‹ De la démocratie en SuisseChapitre 32 sur 163 · COUVENTS. — SYNODES. — JÉSUITES · texte numérisé non relu

COUVENTS. — SYNODES. — JÉSUITES

Un des objets poursuivis avec succès par la cour de Rome a été rimmédiateté des couvents, ou, pour parler un langage canonique, l'exemption des religieux.

Le gouvernement de la république helvétique avait décrété la suppression des couvents et arrêté en même temps que leurs biens , devenus biens de TÉtat , seraient affectés à l'entretien des établissements d'instruction publique et de charité. Mais le prince évoque de Ratisbonne , duquel relevaient alors la plupart des églises suisses , ayant , par une déclaration expresse , reconnu le principe que les revenus des couvents devaient être consacrés en grande partie aux besoins de l'instruction publique, au soulagement des pauvres et aux diverses institutions philanthropiques, le gouvernement ne donna aucune exécution à son décret. Le principe admis par l'évêque fiit d'ailleurs loyalement appliqué pendant la Médiation, grâce aux vues libérales qui prévalaient alors parmi le haut clergé , notamment chez le vicaire général M. de Wessemberg.

Cependant, comme le décret ne fut point révoqué, il fournit plus tard un prétexte pour introduire dans le pacte de 1815 la garantie formelle de rexistence

des couvents , et favorisa ainsi des vues diamétralement contraires à celles qui l'avaient fait rendre.

Les couvents , une fois réintégrés dans leur existence légale, ont été entièrement soustraits à la juridiction des évéques et subordonnés immédiatement au saint-siège , auquel leurs abbés doivent prêter un serment d'obéissance absolue (1).

Le vice capital de cette organisation des églises suisses aurait été en partie corrigé, et l'influence du nonce jusqu'à un certain point neutralisée, si les membres du clergé national de chaque diocèse avaient pu se réunir, s'entendre , se concerter avec les gouvernements et avec des laïques délégués par le troupeau, en un mot, si l'institution canonique des synodes diocésains avait été mise en pratique , ainsi que le prescrivent les actes de plusieurs conciles (2) . Sur ce point, comme sur tant d'autres, les vœux exprimés avec force par plusieurs États ont échoué contre le mauvais vouloir de la curie romaine. Il ne fallait pas que l'élément national pût acquérir aucune part dans la direction des églises suisses. Le clergé suisse ne devait recevoir ses inspirations que de Rome, chercher

(1) Contre les dispositions expresses de plusieurs conciles, notamment de celui de Trente, qui soumet formellement les couvents aux évéques dans les diocèses desquels ils se trouvent (Conc. Trid. sess. V. c. 1, 12. — Sess. VI, c. 3 et 4. — Sess. VII, c. 8 et 14. — Sess. XXV, c. 12 et 13).

(2) Notamment du Concile de Bàle , et même du Concile de Trente (Conc. Trid. sess. XXIV, c. 2).

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coiiseil et appui que dans ses rapports directs ayec la nonciatute.

Enfin , pour qu'il ne ttianquftt rieii à la Suisse catholiqtid de ce qtii pouvait y préparer et y coùsolider la suprématie de Rome, le séjour du nonce à Schiritz à été signalé par Tétablissethent des jésuites daiis ce canton, et ces redoutablcus auxiliaires de lultraUionlanisme ataient déjà pris pied auparavant à Brigg et à Friboutg. Dieu sait où s'arrêtera leur matche trittttt- {)hante(3)l

(3) An moment où j'écris eed, tour étabUëiemenl dAOs le outon de Luoerne est dcTena presque certain.

ÉLÉMENTS M Vttàt.^ltÊ tahitEi «OirtTITUÉES. ftBi

CHAPÏTRE V.

CÂRAMàAB M lA iWBÉMAtiÈ DV ROME.

tin esquissant les traits prilicipatlx (}iii caractérisent rofganisation de Téglise catholique en Stlisse, je n'ai point étésousrinfltietice deprérentiotishOstilesfcôntrfe l'iûstitûtioii ou contre les personnes qui la représentent, ni disposé par ootiséquënt à eiagérër léà faits ou à les altérer. Au contraire , le sentiment le plus tlf que j'aie éprouvé, eu écrivait cette partie de înon octvtage , c'est de l'adwiratlofl , une admiration sîniktt pcfuf celte pttissante hiéi'ai'ellie qui sait rallier à tSe et faire converger vers un but unique tant d'é- JÉftents épars et discordants, qtti introduit l'ordre et ruflité là ôii les institutions politiques ne tendent qti'à ttettte le désordre o( la divisioti, qui fait servir «iflil. k ce qU'elléf cfdt être le bonheur et le salut du geilre humain, les passions et les vi6es même auxqtteb il doit tous ses malheurs.

Le plus grave reproche qu'on puisse faire à la supétûsâb romame porte sur sou caractère étranger. Si le pouvoir de \A nonciature est dangereux , c'est qu'il e&i MùÛé à un agent de Rome ; si ton iftflumce est à craindre , c'est surtout parce qu'elle est antînationde, parce qu'elle tend à détruire, chez les popidations catholiques , U sentimttit de la naticmalifé

suisse , et à compromettre les grands intérêts qui trou* vent leur meilleure garantie dans l'existence d'un tel sentiment. Ce même pouvoir et cette même influence, exercés par un métropolitain national, suisse à la fois d'origine et d'institution, ne présenteraient point les mêmes dangers ni pour la paix intérieure , ni pour la sûreté extérieure de la confédération. Bien plus, la direction suprême des églises suisses , placée en de telles mains , pourrait devenir bienfaisante par son action sur les pouvoirs politiques et sur les instincts populaires.

En effet , quoique l'église catholique ait habilement exploité à son profit les institutions de la démocratie, on ne peut lui reprocher d'en avoir adopté ni propagé les doctrines dissolvantes et subversives. Il peut convenûr à la hiérarchie d'avoir pour adversaires des gouvernements démocratiques ; il peut convenir au clergé catholique d'avoir pour troupeau des peuples livrés à leurs instincts sans autre direction supérieure que la sienne ; mais , certes , rien ne ressemble moins aux formes de la démocratie que celles de la constitution actuelle de l'église catholique, et rien n'est plus éloigné de l'esprit de la démocratie que les enseignements du clergé catholique.

En Suisse le radicalisme n'a point d'adversaire plus irréconciliable que l'ultramontanisme , et ceci concourt à expliquer le rôle que les démocraties pures, les cantons primitifs, ont joué dans les ques-

tioDs fédérales que le parti radical a soulevées depuis dix ans à diverses reprises. Les peuples de ces petits Etats ont conservé des croyances vives : ils sont sou* mis et attachés à leurs prêtres, dès lors ultramontains comme ceux-ci , et comme, à peu d'exceptions près, tout le clergé suisse actuel.

Qu'on ne m'objecte point les exemples de la Belgique, de l'Irlande et de quelques Etals suisses, où le clergé a favorisé, excité même peut-être, des mouvements révolutionnaires. Lorsque Téglise romaine croit avoir besoin d'une révolution pour asseoir sa domination sur un peuple , elle ne recule point devant cette nécessité ; mais une fois parvenue à ses fins, une fois en possession de la mesure d'influence qu'elle regarde comme son droit, elle retourne bien TÎte à ses principes conservateurs et ne fait usage de sa domination que dans le sens de l'ordre et de la stabiUté (1).

L'influence politique de l'église romaine en Suisse est évidemment aujourd'hui un des principaux obstacles qui ralentissent les progrès de la démocratie, le principal moteur d'une réaction qui se manifeste çà

(1) L'attitude qu'a prise la population catholique du canton de Genève depuis la révolution du 22 novembre 1841, offre un exemple frappant de cette habileté de l'Église romaine à exploiter au besoin les événemcnta et les idées les plus contraires en apparence à ses sympathies et à ses tendances ordinaires. On me permettra de n'entrer ici dans au^ can détail sur des faits qui n'appartiennent pas encore à l'histoire, mais dont elle s'emparera un jour pour rendre à chacun pleine justice.

at là di)B8 les i4ée^, 4{M» U T^P poUtique e( iqte^ certoÎDâs bis 4'pr4re p^bliQ, hïm qii>U^ fi'»it pi att9int l@s lois coostiti^^iwplles proprew^V^ ditei i^). D'un ftHtr« q^té, si Ton eïiwagp ^ftQtip^ pplit|(p dfi réglisd romaine 44i)§ SOA eq^epibl^, (çt ^on» p point de vue philosophique, il n'e^t guère pQasjl)!^ d^ se réjpuir des succès qu plie o^tleq^. ni 4e ^uhaiter sincèremefit son triomphe. Lor^u'elleparrieat à gouverner les instincts populaires , ce n'est pafi en éclairant les intelligences , mms e^ les i^Dumettwt au joug 4e lautoriié , en lesi entourant 4^ 0pèbre§ de l'ignorance ou de^ lueurs incomplètes, et encore plus dangereuse, dun s^ypir purement fqrpiel, en |9(}onQant surtout le^ àm@^ k uue phéi^sapoe aTeugle, en comprim^ait tout essor sppnt^né, tQttI

(2) Un des premiefs actes législatifs du ^ouTernement issu de 1^ réaction ultramontaine» à Lucerne, a été une lot' »ur la libre manifeitation det opinions, promulguée d'abord en 1842, puis modifiéa, rendua plus fierai t\ sanctionnée (ke ^o^yQ^^ pfur la paaplf} t^ul^ f iSpeinm^t, palgré les efforts inouïs qu*a tentés le parti radical pour la faire rejeter; loi dont les résultats, si elle était strictement appliquée, équiyaudraient presque à ceux d'une censura prétenti? e. Les abus d« la nuiivaisa pcssie ont été port^ an S|liss^ à un (leyrft taPaipant ii)tolér4))la, qii'oapa pa»t blAmer le législateur lucernois d'avoir voulu couper le mal à sa racine. Mais si son ii|tef^tiQi| e^t pleinement justifiée^ les moyens qu'il ^ploie sont-ils réellement appl^cal^les? Sa loi n'entraînera- t^e pas des abus d'une ai|tre espèce, ep p^rticiilier des procès de tendapceç, et np détruira-t-elle pas la lil^0r(é gn'il s'agissait seulement de renfen^er dans de justes liniites et de rendre inpffensive? Quoi c^'il en soit, cette tentative estasses intéressante pour mériter d'être connue. (Voir la traduction de cettç Iq| ^ l>pp9P(iîqi M^ &^ -4$ ce yoiuine.j

élan de la pensée vers cette région supérieure où la raison humaine , libre de toute entrave conventionnelle, s'épure et s'ennoblit par la recherche du vrai 9][n$o}u sqr Dieu et sur |a ^BStinée de rbomqie. [4 plupart des prétentions que Téglise romaine met en avant, dans ses rapports avec l'Etat, proviennent de ce besoin qu'elle éprpuve d agir saf)s contrôle et s^ns intermédiaire sur les intelligences et sur lei$ |Lmes, d'en suivre et d en diriger )p 4évelûppement, de leuf mesurer à son gré la liberté et les lumières ; tâche difgpile et délicate, qu'elle est seule capable de reffipUrt et qu'elle remplit ^vec une persévé^rançe et wfx dé« VQuemeot ^dmirables-toutes les fois qu'il Itti e^t donné ifi Yentreprendre.

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