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MONOPOLES ENGENDRÉS PAR LA SPÉCULATION COMMERCIALE

Nous diviserons le commerce en doux parties qui correspondent à deux classes distinctes de commerçants opérant d'une manière différente. 1 ° Ceux qui $ occupent de rapprovisionnement des matières premières, le plus souvent par commerce maritime- 2° Ceux qui détiennent les produits fabriqués et les vendent au consommateur. En un mot, en considérant le producteur industriel comme le vrai centre de la création de la richesse, nous distinguons ceux qui lui vendent et ceux qui lui achètent.

Avant d* attaquer peut-être quelques idées reçues par beaucoup de personnes, établissons bien le principe de toute rémunération due par la société en raison du service quilui est rendu, ce qui se traduit par le prix réel de l 1 utilité produite. C'est ce qu établit parfaitement Adam Smith- «Le prix réel de œ chaque chose, dit-il, ce que clmquechose coûte réellement

« àcelui qui veut se U procurer, c’cslle travail et la peine qu’il « faut s’imposer pour l'obtenir... Ce qu’on achète avec de « l’argent ou des marchandises est acheté par du travail, « aussi bien que ce que nous acquérons à la sueur de no- « tre Iront. Cet argent, ces marchandises contiennent la * valeur d'une certaine quantité de travail que nous « échangeons pour ce qui est supposé alors contenir la « valeur d’une quantité égale de travail. »

Ayant rappelé cette notion fondamentale, il nous sera facile d apprécier ce qui peut parfois être exagéré dans les taxes que perçoit le commerce.

f* Commerce d'approvisionnement,

La fonction du commerce au point de vue social consiste Hans le transport des denrées des lieux de production aux lieux de consommation. Certes c'est là un important et utile travail qui mérité bien une juste rémunération delà part de la société.

\ 0 ye 3 t un armateur intelligent. Prévoyant le besoin d une denrée, il fait partir son navire pour le point du globe où il sait que la récolte de cette denrée a été la plus abondante, où i achat peut s'en faire aux meilleures condilions. Ayant étudié les besoins de ce pays, il sait quels sont les produits île 1 industrie nationale qui s'y vendront le mieux, et en charge son navire pour payer avec cctlc cargaison les marchandises qu'il va chercher*

Ce n est pas chose tacile que de remplir convenablement une semblable tache. Connaissance parfaite des besoins de son pays et des pays étrangers, de leurs mœurs,

do leur industrie, audace dans l 1 exécution, toiles sont les qualités les plus essentielles de l'armateur commerçant.

Si, au moment où son navire rentré au port, la denrée qu’il a envoyé chercher est 5 un prix élevé, tant mieux mille fois : il réalisera dira portants bénéfices, en proportion avec le Service qu’il aura rendu à la société, qui lui permettront de combiner de nouvelles entreprises au plus grand avantage de son pays.

Nous n’avons pas la même considération pour un autre genre de commerce fort à la mode de nos jours, qui consiste dans raccaparement d'une denrée, d’une matière première, à Y aide de capitaux considérables, ce qui constitue un monopole momentané. Nous cherchons vainement de quelle utilité a été pour la société une pareille opération ; et si nous voyons bien de i 1 argent gagné d’une part, il nous est impossible de voir le moindre service rendu, la moindre valeur créée par celle opération.

Nous rapportant h la belle définition du prix réel des objets d'Adam Smith, que nous avons donnée en commençant, nous liions la faculté productive de l'agiotage qui fait naître un prix fictif, ne taisant résulter FënrldË&sement des uns que de l'appauvrisse ment des autres; il y a bien changement de main des richesses existantes, mais nullement production de nouvelles richesses*

L’agiotage’ est peut-être le fait le plus triste des sociétés modernes. Le jour où la fortune paraît plus facile à obtenir par le jeu, par la hausse ou la baisse, que parle travail, mi pays se démoralise bientôt. 11 ne serait pas difficile de prouver que là cause principale de la chute de la monarchie a été due au bruit causé par les gains occasionnés par la hausse des actions des chemins de fer. Ce jour-la le peu-

iaà

pto gagnant pénibleÉent son saîa&é, pur suite toiîme de lu crise industrielle résultant de rémission tractions dé tout genre qui absorbaient le capital circulant par V appui du bénéfice, a senti que la tête de la société manquait à ses devoirs, et il s est accompli dans les esprits ce que Lamartine appelait, bien avant la révolution de Février, la révolution du mépris.

Quoi qu'il én soit, c'est évidemment un devoir pour un gouvernement probe de chercher h contenir ragiotage et le jeu dans les limites les plus restreintes qu'il est possible: car les variations de valeurs qui résultent nécessairement de la plus ou moins grande abondance de la denrée sur le marché, de l'état de l'approvisionnement de celui-ci, ne peuvent être évitées d’une manière absolue,

Dans certaines limites même ce jeu est nécessaire pour assurer l'élasticité du marché, pour qu'on trouve toujours pour une petite variation dans le prix, vendeur ou acheteur.

Les Idées que nous émettons ici et qui tendent à soumettre le commerce à une certaine subordination de l 1 industrie proprement dite seront peut-être contestées, nous croyons donc devoir insister quelque peu sur ce sujet. Nous pensons que les économistes ont fait faussé route en exaltant beaucoup trop la richesse produite par le commerce. En effet, de ce que la valeur en argentd'un produit varie avec sa rareté, avec la volonté du détenteur de ne lo vendre au consommateur qui en a besoin qu'à un prix élevé, il s'ensuit bien que ce détenteur devient plus riche, mais précisément de ce dont s'appauvrit l'acquéreur, qui achète à un prix élevé ce qui le lendemain arrivera sur le marché au prix résultant seulement des frais de production,

Que des spéculateurs à la hausse fassent qu’une certaine

quantité de grains qui se tendrait aujourd'hui 100 millions se vende demain 1SO, ils auront gagné 50 millions qu'aura perdus l'acheteur ; mais il n'y aura toujours sur le même marché que la même quantité de grains, la même richesse réelle.

Au contraire dans la production industrielle > non-seulement le succès de l'entrepreneur produit l'accroissement de la richesse sociale, ce qui n’a pas lieu dans le cas précédent, mais encore souvent ce fait est produit malgré sa ruine. Le fabricant n’a pu en effet travailler sans créer une valeur nouvelle; sans doute le travail peut être dépensé plus ou moins avantageusement, mais dans tous les cas il aura créé un accroissement de richesse d’autant plus grand, qu'il aura été dirigé avec plus d'intelligence* C'est la production qui est le grand problème è résoudre, ses intérêts sont ceux de la société même, qui doit chercher par tous les moyens à l'accroître et la mettre à la disposition de tous : jamais l'agiotage ne doit pouvoir venir opprimer et écraser le producteur.

De quels moyens ‘d’action dispose le gouvernement pour resserrer les limites entre lesquelles le jeu peut s'exercer d’une manière avantageuse pour tous?

Ces moyens se réduisent à deux ; les tarifs de douane ; les entrepôts et avances sur consignations,

Tarifs de douane* — Les droits dédouané sont aujourd'hui un puissant moyen d’intervention de l’État dans la production industrielle et les relations inlernaîionalesdes peuples. Ces droits, lorsqu'ils sont lixes, ne gênent aucune opération d’accaparement ; mais il n'en serait pas ainsi, s’ils étaient mobiles, à peu près comme cela a lieu pour les céréales. Le droit sur le blé est fort élevé quand celui-ci est à bon

marché, quand la récolte a été abondante ; il empêche le blé étranger de venir approvisionner le marché français. Mais quand le prix Relève, quand la disette commence à se faire sentir, le droit diminue et bientôt le blé étranger entre en liberté et vient diminuer les privations du consommateur*

Dans un semblable système, la disette factice, l'élévation du prix des céréales par spéculation et accaparement devient Impossible, Ne devrait-il pas en être de même pour toutes les denrées ; et tant qu'il y aura des droits de douane {dont nous ne voulons pas discuter ici les vertus ou les défauts), ne devraient-ils pas, étant fixés h un taux suffisant pour assurer aux usines françaises l 1 approvisionnement du marché intérieur, décroître à mesure que la spéculation élève le prix des produits bien au-dessus du prix de revient et rançonne le consommateur ?

Décemment nous avons vu le prix du fer s'élever considérablement par suite de la grande consommation à laquelle les chemins de fer donnaient lieu, et de l’accord existant entre les grands établissements de production pour élever les prix. Était-il juste que dans une semblable position, le fer étranger fût repoussé par un droit tellement élevé qu'il empêchât toute introduction ? Ce droit n’a plus pour objet, dans ce cas, de permettre à une industrie d'exister, il ne sert plus qu’à assurer le bénéfice des spéculateurs è la hausse. Évidemment le pays n'a aucun sacrifice h faire, aucune privation as imposer pour atteindre un pareil but.

IL serait donc juste d’admettre le principe suivant, dont il faudrait régulariser l'application par quelques dispositions réglementaires, pour prévenir tout abus. Le prix des produits, suffisant pour assurer aux fabriques un bénéfice raisonnable étant établi, toutes les fois que le prix du marché

surpasserait le prfx fixé, la douane devrait diminuer le droit qu’elle perçoit d'une quantité à peu près égale à cet excédant, jusqu’à extinction complète du droit de douane. Un semblable système, contrariant l'accaparement exagéré sans gêner en rien les bénéfices do commerce régulier, serait très-avantageux au fabricant dont les calculs sont trop souvent compromis par l’agiotage exercé sur les matières premières, ce qui fait qu’à certains jours les prix des objets fabriqués ne sont plus eu rapport avec celui des matières premières, et expose le producteur à perdre souvent plus que la valeur entière de son travail; injustice évidente qu’il est du devoir de la société d’empêcher.

Des entrepôts et avances sur consignation. — Les matières premières importées de l’étranger et soumises aux droits de douane, s’accumulent, comme chacun sait, dans les entrepôts- Le commerçant qui les y a déposées trouve le grand avantage de ne payer le montant des droits que lorsqu’il retire les marchandises de l'entrepôt pour les livrer à la consommai ion, par conséquent au moment de ses rentrées. Ces entrepôts forment des établissements publics de la plus grande importance; ils permettent de connaître en chaque instant l’état du marché, quelles marchandises vont manquer, quelles autres sont en quantité surabondante, et par suite permettent au commerce d’opérer sagement*

Pour obtenir îa régularité de prix, éviter les variations trop considérables par l'agiotage, il importe que les entrepôts soient toujours largement approvisionnés, eu égard au besoin de la consommation, approvisionnement qui en raison de son importance devient un régulateur du prix delà denrée, et lui assure une fixité favorable au travail*

Pour que ce but soit atteint pleinement, il faut que les

DEMOCRATIE 1N DU ST II ï ELLE,

capitaux affluent dans celte direction, que la fonction commerciale puisse être remplie par grand nombre de personnes*

C’est le problème que l'Angleterre a parfaitement résolu par les warrants, ou récépissés de dépôt délivrés aux importateurs par les directeurs des docks. Ces warrants, transmissibles par endossement, représentent la marchandise même, la mobilisent, et celle-ci est remise au porteur du titre qui la réclame. Le banquier peut donc facilement faire des avances sur une valeur qui vaut une consignation parfaitement certaine de la marchandise, et le commerçant peut ainsi se livrer à de vastes entreprises avec un capital limité. Cette institution est donc vraiment précieuse, et Ton doit savoir bon gré à M. Garnier-Pagès de l'avoir introduite en France en autorisant le Comptoir national d'escompte k compter comme une signature le récépissé de la douane, des magasins publics, c'était donner à celui-ci toutes les qualités du warrant anglais.

Ce n'est pas seulement pour les matières premières importées par commerce extérieur qu'une semblable institution est précieuse, mais encore pour toutes celles qui servent de base h des fabrications très-importantes. Ainsi h Lyon, où un établissement municipal fort important qui a pour objet le conditionnement des soies, en permettant de taire reposer le commerce des soies, sur des bases fixes, a puissamment aidé à lui conserver la supériorité du marché ît serait très-utile de créer quelque chose d'analogue* Le bon marché et la régularité du prix de la matière première sont les bases évidentes de la prospérité d'une industrie telle que l’industrie lyonnaise; et il importerait de lui assurer ces avantages en présence des efforts de rivaux entre-

un

prenants. Or qu'ont fait ceux-ci? des Monts-de-piété pour les soies, c'est-à-dire ce que nous voudrions. La municipalité ne pourrait-elle, par exemple, à l'aide d'un emprunt, créer un entrepôt des soies, et à un taux d'intérêt peu élevé, faire aux déposants l'avance des trois quarts delà valeur? Les capitaux engagés dans le commerce de soies brutes devenant ainsi en grande partie disponibles, agiraient avec plus de facilité pour assurer à Lyon un marché qui ne pourrait plus lui échapper.

Ç’est l'idée qu'on a cherché à réaliser h l’aide des Souscomptoirs du Comptoir national d'escompte, et qui, appliquée à des industries fournissant des matières premières pour d'autres fabrications, la papeterie, les métaux, etc,, donnera, nous croyons, d'excellents résultats: moins assurés quand ils s'appliquent à des objets de consommation, Leïs que livres, éloifes, etc, ; nous y reviendrons bientôt*

Nous terminerons ce qui a rapport à celle série d'idées en faisant remarquer qu'il ne faudrait pas que les warrants devinssent un moyen de faire l'accaparement sur une trèsvaste échelle, en permettant de différer la vente delà denrée à l'aide des ressources qu'ils fournissent, et forcer ainsi le consommateur à en donner un prix trop élevé.

Nous avons déjà indiqué le remède, il est le môme que pour les tarifs de douane : il consisterait à arrêter la marche de f entrepôt, les avances, ou à rendre les récépissés les plus anciens exigibles aussitôt que le cours de la marchandise dépasserait un prix peu différent du prix moyen, et fixé d'avance.

De la sorte ces établissements rendraient d'immenses services et permettraient au commerce de remplir parfaitement

sa fonction, loul en assurant contre la spéculation exagérée le producteur industriel.

la Commerce de coD^onimatlou.

On ne fabrique que pour vendre : lors donc quun petit nombre de marchands se trouvent en possession du marché, il leur est facile de dicter ia loi au fabricant. Celle position, ainsi que nous l'avons déjà dit, n'est pas équitable* Le rôle du commerce, dans sa fonction importante sans doute d'échanger et de distribuer les valeurs, n es! cependant que secondaire, 11 u J est pas créateur de richesse comme la production même, et s'il doit en recevoir une équitable rémunération, il ne doit jamais pouvoir l'opprimer.

Cet abus se traduit en deux systèmes qui correspondent toujours à La concentration des capitaux entre les mêmes mains, et se fait sentir par deux effets*

La consignation et l'avance sur marchandises que reçoit le marchand, et dont il ne paye qu’une partie du prix au fabricant dont il reste le commissionnaire.

Ce système est évidemment ruineux pour le fabricant placé dans une dépendance complète et perpétuelle du marchand, dont il attend sans cesse quelque argent et quelque règlement de compte qu'il est souvent forcé d'accepter par besoin d’argent, malgré In surtaxe quil est forcé de payer et qui souvent engloutit au delà des bénéfices de la tabri— cation*

Pour que l'équilibre soit rétabli entre les deux contractants, il faut que le nombre des acheteur* ne soit pas trop

DÉMOCRATIE IMUSTIUELLE,

réduit, que leur concurrence les fasse rentrer dans leur véritable rôle de commissionnaires.

Cela résultera en partie de l'extension du crédit dont nous parlerons plus loin, Ii en serait ainsi avec des banques nombreuses qui rechercheraient les récépissés correspondant aux produits consignés, une des meilleures opérations de banque possibles, ce qui augmenterait le crédit du fabricant pouvant devenir plus exigeant. Cela arrivera bien plus sûrement encore par des institutions de mutualité, semblables' à celles des sous-comptoirs dont nous donnons aux notes les statuts, qui, par leur nature môme, réduiront les charges de la consignation au strict montant des irais et de l'assurance établie & Taide de la mutualité contre toute dépréciation ; fourniront le crédit aux meilleures conditions possibles d'après la seule nature du gage, sans acception de personnes.

Il est à remarquer, toutefois, que les marchandises de goût ne peuvent vieillir longtemps dans des magasins sans être rapidement dépréciées; les avances sur marchandises ne doivent dans ce cas être considérées que comme fournissant des ressources temporaires. Pour qu’il en lût différemment, i! faudrait combiner le système de consignation ou d'avance d'une partie de la valeur avec celui dont nous niions parler,

â" Là concentration des ventes dans de vastes magasins, leur centralisation en diminuant ie nombre des marchands, rend la condition du fabricant plus mauvaise' Ncpourraît-on réaliser cette concentration sur une échelle bien plus vaste, mais au profil mutuel de tous, faire quelque chose d'analogue à ce qui a lieu pour les marchés on se vendent à Paris les denrées alimentaires, et ou l'on a résolu le

problème Rassurer la sécurité du producteur, sans exiger <ju'il vienne seulement veiller h ses intérêts?

Supposons que les municipalités, celle de Paris, par exemple, établissent de vastes magasins où seraient reçus les produits de rébénîsterie, les bronzes, les papiers peints, etc., ou tout fabricant pût avoir, pour un droit modéré, un emplacement et pM faire faire sa vente directement. Le bon marché attirerait bientôt l'acheteur, qui, pour Tébénisterie, par exemple, va au faubourg Saint-Antoine acheter avec avantage, quoique de seconde main, ee que, chez son tapissier, iî n’aurait peut-être que de troisième main, et que dans notre marché, il aurait de première.

Sans doute, les marchands en boutique se plaindront, mais outre que pour la classe riche leurs magasins seraient supérieurs aux marchés envahis par les objets communs, si la concentration chaque jour croissante des ventes dans d'immenses magasins privés doit les ruiner, (et c’est surtout dans ce cas que 1 intervention dont il s'agit nous semble désirable), mieux vaut pour eux quïls puissent trouver dans ces marchés, un moyen de tirer parti de leurs capitaux et de leurs connaissances que d'épuiser toutes leurs ressources à soutenir un combat inégal.

Dans ce système de marchés, l'administration devrait toujours exiger deux choses ; l u Le prix fixe en raison duquel se toucherait le droit du marché, et qui, marqué sur l'objet mis en vente, ne pourrait être diminué sous peine d’amende, afin de forcer à la sincérité des transactions ; 2° la marque loyale et vérifiée par l'inspecteur, indiquant tous les éléments de la fabrication.

Les marchandises avariées, défectueuses* ne seraient pas acceptées pour empêcher la concurrence qu'elles pourraient

DËftluaiATIE INDUSTRIELLE,

faire aux produits bien fabriqués; en un mol, on proscrirait le bon marché résultant seulement de l'infériorité de fabrication.

Ce système mériterait d'être lenté avec prudence pour certains produits ; nous croyons qu'il a déjà été proposé pour l'ébénisterie, il y a quelques années ; nous ignorons les causes qui se sont opposées à son exécution. Ou lui reprochera d T étre fait pour Vouvrier en chambre, ou le petit fabricant, c'est son mérite à nos yeux. S'appliquant à des industries organisées de la sorte aujourd'hui, on verra prospérer des travailleurs, qui, au lieu de vendre difficilement au marchand le produit de leur travail pour une partie de sa valeur, n'auront quà le porter au marché pour en recevoir immédiatement un certain prix comme consignation, et Loucher bientôt après le complément du prix payé par l'acquéreur.

3ïivr<|'ié d’orfslüc.

Le moyeu le plus puissant d'affranchir le fabricant (au moins pour grand nombre de produits} de la pression trop forte qu'exerce souvent sur lui le marchand, consiste à le mettre presque en relation directe avec lé consommateur en l'obligeant à indiquer l'origine de ses produits par une estampille. Les avantages de cette mesure sont clairement indiqués dans la proclamation suivante, due à la verve de M. Jobard, de Bruxelles.

l>ËHOCILATI£ INDUSTRIELLE.

Appel aux fabrlcauls fr&pç&is.

« Est-il besoin de démontrer qu f aujourd'hui le fabricant est le très-humble serviteur du marchand ?

Que le producteur a beau faire des prodiges de bon marché, le commissionnaire n’est jamais satisfait, et le menace sans cesse de le laisser dans la misère, lui et ses ouvriers, s'il ne consent à de nouvelles réductions?

Fabricants de Paris! sortez donc un jour de vos ateliers pour aller vérifier dans les magasins le prix des objets sortis de vos mains, et vous serez stupéfaits des bénéfices exorbitants que les intermédiaires prélèvent sur votre travail !

Vous comprendrez alors que si le débit n'est pas aussi actif que vous étiez en droit de Y espérer, cela tient à l'exagération des prix de détail qui éloignent le consommateur.

Les producteurs ont eu le plus grand tort de se soumettre aux commissionnaires, et surtout de pousser la condescendance au point de se prêter, sans résistance, à toutes les fraudes et adultérations qu'ils leur imposent.

Il est temps que cet abus finisse et que chacun reprenne

sa véritable position dans la société ; le moyen est fort simple ci se trouve tout entier dans la marque (Torigine obligatoire dont la Chambre est saisie en ce moment.

Avec la marque îe fabricant sortira de l'obscurité où les intermédiaires ont tant d'intérêt à le tenir, pour cacher le lieu de provenance des produits et surfaire impunément.

C'est ainsi qu'ils s'enrichissent facilement eu vous tenant toute votre vie dans la gène et sur la limite de la banque¬

route.

m DÉMOCRATIE IffDU&TRlfiLlÆ.

Avec la marque, tout travailleur aura, comme le soldat de rempire, son bidon de maréchal dans son sac !

Oui! la marque d'origine est la clef de la renommée, de rachalandise et du crédit ; l'instrument impartial de la justice distributive ; le rémunérateur inflexible des bonnes et mauvaises œuvres !

Si le travail est la seule source légitime de ia considération, des honneurs et de ta richesse , la marque est le seul moyen d'en perpétuel' la possession dans la famille.

La marque sera pour T industriel un blason qu il s effet— eera d'ennoblir par son talent et sa probité, et dont la valeur est susceptible de s'accroître encore de génération en génération.

Fabricants, artistes, artisans français, appuyez de vos pétitions la courageuse délibération du conseil général de la Seine; vous obtiendrez de la législature cette première solution si désirée de T organisation du travail, vous prouverez au monde que votre probité est au niveau de votre talent et que vous n'êtes point coupables des tromperies qui ont flétri d'un si fâcheux renom la plupart des produits français à l'étranger.

Demandez, pour plus de garantie, la légalisation de vos marques par le timbre de Ut cité et le sceau de i folat, aliu que votre signature puisse faire foi par toute la terre.

Vous fermerez ainsi la bouche aux seuls détracteurs de la marque d'origine, que vous avez fait la faute d élever a la législature, parce qu'ils étaient devenus puissants par le commerce anonyme et que vous étiez sousleuf dépendance. On se demande s’il s'en trouvera un seul assez dénué de sens moral pour élever la voix contre nue pétition qui demandera que chacun soit responsable de ses œuvres !

HT

C’est h vous, les véritables auteurs et représentants de la fortune industrielle de la France, qu'il appartient de réclamer vivement une mesure destinée à ramener la sincérité, la justice et la probité dans les relations commerciales de la France avec les peuples étrangers, qui ne tarderont pas à vous imiter tout en vous admirant.

Ne redoutez ni les menaces, ni les conséquences de votre honorable démarche; car à dater du moment où vous serez unis dans ce but, rien de plus facile que de vous entendre, s’il le faut, pour établir de grands bazars où vos produits divers seront débités par vos préposés h cinquante pour cent de moins que par les intermédiaires actuels. Ces intermédiaires, vos maîtres aujourd’hui, redeviendront demain ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être, vos commis^ vos agents et les très-humbles serviteurs du public, qui ne pourra, comme vous, se soustraire à leur rapacité croissante que par la marque d'origine obligatoire! »

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