‹ De la démocratie en SuisseChapitre 81 sur 163 · II · texte numérisé non relu

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rations le caractère qu'elles auraient dû présenter de prime abord.

Mais le terrain n'est plus le même ; la question n'est plus entière ; ce qui aurait suffi, dans le premier moment, pour écarter une exigence peut-être mal fondée, ne suffît plus pour calmer de justes ressentiments. Alors rassemblée fédérale, ayant conscience de ses torts . liée d'ailleurs par des instructions oh l'intérêt cantonal a fait taire toute autre considération, se voit entraînée, de concession en concession, à des actes humiliants, à des sacriflces de dignité et d'indépendance morale, que leur contraste avec les bravades antérieures ne contribue pas à rendre moins pénibles.

L'assemblée fédérale, à mesure que diminuait son aptitude aux affaires dont la tractation lui est confiée, devait perdre une partie de son autorité et déchoir dans l'opinion, alors même que l'influence générale de la démocratie n'eût pas concouru à produire cet effet.

n devait arriver aussi , chose bizarre ! que les hommes dont les doctrines ont le plus contribué à produire de tels résultats seraient précisément les premiers à s'en apercevoir, à proclamer hautement l'insufBsance du gouvernement fédéral, à critiquer amèrement ses allures ; car ils puisaient dans l'état de nullité et d'impuissance auquel ils avaient eux-mêmes réduit la Diète un motif de toute force pour décrier

le pacte de 1815, et pour demander une réforme complète des institutions fédérales.

Leurs déclamations et leurs sarcasmes, aggravant le mal que Tapplication de leurs principes avait produit, ont amené les choses à un tel point, que, malgré l'impossibilité aujourd'hui démontrée de toute réforme qui tendrait à fortifier le gouvernement central aux dépens des souverainetés cantonales, de bons esprits se posent encore ce problème et cherchent à le résoudre, au moins en théorie.

Faut-il le dire? il n'y a pas une loi, pas une ordonnance de police des gouvernements cantonaux qui n'ait plus de force et ne soit mieux observée qu'un conclumm de la Diète.

J'ai déjà parlé du rôle que joua cette assemblée à Zurich en 1839. Dans le même temps, les deux partis qui divisaient le Valais en vinrent aux mains pour opposer aussi un fait accompli aux arrêtés dont l'exécution paraissait indéfiniment ajournée. Ainsi avaient procédé les deux parties du canton de Bâle en 1833 ; ainsi a procédé l'État d'Argovie depuis deux ans.

Telle a été, telle devait être la triste influence des institutions démocratiques sur une organisation primitivement faite pour s'adapter à de tout autres formes.

Le pacte fédéral a créé une confédération d'États ; il unit ensemble des gouvernements, non des peuples ; il suppose chacun de ces gouvernements assez

indépendant pour avoir sa propre volonté, assez permanent pour mettre de la suite dans ses actes, assez intelligent et assez fort pour remplir les obligations qu'emporte la qualité de membre d'une association fédérative.

En réduisant les gouvernements de la Suisse à n'être que les dociles instruments de la volonté mobile et peu éclairée des majorités cantonales, la démocratie a créé un ordre de faits auquel le pacte ne devait pas s'appliquer, auquel il n'est pas applicable.

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