‹ De la démocratie en SuisseChapitre 77 sur 163 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

COMMENT LES RÉFORMES DÉMOCRATIQUES ONT PU RESSERRER l'âLLIANCE FÉDÉRALE.

Les réformes démocratiques ont resserré le lien fédéral en augmentant l'isolement politique de la confédération.

La période qui a précédé 1830 avait vu le régime représentatif s'introduire successivement chez presque toutes les nations voisines de la Suisse. En France, aussi bien que dans les États allemands qui bordent le Rhin, le principe monarchique, tempéré par des formes républicaines, avait produit un ensemble d'institutions» d'idées et de vie politique peu différent de ce qui existait dans la plupart des cantons suisses.

Mais, tandis que les révolutions de la période sui* vante n'ont presque rien changé à cet état de choses hors de la Suisse, elles l'ont profondément modifié dans ce dernier pays, et le groupe helvétique ayant ainsi regagné, par l'introduction du suffrage universel et des autres conséquences pratiques de la souveraineté du peuple, toute l'avance qu'il avait perdue , la Suisse est redevenue ce qu'elle était jadis, une oasis républicaine au milieu d'États monarchiques.

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Sous rinfluence de cet isolement, le sentiment d'une nationalité coUectÎYe s'est plus développé en dix ans, au milieu de la guerre acharnée des partis, que pendant les quinze années de paix intérieure qui avaient précédé. Mais la position des États qui n avaient pas encore appliqué les principes démocratiques dans toute leur rigueur en était devenue difficile, parce que l'esprit de la nationalité fédérale et le besoin d'homogénéité dans les institutions, suites inévitables de l'isolement politique, gagnaient peu à peu la population même de ces États, en m^e temps qu'ils produisaient chez les autres de vives répugnances contre toutes les formes de gouvernement contraires aux idées qu'avait consacrées leur droit commun.

Il était donc facile de prévoir que tôt ou tard Genève et le Valais suaient contraints d'accoter ce droit commun. Neuchâtel seul a résisté. Oasis monardiique au milieu de l'oasis r^ublicaine^ ce canton continue d'être l'objet d'antipathies , aveugles sans doute, injustes par conséquent^ et déplorables dans ieurs résultats, mais qui sont l'expression d'un M et subsisteront aussi long-temps que ce fait lui-môme. L'isolement politique serait sans efficacité sur le lien fédécai, si les peuples n'en acquéraient pas instmctiv^mBnt la conscienoe* et s'il ne produisait chez eux ni sympatiiies ni antipathies (1).

(1} Lei lentimenU antimonarchiques se manifestent parfois, en Saisie»

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La démocratie a contribué encore à resserrer le lien fédéral par l'homogénéité qu'elle a introduite dans les institutions cantonales.

Quoique les différences qu'on peut signaler entre les diverses constitutions émanées des révolutions de la période actuelle soient nombreuses, les analogies le sont bien davantage et portent sur des principes fondamentaux. D'autres analogies non moins remarquables en sont résultées dans les lois organiques, les législateurs des divers cantons ayant eu les mêmes questions à résoudre , les mêmes rapports à régler, les mêmes difficultés à vaincre.

Ces nombreux points de contact ont fourni à chaque État de nouveaux motifs de connaître ce qui se faisait chez les autres, et ont fait naître chez les peu-

d'une mafiière originale. On m souvient de ce portier'modèle qui, tout récemment, à Zurich, s'obstinait à refuser Ventrée d'une fabrique au roi de Wurtemberg. En vain lui fit-on connaître la qualité du personnage qui demandait à être introduit chez son outtre : « Roi tant que vous voudrez, on n'entre pas, » répondit^il.

Dans le canton de Vaud, une pétition a été présentée à diverses reprises, et fortement appuyée, demandant qu'on supprimât, dans la liturgie de l'église nationale, la prière pour les rois.

Ces manifestations ne sont ni plus ni moins légitimes et naturelles que celles du monarchisme neuchâtelois. Les sentiments populaires, quand ils sont réellement populaires, peuvent être exagérés, absurdes, injustes, mois ils sont toujours sincères, par conaéqueni iaattaquables sous le point de vue du droit. 11 faut être bien niais ou bien aveuglé par l'esprit de parti, pour en vouloir à tout un peuple de ce qu'il aime ou n'aime paa la royauté ou la république*

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pies confédérés un vif sentiment de leur communauté d'intérêts et de destinée.

Les causes qui tendaient ainsi à resserrer l'union fédérale devaient agir immédiatement et produire tout leur effet dès les premiers moments de la mise en vigueur des constitutions démocratiques ; tandis que les influences qui agissent en sens contraire, et dont je parlerai bientôt, n'obtiendront que peu à peu leur entière efficacité. Aussi a-t-on eu à diverses reprises, depuis 1830, la preuve manifeste du nouveau degré de force qu'avait acquis le lien fédéral. La confédération, attaquée dans son honneur par des procédés humiliants, ou dans son indépendance par des actes hostiles de puissants voisins, s'est levée comme un seul homme à la voix de ses chefs , avec un enthousiasme qui rappelait les plus beaux jours de l'ancienne alliance.

Si les menaces et les hostilités de l'étranger avaient provoqué ces manifestations de l'esprit fédéral, si elles en étaient par conséquent la cause immédiate et apparente, c'était en réalité l'isolement politique de la Suisse qui avait donné lieu aux procédés hostiles et qui avait imprimé à la résistance un caractère fédéral. €e caractère, d'ailleurs, se montrait bien plus dans l'élan spontané des populations que dans les mesures concertées par les gouvernements.

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