DE LA RESPONSABILITÉ MORALE
L'expérience de tous les siècles devrait avoir habitué l'esprit humain à se défier des idées que font naître les grands événements ; car ces idées, toujours empreintes d'exagération , toujours absolues , par conséquent incomplètes, manquent rarement de jeter les sociétés qui s'en imprègnent dans quelque voie désastreuse, d'où elles ne peuvent sortir que par des réactions pleines de difficultés et de périls.
Lorsque la révolution de 1789 brisa le joug qui avait pesé sur la zone centrale du continent d'Europe depuis la guerre de trente ans, c'est-à-dire depuis la consolidation définitive du pouvoir monarchique , lorsqu'elle mit fin à cette longue pression exercée sur les facultés actives de l'intelligence au nom du droit positif et des privilèges , lorsqu'elle écarta, enfin, ces entraves de toute espèce apportées au développement des institutions sociales et à la libre circulation des idées par un pouvoir que des abus intolérables avaient rendu presque partout méprisable et odieux, l'opinion, cause première et agent principal de ces merveilles, devint l'objet d'un culte , et la liberté de la pensée , érigée en principe absolu , fut considérée comme le palladium des au-