‹ De la démocratie en SuisseChapitre 29 sur 163 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

DES ÉGLISES CONSHTCÉES.

Le schisme du seizième siècle a produit en Suisse des résultats qu'il ne pouvait produire nulle part ail* leurs, et qui s'aperçoivent non-seulement dans les rapports mutuels des divers États, mais encore dans leur vie intérieure et dans leurs institutions cantonales.

Deux églises ennemies se trouvent là en présence, l'une et l'autre constituées, l'ime et l'autre protégées par les gouvernements, et se partageant le territoire helvétique de telle sorte, que ce qui manque à Tune en population est amplement compensé par des moyens d'action que l'autre n'a pas. Les catholiques sont aux réformés dans le rapport de deux à trois ; cependant les catholiques ont en diète dix voix et demie, et leur église militante est à celle des réformés dans le rapport de trois à un (t).

Je parlerai d'abord de l'Église romaine, qui est la plus ancienne et aussi , politiquement parlant , la plus importante ; mais, avant d'exposer les rapports de cette Église avec l'État, je dois faire connaître l'or-

(1) Voyez la note G de l'appendice.

ganisation qu'elle a reçue en Suisse, rappeler le caractère et les tendances générales que lui imprime partout sa constitution hiérarchique , et retracer en peu de mots l'histoire des modifications que cette constitution a subies dans les cantons catholiques. Est-il besoin d'avertir le lecteur que je traite ce sujet délicat sans aucune préoccupation exclusive? Le culte et le clergé, lorsqu'on envisage l'un comme la forme extérieure sous laquelle se manifestent les croyances, l'autre comme un organisme destiné à diriger le culte et à satisfaire les besoins religieux des peuples, sont, autant queles croyances mêmes, dignes de respect. Mais le culte s'accomplit à l'aide de moyens matériels , et le clergé auquel sont confiés ces moyens, le clergé qui dispose en outre des moyens spirituels, se compose d'hommes sujets à l'erreur et aux passions ; il forme une association permanente, exposée, comme toute association humaine, à se méprendre sur son but ou sur les moyens de l'atteindre, et à recevoir de sa propre organisation certaines tendances vicieuses en principe, ou funestes parleurs résultats. Or, c'est l'Église comme société humaine dont je dois m'occuper ici , et je n'ai à l'étudier que dans son but humain, dans son action politique, non dans son but religieux ni dans son action spirituelle.

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