‹ De la démocratie en SuisseChapitre 75 sur 163 · II · texte numérisé non relu

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maintenues opiniâtrement par certaines catégories de la société, à cause de lavantage que celles-ci en retirent. Cependant, même dans ce cas, il faut procéder lentement à la démolition de ces ruines devenues inutiles , de peur que l'édifice entier ne soit ébranlé par le brusque retranchement de quelque partie se- • crètement liée avec les fondements sur lesquels il repose.

Que le peuple des démocraties pures de la Suisse actuelle soit attaché sincèrement à ses institutions, c'est un fait incontestable; que cet attachement donne aux institutions elles-mêmes et aux gouvernements qu'elles établissent un degré de force et de stabilité que ne possèdent jamais les démocraties représentatives ni leurs gouvernements, c'est ce que nul ne s'avisera de révoquer en doute. Ne faut-il pas aller plus loin, et dire que cet attachement est aussi, pour les peuples, un élément de bonheur, une source de bien-être non matériel, mais moral , de ce bienêtre qui est le résultat d une profonde sécurité jointe à des sentiments affectueux pour le pays et pour les hommes auxquels on la doit î

Qui oserait, s'il en avait le pouvoir, introduire de force chez ces peuples les innovations qu'un instinct irréfléchi leur fait repousser? Qui voudrait assumer la respMsabilité des conséquences d'un tel changement? mpoléon, cet homme si puissant d'intelligence et de volonté, recula devant cette idée. Son

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esprit organisateur, qui s'était complu à formuler des constitutions représentatives pour tant de peuples soumis à son pouvoir, et pour la Suisse même, s'arrêta devant les vieilles démocraties des cantons primitifs ; il respecta ce débris du passé, parce qu'il reconnut que lamour des peuples en était le vrai ciment et que leur vie entière était intimement liée avec ces formes patriarcales.

Sans doute, dans l'ensemble de ces institutions, il peut se trouver aussi quelques formes qui, ne répon* dant plus à aucun besoin social , ont perdu toutes racines dans Taffection des peuples et ne se isaintiennent plus que grâce aux intérêts individuels qu'il faudrait sacrifier pour les abolir. Est^^ une raison pour porter la sape sur le système entier dont ces formes ne sont que des parties inutiles ? ou même pour y introduire, comme à Schwitz et à Glaris on l'a déjà fait, des garanties empruntées à 4 autres systèmes, et qui, par la nature hybride qu'elles co»servent , senû)lent n'être que des pierres «d'Aitmte pour une transformation plus complète?

Je ne puis m'empêcher d'éprouver de vife rouets à la vue de ces envahissements successifs de la démocratie théorique sur la démocratie réelle^ Jl y a quelque chose de triste, à la fois, et de ridicule àms cette application de la science constitutioAAelle d>9S grands états de l'Europe et de l'Amérique à de petites communautés resserrées entre les Hautes-Alpes

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et faites pour le gouvernement patriarcal. Les formes extérieures de la démocratie pure , conservées jusqu'à présent, y pourront-elles subsister? Ne verratr-on pas ces constitutions, naguère si originales, si bien adaptées aux besoins des sociétés qu'elles régissaient, dégénérer peu à peu en de plates imitations du type modèle qui forme le droit commun du reste de la Suisse? Ne verra-t-on pas ces respectables monuments d'un passé plein de gloire , ces débris caractéristiques de la période la plus intéressante de nos annales , ces documents vivants et uniques d'un temps si éloigné de nous , tomber l'un après l'autre vV^ ' fi^Ur » \ ' -pour faire place aux créations éphémères de l'école \'^ ^''- ' démagogique?

S'il en doit être ainsi, on déplorera sans doute un jour la perte de ces formes que tant de siècles avaient développées en les respectant, comme on déplore la destruction de ces édifices gothiques , œuvres d'un art et d'une patience que l'époque où ils furent élevés pouvait seule produire.

La démocratie , telle que nous la trouvons encore aujourd'hui dans quelques États de la Suisse, est de ces institutions que Ion ne crée pas à volonté. Elle est soumise à des conditions de vie qui , une fois qu'elles ont disparu de la société, ne s'y reproduisent plus.

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