JVEMOCRATTE T1S DU ST MELLE
travail du for est exécuté par un nombre considérable de petits fabricants n ayant tous qu’un outillage extrêmement minime et ne pouvant par suite entreprendre que la construction d’un très-petit nombre d'articles (la coutellerie) ne disposant pas d'outils, de forces motrices nécessaires pour d'autres fabrications*
Supposées que la municipalité, faisant ce qu’a fait l'artillerie pour la fabrique d'armes blanches quelle a établie dans celle ville, eût barré la Vienne pour obtenir une force motrice importante qu'elle eût louée en détail ou même donnée à ses administrés. Ceux-ci étant tenus en échange, d’établir l’un un tour, l'autre un laminoir, un martinet, etc., et à condi tion de travailler à façon avec ces outils, comme leur intérêt l'eût seul commandé, dès ce moment l'industrie de la ville changeait de face. Non-seulement le plus petit fabricant pouvait, par le seul fait de la fondation de rétablissement communal, adopter pour ses produits des méthodes plus avancées de fabrication qui en eussent diminué le prix de revient, mais encore réussir dans la production d’une foule d’objets de quincaillerie, d'outils, de machines même; l’instruction professionnelle se répandant. Le niveau des fortunes se serait élevé par la mise à la disposition de tous des ressources de la grande manufacture, sans créer au profit de personne de monopole décourageant pour les autres, d'autre privilège que celui de l'intelligence et de la capacité de chacun.
La création et la division de la force motrice entre des locataires est, nous pensons, le plus puissant moyen que les municipalités puissent employer pour développer l'industrie des localités. La force motrice étant un des éléments les plus essentiels de la production industrielle, un de ceux dont la
création est la plus coûteuse ; le bon marché d’une simple location sera une cause de multiplication de fabriques, qui ne tendront pas à prendre nécessairement des développements énormes; la division du travail s'opérant par la division de la location de la force motrice, la factorie à l'anglaise sera reconstituée de fait par la réunion de plusieurs fabriques autour d’un même moteur, et celles-ci, devenues partie d’un grand tout, seraient conduites avec toute l’ardeur fécondante de l'intérêt privé*
Nous ne savons si nous parvenons à bien faire apprécier notre pensée* Aider Industrie de la localité, fournir par le barrage d’un cours d’eau, l’achat d’une puissante machine à vapeur, le moyeu à bien des petits producteurs de travailler dans des conditions de succès, c’est aider le succès de la démocratie laborieuse. Puisque le travailleur de la ville paye sa part des charges et impôts, est-il extraordinaire que l’association que forme la municipalité combiné les moyens d’être utile à tous? Le prix de la force motrice pesant tout aussi bien (pie celui des transports sur le prix des objets fabriqués, pourquoi le gouvernement, les municipalités bornent-elles leur action à améliorer les voies de transport? Celles-ci seraient fort bien construites par l’industrie privée, comme en Angleterre, si on voulait lui concéder des droits de barrière* De même que dans ce cas l’intérêt général a primé l’intérêt privé, il doit en être de même dans nombre de cas pour la création de la force motrice pour le plus grand intérêt des administrés*
S il nous fallait indiquer des villes pour lesquelles de semblables créations seraient d’une grande utilité, rien ne serait plus facile* Paris par exemple, grande ville manufacturière , où le combustible n’arrive qu’à un prix élevé.
retirerait les plus grands avantages d'une création semblable. Nous avons indiqué dans l'article Cours d’eau du Dictionnaire des arts et manufactures, comment il était possible, facile môme d'utiliser la Seine, à la suite de cette longue ligne de quais qui permet de relever par un barrage le niveau des eaux dans toute la longueur de la ville, et de créer ainsi une chiite d'eau dont la puissance motrice serait extrêmement considérable. N'est-ce pas à la municipalité qu'il appartient de réaliser une semblable entreprise qui doit compenser T une des causes d'infériorité de Paris comme ville manufacturière, la cherté de la force motrice?
Déjà la construction du canal Saini-Maur, ayant atteint un but analogue celle dont nous parlons ici, a été fort utile, et les forces motrices qu'il permet d'utiliser, peu appréciées h l'époque où les Ponts et Chaussées exécutèrent ce beau travail, quand l'industrie était moins avancée, sont louées aujourd'hui h un prix élevé et parfaitement utilisées, au grand profit de l'industrie de Paris.
Nous n'en dirons pas davantage au sujet de ce mode d'action des municipalités, nous croyons que c'est celui qui doit se rencontrer le plus souvent; mais ce n'est pas le seul. Il est nombre de cas où leur intervention dans une opération industrielle sur laquelle repose toute la production de la localité peut être chose avantageuse, où l’établissement d'un laminoir, d'un découpoir banal (nous avons vu en parlant du plaqué comment cette industrie s’était démocratisée par ce moyen), peut être un véritable bienfait; mais il est impossible de rien dire de général ù cet égard : on ne peut que se décider suivant les cas spéciaux et surtout en établissant comme principe foudamenlal de cette intervention, que la
municipalité ne doit jamais faire autre chose que seconder l'industrie privée et non lui faire concurrence; jamais empêcher un citoyen de retirer les fruits de son travail, ne pas écraser ses clïorts indi viduels sous ceux de T association de tous.
C’est surtout en s'associant au développement de l instrucïion professionnelle, moyen d'augmenter le capital iniellectuel de tous ses citoyens ; des institutions de crédit qui assurent l'essor de leur capacité, que les municipalités doivent agir ; il y a dans cette voie bénéfice pour tous, et il ne peut y avoir d'inconvénient pour personne* Nous ne traiterons pas ici ces importantes questions sur lesquelles nous aurons bientôt occasion de revenir*
La seule chose que nous voulions établir ici, c T estque par rintervention des ressources municipales ou communales on obtiendra le développement sous la forme naturelle à notre nation, par agglomération de petits ateliers, des industries qui jusqu'à ce jour n'ont prospéré que sous la forme de grands établissements semblables à ceux de l'Angleterre*
On rendra la concurrence des petits ateliers avec ceux-ci parfaitement possible, grâce à la jouissance des biens communaux, de la main morte industrielle mise à la disposition de petits établissements se groupant pour retrouver par la juxtaposition, tous les avantagés de la fabrication en grand, la division extrême du travail, T utilisation des déchets, etc*, sans perdre les avantages du petit atelier où le fabricant n'étant que le premier ouvrier peut appliquer tous ses soins à un détail de fabrication et par sa surveillance intéressée de chaque instant tirer excellent, parti des éléments dont il dispose*
Nous allons terminer en cliercïiant ilt fixer par un-exemple comment, dans, un cas récent le pouvoir social eût pu intervenir dans la production, intervention qui en principe est généralement admise aujourd'hui, quand elle est exercée sagement et respecte la liberté du travail. Nous voulons parler de la filature du lin.
Chacun sait ce qu'était dans nos campagnes la filature du lin et du chanvre : c'était le labeur du pauvre, l'occupation de la veillée sur presque toute la surface de îa France; c’était, malgré la modicité du prix des façons, une production trèsconsidérable, une source de bien-être ou au moins un moyen d'existence pour une grande partie de la classe agricole, qui forme les 2/5 de la population française, El la société ne s'est pas inquiétée de voir tout ce travail disparaître, tous ces salaires échapper aux laborieuses ménagères pour servir à payer le travail des machines anglaises, ou au moins 11 a sn que favoriser par des droits de douane, l'importation de ces machines pour constituer en France des établissements sur une grande échelle, semblables à ceux de l'Angleterre; y voir concentrer par suite une industrie dont les bienfaits étaient répartis sur toute la surface du pays ï
N'y avait-il rien de mieux à faire? On n 1 oserait le soutenir en présence des déplorables résultats que Ton obtient.
Rappelons brièvement rhétorique de l'invention de la filature du lin à la mécanique.
Napoléon, préoccupé du désir d'opposer îi l'industrie anglaise du coton, une rivale digne d'elle, proposa un grand prix d'un million pour celui qui parviendrait 1er le lia h des numéros aussi élevés qu'on était parvenu a filer le coton, prenant ainsi une initiative semblable è celle dont nous voulons charger l'Etat. Grûce h cet encouragement, la fi-
] attire mécanique du J in devint l'objet d'une préoccupai ion générale. Seul, et malheureusement à la Sû de l'empire, M. P. de Girard résolut le problème : lesmachmes employées actuellement sont celles qu'il a inventées, auxquelles on a à peine apporté quelques perfectionnements.
Mais, dit M. Coquelin, auquel nous empruntons la plupart de ces détails, il ne suffisait pas de produire du fil par dos machines, il fallait arriver à soutenir la concurrence des iileurs à la main pour que la filature mécanique existât réellement.
En France dans les provinces les plus riches, le salaire des fdeuses ne s'élevait guère à plus de sept ou huit sous par jour, en comptant la journée pleine; ajoutez à cela que la matière première était k leurs pieds et les frais de transport nuis.
Néanmoins après 4815, quelques établissements se formèrent où les machines inventées entrèrent en Jonction: la filature mécanique fut constituée.
En 1824 un Anglais, M. Marshall vint en France visiter nos ateliers, nos établissements, s'appropria d'un seul coup tous les procédés inventés, et alla fonder à Leeds un établissement qui prospéra.
A partir de ce moment, l'Angleterre acquit une supériorité marquée, elle marcha de progrès en progrès. Aussi après avoir pourvu à la consommation de la Crande-Bre- Jagne, ses filatures commencèrent en 1850 à répandre leurs produits a Télranger, et bientôt inondèrent le marché français à des prix qui ne permettaient plus la concurrence du travail à la main.
Quel le était la position de cette industrie en France? a En 1851, la France possédait trente-sept filatures de lin a la
mi
mécanique : Lille seul en renfermait 12. Situées au centre de la production de la matière première, ces douze machines à filer dormaient des résultats sinon brillants, du moins assez satisfaisants pour encourager les efforts et les sacrifices qu exigeait le perfectionnement d'une industrie naissante; mais bientôt cet état prospère fut troublé par l'invasion des produits des filatures anglaises, de telle sorte qu 1 aujourd'hui quinze ou seize de ces établissements subsistent à peine dans toute la France, il en reste huit à Lille» {H auir i ve de L i 1 le, D i ci tonna ire du commerce ).
Depuis cette époque on a simplement imporLé les machines anglaises, copié dans tons ses détails le travail de la factorie anglaise, son emploi des forces motrices, sa production sur une grande échelle, son exploitation par grands capitaux, etc.
Comment est-il croyable cependant que pour une industrie pratiquée de temps immémorial, dont la matière première se rencontre à chaque pas, la France qui avait su inventer la fabrication mécanique, fût incapable de l'exploiter? Quoi ! les ouvrières qui savent faire ces batistes si fines, chef-d'œuvre de notre industrie, n'auraient pu travailler avec les machines inventées? Cela n 1 est pas possible, Sur quoi repose donc le succès de l'Angleterre? Sur le bon marché des forces motrices, sur le bonemploi de toutes les natures de déchet dans une exploitation sur grande échelle, sur les perfectionnements des machines. N'est-il évident que tous ces avanlages peuvent être assurés aux petits ateliers par un peu d'aide, de secours qui leur permet de naître en assez grand nombre pour former par leur juxtaposition une très-grande exploitation ?
Si Pon considère que le peignage se fait encore presque
partout à lit main et que dans ce cas k filature du long brin n’exige que trois machines et celle des étoupes deux de plus* nous croyons que l’on eût sauvé ceüe industrie qui produisait 500 millions de main-d’œuvre outre 175 millions de travaux agricoles* en évitant la concentration dans de grands ateliers de cette industrie par des mesures analogues h celles que nous avons Indiquées, Elles pourraient dans ce cas se résumer ainsi :
1° Mise au concours d’un système simplifié de machines correspondant au moindre assortiment possible. Encouragement par diminution de prix aux premiers acquéreurs, 2° Force motrice, local, secours pécuniaire s’il y avait Heu, mis par les communes dont la fabrication des toiles forme l'industrie principale, à la disposition des personnes les plus capables d’obtenir un bon résultat.
Dans ces conditions un pays tel que la Flandre serait bientôt couvert de semblables fabriques, tous les déchets parlaitement utilisés par suite d’une très-grande division du travail* et nous sommes persuadés que, loin de disparaître, l'antique industrie de cette contrée prendrait le plus brillant développement.