu'il pût se passer de lui. J'ai dit que le Sud n'est pas commerçant, rien n'indiquéencore qu'il doive le devenir. Les Américains du Sud des États-Unis seront donc obligés, pendant longtemps, d'avoir recours aux étrangers, pour exporter leurs produits et apporter chez eux les objets qui sont nécessaires à leurs besoins. Or, de tous les intermédiaires qu'ils peuvent prendre , letxrs voisins du Nord sont à coup sûr ceux qui peuvent les servir à meilleur marché. Ils les serviront donc ; car le bon marché est la loi suprême du commerce. II n'y a pas de volonté souveraine , ni de préjugés nationaux qui puissent lutter longtemps contre le
bon marché. On ne saurait Toir de haine pins envenimée que celle qui existe entre les Américains des Etats-Unis et les Anglais. En dépit de ces sen« timents hostiles, les Anglais fournissent cependant aux Américains la plupart des ohjets manufacturés, par la seule raison qu'il les font payer moins cher que les autres peuples. La prospérité crois-* santé de l'Amérique tourne ainsi, malgré le désir des Américains, au profit de l'industrie manufacturière de l'Angleterre. La raison indique et l'expérience prouve qu'il n'y a pas de grandeur commerciale qui soit durable, si elle ne peut s'unir, an besoin, à une puissance militaire.
Cette vérité est aussi bien comprise aux États- Unis que partout ailleurs. Les Américains sont déjà en état de faire respecter leur pavillon ; bientôt ils pourront le faire craindre.
Je suis convaincu que le démembrement de l'Union , loin de diminuer les forces navales des Américains, tendrait fortement à les augmenter. Aujourd'hui, les États commerçants sont liés à ceux qui ne le sont pas, et ces derniers ne se prêtent souvent qu'à regret à accroître une puissance maritime dont ils ne profitent qu'indirectement. *
Si au contraire tous les États commerçants de l'Union ne formaient qu'un seul et même peuple, le commerce deviendrait pour eux un intérêt national du premier ordre ; ils seraient donc disposés à faire de très-grands sacrifices pour protéger
leurs vaisseaux, et rien ne les empêcherait de suivre sur ce point leurs désirs.
Je pense que les nations , comme les hommes , indiquent presque toujours , dès leur jeune âge , les principaux traits de leur destinée. Quand je vois de quel esprit les Anglo-Américains mèneat le commerce, les facilités qu'ils trouvent à le faire, les succès qu'ils y obtiennent, je ne puis m'empècher de croire qu'ils deviendront un jour la première puissance maritime du globe. Ils sont poussés à s'emparer des mers, comme les Romains à conquérir le monde.