‹ De la démocratie industrielleChapitre 21 sur 31 · UES MOYENS DE CONCURRENCE · texte numérisé non relu

UES MOYENS DE CONCURRENCE

Maintenant que nous avons passé en revue les divers monopoles que rintérêt privé tendait à constituer par son activité on obtenait d’un privilège conféré par la société, nous sommes en mesure d'apprécier la concurrence, d'évaluer jusqu'à quel point sont fondés les reproches qu'on lui adresse et qui le plus souvent s'appliquent en réalité à des monopoles injustes qui gênent la véritable liberté. Puisque en supposant réalisées les améliorations que nous avons indiquées, le producteur ne se trouverait plus face à face avec des monopoles écrasants et inabordables, qu'il serait secondé, au contraire, par sa part de jouissance des monopoles communs que l'État exploite au profit de tous, il n'aurait à s'en prendre qu'à lui-même de ne pas arriver par la libre concurrence au monopole sur lequel repose la civilisation tout entière, le but à conquérir par tous les travaux, la propriété. Pour cela deux conditions sont indispensables: la capacité, le développement intellectuel, et la disposition facilement abordable des instruments de travail. Le plus grand devoir de la

DÉMOCHATTE INDUSTRIELLE*

société, en même temps que son plus grand intérêt, est donc de faim naître et développer la capacité 5 c'est par réducation, les moyens d'instruction, qu'elle peut le faire. Quant à la répartition la plus large des instruments de travail, c'est par le crédit qu'elle peut y parvenir- Étudions doncccs deux grandes questions: L’instruction —. le crédit-

De Himructloa publique.

Nous ne voulons pas traiter incidemment ici la vaste question de l’instruction publique. Développer l'intelligence de tous les citoyens, leur apprendre leurs droits, leurs devoirs envers ta patrie, les rendre aptes à la bien servir, ce sont là les premiers services qu'un gouvernement peut rendre à ses administrés; ei certainement celui fondé sur la souveraineté toujours présente du peuple n'y faillira pas. Mais cette instruction générale, gratuite pour tous, l'instruction primaire enfin* malgré Vextension quon peut espérer lui donner par l’amélioration des méthodes, ne peut pas atteindre d'autre but que de fixer les idées, le raisonnement des enfants, de leur faire sentir la voie dans laquelle ils pourront se développer, de leur faire entrevoir la lumière vers laquelle ils tendront par leur développement futur. Au point de vue de la faculté productive de l'Individu, de son aptitude à créer des richesses, cette instruction n'est qu'une pierre de fondation sur laquelle doit s'élever l'édifice de renseignement spècial et professionnel- Cette question exigerait un livre tout entier pour être con vénal dénient traitée. Nous ne pouvons nous y arrêter longtemps dans cette revue d'institutions purement écono-

miques, nous allons cependant tenter d'en indiquer toute l'importance.

Qu’est-ce qui fait la valeur du produit créé par le travail du producteur? C'est la quantité d'utilité qui en résulte, si on peut s’exprimer ainsi ; ce n'est pas seulement l'effort, la fatigue qu'a éprouvés le travailleur. Qu il passe une journée à s'efforcer de soulever une pierre énorme sans pouvoir y parvenir, il se sera énormément fatigué sans produire aucune utilité, le résultat de son travail sera zéro. Considérons au contraire un autre travailleur qui emploie les engins les plus convenables, coupe son travail par des alternatives de repos, entretient ses forces par une nourriture substantielle, vous le verrez accomplir un transport énorme, produire le maximum d'utilité possible. Sans entrer ici dans la question de rétribution que la société ne doit évidemment pas égale à ces deux ouvriers qui lui ont rendu des services inégaux, il est évident que le but de l'instruction doit être d’amener le travail des citoyens à être le plus fructueux possible par suite de l'habileté professionnelle, de l'emploi judicieux des procédés les plus parfaits, des meilleurs tours de main, pour atteindre le but le plus simplement et le plus sûrement. C'est en général par l'apprentissage que l'ouvrier apprend son état ; mais privé le plus souvent de conseils, ne parvenant à apprendre les méthodes de travail que parmi esprit d'imitation naturel à l'enfance, il lui faut une intelligence très-grande pour parvenir à distinguer les meilleures méthodes de travail, et presque du génie pour réinventer des pratiques qu'il n'a pas vu employer sous ses yeux.

Ce travail serait bien simplifié, bien plus profitable, si l'ouvrier était initié aux principes des sciences dont sa

pratique de chaque jour est une application, C'est ce qu T on obtiendra par des écoles professionnelles pouvant être ouvertes à un grand nombre de jeunes gens, et surtout par des cours du soir et du dimanche où l’apprenti vient comprendre la raison du mode de travail qu’il a appliqué dans le jour; où il apprend une méthode, une théorie, qu'il pratiquera le lendemain et qui lui restera par suite gravée dans la mémoire jusqu'à ia fin de ses jours, C'est ainsi qu'il avancera dans la bonne voie, c’est-à-dire travaillera à devenir excellent ouvrier, et sans jalousie misérable sera poussé par une noble ambition, tendra à s’élever régulièrement, à devenir contre-maître, puis maître à son tour, à réussir à force d’intelligence et de travail*

C'est en Allemagne qu'il faut aller surtout étudier les modèles de ces institutions. En Wurtemberg notamment chaque petite ville a son école où tous les enfants apprennent le dessin, les éléments de la physique, de la mécanique, etc., c’est-à-dire non-seulement se forment le raisonnement, cultivent leur intelligence, mais encore apprennent les éléments de sciences qui leur seront des instruments directs de production, leur appartenant entièrement et leur constituant un véritable capital personnel.

C’est en développant ^instruction professionnelle dont il n’existe encore que des rudiments imparfaits qu'un gouvernement populaire développera ce capital au grand prolit de tous, car il engendrera un accroissement de production et de richesse dont tons profiteront, si ce n’est peut- Ôtre quelques paresseux que ne pourra faire sortir de leur torpeur l’exemple du succès de leurs camarades* L’Universitéen fondant ses écoles primaires supérieures a satisfait à quelques-unes des cond itions à remplir et rendu un

m DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE,

véritable service, mais plutôt en créant des collèges scientifiques que des écoles professionnelles qui sont à fonder près* que partout. Ce sont surtout les municipalités qui doivent diriger de semblables institutions, naturellement de manière à aider le développement des industries qui prédominent dans la ville. C'est ce que n'a peut-être pas assez apprécié la ville de Paris quand elle a arrêté le programme de ses écoles primaires supérieures, ce que fait comprendre facilement la multiplicité des industries qui s'exercent dans la capitale.

Comme les arts de la forme, la gravure, le moulage, etc. , y prennent une part importante, les écoles qui rendent le plus de services, sont sans contredit les écoles de dessin et notamment celle de la rue de lÉcole-de-Médeciiièdonl la fondation est déjà fort ancienne. 11 n'est pas un apprenti graveur, sculpteur, etc., habitant les quartiers de la rivegauche, qui ne vienne le soir suivre, et pendant plusieurs années, des cours gratuits sous la surveillance d’excellents maîtres. tTest avec de semblables institutions que s'élève le niveau des arts, que se révèlent les véritables vocations* les talents qui autrement fussent restés enfouis.

C'est ce qu'indique bien évidemment h plus excellente création de ce genre, nous voulons parler de l’école de la Marti ni ère, fondée dans la ville de Lyon par le pieux legs de deux de ses enfants, k major général Martin, et M. Eynard ; qui a donné d'admirables résultats dus et à l'intelligente générosité de ces deux grands citoyens, et aux lumières des directeurs qui ont mis en activité, une admirable méthode d'enseignement et un excellent plan d'études et d’éducation.

Comme on le pense bien, c'est en vue de la belle indust rie des soieries qu'est combiné l'enseignement dans cette école.

Des .enfante Élevés près d on métier à la Jacquarl, y acquièrent souvent avec une prodigieuse rapidité la connaissance des artifices les plus compliqués du tissage, font preuve d'un goüi infini pour marier les couleur s* faire ressortir les nuances, s’élèvent à une habileté dans le dessin d’ornement vraiment surprenante.

Aussi esl-ee à l’école de la Marlinière que les fabricants vont chercher leurs dessinateurs, leurs employés dont la collaboration fera sûrement la prospérité de leur maison, qui bientôt deviendra celle de L’associé, de T ancien élève de l’école publique. G’est ainsi que se recrute T industrie lyonnaise, et qu'on trouve h sa tête des gens qui n’ont commencé qu’avec Leur capital Intellectuel, singulièrement accru par l’instruction ; c’est par l’habileté générale de tous ceux qui y coopèrent, que noire belle industrie des soieries reste toujours à un niveau que les étrangers essayent en vain d’atteindre.

On comprend combien nous semble désirable le développement de semblables institutions, qui nous paraîtraient devoir se rapporter à deux types principaux d’écoles :

r Celles qui auraient pour modèles les écoles la Martinière et Saint-Pierre, de Lyon. Ce seraient surtout, avant tout, des écoles du dessin en tout genre auxquelles seraient réunis des cours de tissage, montage de métiers, gravure, moulage, etc. Toutes les industries ou le goût est en jeu relèveraient de ces écoles.

2 U Celles destinées aux mécaniciens, horlogers, ouvriers en fer et en bois, dans lesquelles renseignement comprendrait surtout le tracé, les machines, la physique expérimentale, et serait aille par de nombreux modèles.

Toutes les grandes villes devraient avoir des institutions

ftiS

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE, semblables, dirigées dans le but d'assurer la prospérité des industries locales. Des écoles moins complètes existeraient dans nos moindres cités, et jusque dans nos campagnes un champ cultivé par les élèves de l’école primaire permettrait de leur faire apprécier les bonnes méthodes de culture, de fixer dans leur esprit des connaissances positives et de la plus grande utilité pour tout cultivateur.

La pratique montre bien, dit avec raison la Société d'En* couragement, les résultats déjà obtenus, malgré ce qu ont d’incomplet et d'imparfait l'instruction et l'éducation des ou* vrîers (quant à l’enseignement qui se puise dans les écoles, car bien desesprits ingénieux poussent fort loin, parla pratique, leur savoir professionnel)* Dans le môme atelieroii le simple manouvricr gagnera au plus 2 fr, par jour, Y ouvrier d art obtiendra 5, 4, 6, 8 et 10 fr,, et dans la partie supérieure de certaines professions jusqu’à 15 et 20 fr, par jour.

Nous ne parlerons pas ici des institutions destinées au haut enseignement industriel, qui doivent être le couronnement de Y édifice. Former des ingénieurs capables de diriger tous les travaux, c’est là le but de notre École Polytechnique, celte belle fondation de la première révolution, dont la porte n’est ouverte qu’aux plus méritants ; vulgariser les derniers progrès scientifiques dans toutes les directions en les traduisant sous forme pratique, c’est la mission du haut enseignement industriel du Conservatoire des Arts et Métiers de Paris. Cbaque industriel éminent doit pouvoir y suivre des cours publics qui le mettent au courant des derniers progrès accomplis, en ne dérobant aux affaires que le temps nécessaire pour écouter une leçon* visiter des modèles*

Leslacuueïs qui existent encore seront comblées, nous if eu doutons pas, el la tête de renseignement industriel formée par rÉcole Polytechnique, des Ponts et Chaussées, des Mines, des Arts et Manufactures, des Beaux-Arts, le Conservatoire des Arts et Métiers, etc*, sera de plus en plus une des gloires les plus incontestées de notre pays. C'est la base qu'il importe surtout d'élargir, en propageant le mouvement imprime dans ces derniers temps et réalisant complètement ce beau programme ; Faire que tout travailleur trouve la possibilité de s'instruire et d'acquérir les connaissances qui pourront lui former un capital intellectuel, pouvant assurer le succès des intelligences d'élite, et accroître dans des proportions énormes, L'habileté, lu puissance productive de la masse de la nation.

Page 1