‹ De la démocratie industrielleChapitre 22 sur 31 · DU CRÉDIT · texte numérisé non relu

DU CRÉDIT

Les capitaux sont la base fondamentale de l'action industrielle ; ce sont eux qui sous forme de machines, d’outils, de salaires, etc., font naître le produit : rien ne doit gêner leur mouvement, tout doit être disposé au contraire pour aider leuremploî etfavoriser leur création. H ne fautpas aller toutefois jusqu’à leur subordonner la société tout entière, comme le fait l'écoleéconomique moderne; on ne doit jamais oublier que le capital ne fructifie pas par lui-même, que le travail seul crée la richesse.

La capital se multipliant par les intérêts qu’il rapporte, il est évident qu’il finirait nécessairement par dévorer tous les fruits du travail, si celui-ci lui était entièrement subordonné, et qu’il ne tarderait pas à régner souverainement.

L'influence du capital doit cesser d’être prépondérante ; sa domination sur le travail, vrai créateur de la richesse, cesser d’être absolue ; les deux éléments de la production doivent traiter d’égal à égal* Il faut enfin que le capitaliste

tri

vienne au-devant de la capacité et du travail pour prendre part aux produits créés, mais non pour les absorber.

Cest dans la disposition des instruments de production eu raison de la capacité et de la moralité que réside la véritable organisation de la liberté ; chacun n’a qu'à s'en prendre a luimême du niveau auquel il s’arrête, si la société lui a fourni les moyens de s'élever aussi haut que le comportait son mérite.

Quel est le moyen d'atteindre ce grand résultat, celte réalisation pratique, matérielle, de la liberté? C'est le crédit*

La puissance du capital, qui a été le moyen d'émancipation des classes bourgeoises, qui sont du peuple et sortent, chaque jour, de son sein par l'accession à la propriété, doit servir à l’élévation générale de tous, être à la disposition de toute capacité ; c’est ce que produira la diffusion du crédit.

Le seul pays où Ton ait véritablement atteint le but de mettre par le crédit les capitaux à la disposition de toute capacité capable de les faire fructifier, c’est T Amérique du Nord. Aussi a-t-on vu ce pays réaliser en peu d’années un progrès inouï, défricher un territoire immense, le sillonner de chemins de 1er et de canaux, élever une foule de manufactures, couvrir la mer de vaisseaux, etc.

Certes le but y a été quelquefois dépassé, et la banqueroute est venue prouver qu’on avait souvent abusé du crédit, et cela presque toujours lorsqu’on en a fait un instrument d'agiotage au lieu d’un moyen d’engendrer du travail ; mats malgré ces ombres au tableau II faut reconnaître dans le crédit, ce que sait bien tout producteur, le principal élément de la prospérité industrielle, qui bien manié assurera la richesse du pays.

Nous diviserons en deux parties les établisse me nls de crédit : \° Ceux qui ont pour modèle ta banque de France , sont les régulateurs du crédit, assurent la circulation et font l'escompte du papier de commerce correspondant à des valeurs créées, % ù Ceux qui se rapprocheraient davantage des banques américaines et qui auraient pour objet de commanditer le travail*

li&iHiueK d’cBCDuipie.

Chacun sait que le commerçant détenteur d'une matière première, le fabricant qui crée un produit, le livrent en général, soit le commerçant au fabricant, soit celui-ci au marchand, contre un billet, un signe-valeur payable à une certaine époque* Ce papier n'est qu'une promesse de payement pour celui à l'ordre duquel il a été créé tant qu'il demeure entre ses mains, et il semble qu'il ne peut disposer de la somme qui y est relatée que Le jour de l'échéance* C'est en effet ce qui aurait lieu sans l'intervention des banquiers et des banques d'escompte.

Mais si la banque me donne en échange de ce billet que je lui remets, un autre billet, un autre signe-valeur Je pourrai me servir de ce signe comme d'argent vis-à-vis de toutes les personnes qui auront confiance dans l'engagement de la banque, dans le remboursement toujours possible de ses billets.

Dans ce système donc, toute marchandise une fois vendue se trouve représentée par un signe-valeur qui a toutes les propriétés de la monnaie et peut immédiatement être de nouveau utilisé pour la fabrication de nouveaux produits.

Celle créai îon croît donc avec la rapidité el la sûreté de la circulation que produisent les banques; les billets qu'elles émettent se trouvent accroître considérablement le capital circulant non immobilisé ; et raccroissement de ce capital vient exciter puissamment à la création de la richesse.

La ihnctiüïi que les banques ont à remplir exige comme condition essentielle que les signes-valeurs qu'elles émettent soient assimilables à la monnaie métallique, c'est-àdire admis sans discussion par tout le monde. Or ceia ne peut avoir lieu queutant qu'elles opèrent suivant des règles déterminées, en restant astreintes à certaines restrictions, à certaine surveillance, c'est-à-dire que l'État doit intervenir dans la gestion de ces établissements. On sait combien le sort de la banque, de rétablissement régulateur suprême de La circulation et du crédit en France, est lié intimement à celui de l'État : c'est ce qu'ont amplement démontré les derniers événements, quand une panique qui faisait rechercher le remboursement des billets a forcé le gouvernement à leur donner cours forcé, et en a suspendu réchange contre espèces. Le rôle des banques a été nettement établi par cette dangereuse expérience, car les billets de la banque de France, non remboursables en espèces dans ses bureaux, sont admis sans difficulté entre particuliers, ou s'échangent contre écuspour un prix minime parce qu on sait que ces billets représentent des valeurs réelles représentées elles-mêmes par les billets escomptés. Le commerçant qui a accepté le billet de banque contre du papier représentatif d'une valeur, a donc contribué pour sa part à créer la confiance résultant de la mutualité établie entre tous ceux dont les signes-valeurs remplissent le portefeuille de la banque.

Le capital de celle-ci, son exploitation comme société privée dans le but d’enrichir une société d’actionnaires, est donc un non-sens ; c’est la mutualité, c’est le concours des ressources de tous, qui fait sa force.

Replaçons-nous par la pensée dans un temps de calme, analogue à celui qui a précédé la révolution, ou mieux encore semblable à celui que nous espérons voir naître bientôt au sein de notre pays, livré tout entier au labeur de la production ; et il paraîtra évident que de l'État seul devra directement partir l’impuMon qui activera la circulation par l 1 extension du crédit, et le fera croître dans des proportions considérables tout en le maintenant sur des bases inébranlables.

Voici en quelques lignes, comment il nous paraîtrait possible d’atteindre sans danger un développement immense decrédit, en partant du principe qu’à l'État seul appartient le droit d’émettre du papier de crédit, comme de battre monnaie, et d’exercer un contrôle sur les émissions de billets pour assurer d’une manière inébranlable la grande circulation de valeurs sur laquelle repose la richesse publique.

Une caisse dite de crédit public serait chargée de rémission des billets, les seuls que l’État admettrait dans ses caisses, les seuls auxquels il donnerait cours forcé dans le cas où des sinistres impossibles à prévoir, une guerre, etc., rendraient l'échange à vue en espèces impossible, à cause du grand nombre des demandes.

Surveillée par des commissions nommées par le pouvoir législatif, échappant comme la caisse des dépôts et consignations à l’action directe du pouvoir exécutif, cette institution, dont les opérations seraient soumises à une publicité fréquente, obtiendrait toute la confiance quelle mériterait

réellement, et ses billets conserveraient toujours leur valeur tant qu'ils ne seraient employés que dans les conditions imposées à leur création.

Ainsi constituée la caisse du crédit public accorderait en prêt à un taux minime (1 ou $ p. cent par exemple), à toute association de citoyens réunissant la propriété justifiée d'une somme importante en espèces, comme la société de la banque de France, le triple de celte somme en billets de la caisse, garantis par l'État* Le capital circulant serait ainsi triplé ; les associations, qui ne pourraient se livrer qu a des opérations d'une nature parfaitement déterminée sous la surveillance d'un commissaire de la caisse, se multiplieraient, et la séparation serait nettement établie entre le privilège qui consiste à battre monnaie avec du papier et la spéculation qui repose sur Tescompte.

Dans nue semblable organisation, les banquiers, capitalistes de tout genre, bientôt associés, pourraient facilement escompter le bon papier de commerce à deux signatures à 5 p* cent l'an et à de longs termes, ce qui dans les temps les plus prospères coûte à Paris de 6 h 12 p. cent. Bientôt le papier manquant, il leur faudrait encourager la production, la naissance même de ce papier qu ils voudraient obtenir, Mais ceci se rapporte à un autre ordre d'idées auquel nous allons revenir. Terminons ce qui se rapporte à l'organisation de la caisse centrale de crédit.

Supposons que l'émission des billets confiés à des entreprises offrant des garanties plus que suffisantes sous tous les rapports, se soit élevée à un milliard. La caisse touchera donc 10 ouSOmillions d’intérêt servant à pareraux sinistres qu'on n’aura pu éviter sur les 666 millions qui auront été avancés eu billets. 11 est clair que l'intérêt serait fixé à un taux tel

que cela pûtavoir lieu sans sacrifice delà part de l'État, mais aussi sans profit; la prospérité de findustrie consolidée par le bas prix des capitaux lui assurant bien d’autres sources de revenus.

L’État faisant passer par la caisse tous les produits de l’impôt (approchant aujourd'hui de 1500 millions rentrant régulièrement chaque année, base admirable d’un immense crédit), recevrait en échange une avance en billets qui remplaceraient les bons du trésor.

Pour éviter tous dangers et profiter de l’expérience acquise par un certain nombre de financiers distingués, pour profiter môme de l’appui que recevrait le crédit de l’État, par la certitude de f indépendance de la commission d’émission, tout en respectant des droits acquis, il faudrait convertir la banque de France en cette caisse du crédit publie. En lui accordant le droit de 1 ou 2 p. cent par an sur les billets quelle remettrait aux autres banques, après que le comité eu aurait approuvé les statuts dont des commissaires surveilleraient l’exécution, elle accepterait volontiers la mission de donner au crédit public cette grande extension, tout en conservant les grandes négociations qui auraient toujours lieu par son intermédiaire; car les; banques privées auraient toujours recours à elle après avoir engagé dans des affaires lentement réalisables, leur capital eu billets.

Les échanges des billets contre espèces seraient obligatoires à la banque centrale et dans des comptoirs convenablement choisis, répartis sur divers points du territoire, dans toutes les villes importantes, et notamment dam les principaux ports de mer, pour les soldes avec l’étranger. Les percepteurs et receveurs des finances seraient autorisés

démocratie INDUSTRIELLE. <

sous leur responsabilité propre, en profitant cl un faï~ ble droit de change, à faire rechange des billets. Cela suffirait pour établir d'une manière parfaitement assurée, la circulation des billets sur toute la surface de la France.

Nous pensons que ce n'est qu'à l’aide d’un semblable système que Von peut concilier les deux termes du problème : Éviter les perturbations qui peuvent résulter de l'altération de la confiance publique dans le signe-valeur sur lequel repose toute la circulation ; donner au crédit par l'intervention de l’intérêt et de Inintelligence individuelle, toute Vex tension nécessaire au succès de toute entreprise utile. Ces principes sont précisément ceux que sir Robert Peel, si bon juge en matière de banque, a appliqués récemment à la constitution de la banque d'Angleterre. On sait que d'après la nouvelle Charte, cette banque, toujours caissière générale du trésor, se trouve régie par deux commissions, Vune chargée de rémission des billets dans laquelle intervient l'État, qui ne permet l'émission que dans des limites déterminées, Fautre d'escompte qui représente surtout l’ancienne banque, qui tend à réaliser des bénéfices pour les actionnaires de l'entreprise privée, h laide des billets qu elle reçoit du bureau d'émission.

C’est un phénomène bien remarquable que ce soit en Angleterre, dans le pays le moins centralisé, que le Gouvernement intervienne le plus directement dans là question de circulation. C’est que dans une société industrielle, comme 1a société moderne, c'est là F œuvre capitale, essentielle de tout gouvernement* bien plus que la réglementation de tous autres intérêts, que l’organisation des forces militaires qui ne servent qu'à un jour donné, et sont, il faut l'espérer, une tradition du temps passé.

llfiMOCRATJE ÏIVftüSTlUELLE.

Comptoir nailuDal il ^acompte,

La crise terrible que le commerce de Paris vient de tiaverser dans ces derniers mois fournit de curieux enseignements sur la valeur réelle des institutions de crédit. Les grands établissements tels que les caisses Gouin et Ganneron, les banquiers qui étaient les intermédiaires entre le commerce et la banque de France (qui n’acceptant que le papier à trois signatures exige un intermédiaire entre elle et le vendeur d’un produit) se sont trouvés compromis et forcés de suspendre leurs opérations par suite des demandes immédiates de remboursement descomptes courants, billets à vue, etc. Tout le commerce nanti d’effets en portefeuille, de valeurs excellentes mais non utilisables vu l’arrêt subit de la circulation, était menacé d’une suspension absolue. Quel a été le remède indiqué par la circonstance ? De recréer un établissement analogue à ceux qui venaient de disparaître, c'est-à-dire pouvant prendre ii l'escompte tout le bon papier à deux signatures, et le convertir en billets de banque par la négociation à la banque de France après l'avoir garanti par un endos. C’est dans ce but qu'a été fondé le Comptoir national d’escompte, création due aux efforts du commerce do Paris, parfaitement secondé, avec une grande intelligence des besoins delà situation, par M. Garnier-Pagès, ministre des finances, MM. Paguerre et Biesta, délégué et sous-délégué du Gouvernement près le Comptoir d’escompte.

Voici en quels termes le commerce était appelé it concourir à la fondation du Comptoir.

fiÊMUatATUE USÜUSTIUÊLLE.

lixitrAli de la circulaire de M* le Directeur du Comptoir DHilouul d'ct+cojiiple

t^iiris, Je i£ mars 1343,

« Monsieur,

« Par suite de la crise financière qui pèse sur le commerce depuis dix-huit mois, un trouble considérable existe dans le crédit privé,

a Le Gouvernement provisoire, convaincu de la puissance et de la fécondité de l’esprit d’association, surtout en matière financière el commerciale, vient, par arrêtés des 7 et S mars, de créer à Paris un Gomptoir national d’escompte, au capital de vingt millions, destiné à donner et étendre les moyens de crédit au commerce et à l'industrie. Ce capital sera formé ;

1/5 par les actionnaires, en espèces ;

1/5 par FÉtat, en bons du trésor ;

1/5 par la ville de Paris, en obligations.

« L'Etat et la ville de Paris, n entendant tirer aucun bénéfice de leur concours, abandonnent aux actionnaires tous les bénéfices qui devront résulter des opérations du Comptoir. Néanmoins, FÉtat et la ville consentent, le cas échéant , à prendre leur part proportionnelle d'un tiers chacun dans les pertes qui pourraien t survenir.

ÜÉMOCIU'ITE INDUSTRIELLE,

« L'ouverture du Comptoir national d’escompte est une impérieuse nécessité. Nous nous adressons donc à voire patriotisme éclairé, et nous comptons fermement sur l'appui de votre souscription. C'est une œuvre de salut public et d'intérét général* à laquelle vous vous associerez certainement,

« Nous avons l'honneur de vous saluer avec une parfaite considération,

« Le Directeur du Comptoir national d'escompte.

Si maintenant on se reporte au moment critique où le Comptoir a été fondé, on se rappellera : que le commerce ne pouvait parvenir à verser les six millions espèces qui lui étaient demandés ; que l’État ajournait le payement des bons du trésor ; que la ville ne savait pas si elle conserverait f octroi* si par suite elle aurait longtemps des revenus pour solder des obligations contractées assez irrégulièrement*

Comme entreprise privée le Comptoir pouvait donc difficilemeidmarcher. Comment se fait-il cependant que ce soit le seul établissement de crédit qui fonctionne aujourd'hui, et, dans notre opinion, qu'il doive devenir une bonne affaire? C'est sans doute parce que le ministre desf inances qui donnai t cours forcé aux billets de la banque, exerçait sur cet établissement une pression suffisante pour assurer la négociation des effets pris par le comptoir, négociation qui seulepermettuit de trouver les capitaux nécessaires au payement des billets à ordre, qui remplissaient le portefeuille de la

DÊMOCUÀTIE INDUSTRIELLE. | s i

banque. Mais ce qui a assuré, avant tout, le succès et le grand avenir de cet établissement, c est quil est fondé sur un principe vrai et fécond, la mutualité. Sa création a parfaitement fait comprendre ce qu'étaient tes banquiers dans un ordre régulier : h savoir les caissiers des producteurs, et les assureurs des affaires. L'escompte est avant tout une prime d’assurances ; mais, en fait d assurances, il n’y a de vrai cL d'économique (pic la mutualité. Tandis que le nonversement du fonds social paraissait une cause d'insuccès, Î1 fournissait au contraire le seul moyen d'éviter tons les abus d'une exploitation faite à un point de vue différent de l’intérêt général, La retenue de 5 p, 100 ( voir aux notes les statuts du sous-comptoir, établi d'après le mémo système), faite sur le net des bordereaux, convertie en actions du comptoir, est un fonds de mutualité, qui d'abord très-fort pour constituer un fonds de réserve, doit s'amoindrir et devenir un jour très-minime. St Ton administre dans le seul but de créer un établissement qui, par l'extension de la mutualité, l'absence d'intérêts différents do ceux des personnes qui escomptent, répande les avantages du crédit et développe l'accroissement de la production, ou aura réalisé une fond a lion durable et très-utile.

Pour un établissement ainsi administré, sous le contrôle direct de l'Etat, la prime de 4 p. 100 payée à un autre établissement tenant de FEtat privilège d’émettre des billets ayant cours forcé, est évidemment trop élevée. Nous sommes persuadé que des conditions spéciales seront faites un jour a la vaste association que représentera le comptoir si elle se développe comme nous en avons la ferme espérance, lorsque sous l'influence de besoins nouveaux le mode d'agir de la banque do Franco tiendra h sc modifier.

En effet, il y a évidemment ici double emploi. Sur fécheîle qu'il tend à prendre, le comptoir se trouve en quelque sorte la banque môme : deux frais, deux commissions sont mutiles, et le privilège de l’émission du papier-monnaie, ne devrait pas coûter cher à une aussi,vaste mutualité, il se trouve là deux él agissements publics agissant trop près Fun de l'autre pour ne pas tendre h une fusion, ou plutôt à une division complète d'attributions. L'escompte du papier de commerce doit se concentrer dans les comptoirs d'escompte, et la banque ou caisse de crédit public doit leur fournir des billets eu raison de leurs opérations, à une commission minime, eu égard à ee que les pertes y sont impossibles.

Nous ne parlerons pas ici des remèdes à la crise financière proposés par beaucoup dé personnes, qui toutes parlaient de bons fonciers, de gages hypothécaires, basés sur la propriété. Nous ne pouvons dans celte revue rapide insister sur ce qu'avait d'illusoire un système qui fournissait] des signes-valeurs aux propriétaires qui n'en avalent que faire, tandis que c'étaient les producteurs qui en avaient besoin ; sur tout ce qu'avait d'irréalisable et par suite d'illusoire, d'inique, et. Dieu merci ! d'impossible, un système qui imposait la propriété malgré les propriétaires.

Maïs ces projets, faux dans l'application, n'ont séduit tant de personnes que parce qu-elles entrevoyaient une idée juste. Nous voulons parler du système de lettres de gage de la Prusse et de la Pologne, où les propriétaires d'une province réunis et solidaires enlre eux émettent des titres, suivant certaines règles, et avec certaines vérifications, dont l'État garantit l'intérêt, et qu'il escompte dans ses banques, La est la solution des difficultés elusys-

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE. m

lème hypothécaire, la se trouvera Y arrêt de l'envahissemenl de la propriété foncière par le capital piété à gros intérêts. Nous ne voulons pas insister ici sur des considérations étrangères a notre sujet, et renvoyons pour l'étude de ce système aux savants auteurs qui Vont développé ; ce que nous voulons seulement constater, c’est que le plus éminent service qui pourra être rendu à la classe agricole, au petit propriétaire qui est la force et la puissance du pays, sera obtenu par le même moyen qui assurera la richesse de l'industrie, la combinaison de sérieuses associations, d'excellentes mutualités contractées entre des intérêts privés, et par l'intervention de l'Étal, de l'association qui est la nation entière pour cautionner ces valeurs etlesconvertir en signes-valeurs jouissant de toutes les propriétés de la monnaie ; comment en faisant par la mutualité disparaître en risques, la propriété n'aura plus à payer au capital qu'une prime minime, décroissante en raison de la richesse générale du pays*

Banques de créflJi.

Lorsqu'un fabricant a besoin d'une matière première, lorsqu'il a du cràlit, lorsque sa fortune, son habileté, sa moralité, etc*, une cause quelconque enfin inspire confiance au marchand, c'est contre, son billet, son règlement, que k marchandise lui est livrée. Dans cette opération le marchand est le commanditaire du fabricant, pour un délai déterminé, un ternie fixe. Si celui-ci trouvait de même une commandite pour les salaires qu'il doit payer afin de créer la valeur qui lui permettra le remboursement de l'avance

t * * UÉatôfêÉSPriE 1 NTUISTRIELLê.

qui lui est faite, il est clair que la pro<ludion rië serait ]ilus limitée par le capital que possède le fabricant, mais pai les besoins de lu consomma lion, besoins immenses illimités pour ainsi dire par comparaison avec ceux des périodes que nous venons de traverser, lorsque le consommateur pourra toujours les satisfaire en ayant le moyeu de produire des valeurs qu’il pourra donner en échange'

Il nous faut nous arrêter un instant ici pour bien établir la plus importante question de l’organisation du travail, ou plutôt de l’organisation du crédit relativement au trava il.

Quand une crise met sur le pavé des milliers d’ouvriers qui meurent de faim, c’est que les magasins sont encombrés de marchandises et ne trouvent pasd’aéfeeteurs. Maïs si les acheteurs manquent, les consommateurs ne manquent évidemment pas, car ces ouvriers qui meurent de faim ne demandent qu’à consommer comme à produire, et ils ne peuvent faire ni 1 un ni l’autre* Leur travail perdu eût précisément engendré la valeur qui eût payé leur consommation, si c était la consommation! de tous et non pas seulement celle des acheteurs pouvant payer, possédant le capital antérieur à la production, qui eût limité celle-ci*

La est le grand problème à résoudre, celui qu'ont récemment pressenti les hommes les plus avancés, et dont la solution sous io nom d'IInion de crédit, de banque d’échange,

etc-, a tenté de se formuler trop vaguement jusqu'ici. C’est la même idée que nous avons indiquée en parlant des moyens qui eussent pu être employés pour l'exécution des chemins de fer, et nous serions heureux de la rendre claire pour tous les esprits. Nous tenterons de la préciser par un exemple. Lorsqu’une colonne de hardis pionniers américains s’a-

varice pour défricher un territoire nouveau, la première construction qui s’élève c’est la banque, qui prend le nom qu'on vient d'assigner à la nouvelle patrie des émigrants. Bientôt les billets de celte banque parviennent sur les marchés de l’intérieur et sont offerts en payement du fer, des matériaux et denrées de tout genre nécessaires à la colonisation, Le plus souvent ils sont acceptes et avec lalson* Car si aujourd’hui ils ne représentent rien; d’après la situation des cultures, d’après l’expérience et l’énergie des colons, d’après enfin l’exemple de mille succès dans des cas semblables, il est certain qu’ils représenteront dans quelques mois de nombreuses constructions, des champs fertiles, de productives cultures de cotonniers, etc. Comment refuserait-on crédit îi des richesses aussi certaines, bientôt aussi réelles?

Mais là est toute la solution du problème. Comment le travail manquerait-il dans un pays où le moyen de production est toujours offert, lorsque chacun peut toujours créer la valeur qui doit payer sa consommation?

L’objection qu'on uous fera sûrement, c’est que l'encombrement des produits manufacturés ne cessera pas par cela seul qu’on continuera de produire, cela est évident; si c’est le capital qui produit seul, le mal ne fera que croître, mais non si c’est le travail.

En effet, dans une manufacture où lout est produit par machines, sans intervention du travail de l’homme, l’accroissement de production n’a nul effet sur la consommation, ou au moins ne fournit moyen d'acquérir qu’au capitaliste. Le prix de la fabrication n est plus qu’une rente du capital, et ne profite qu’à une seule personne.

Si an contraire la fabrication n’est que du travail manuel.

m DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE,

si l'on consul ère une société qui n 1 aurait pas de machines, qui ressemblerait à une famille vivant clans une île sauvage, à une société rudimentaire dans laquelle l 1 un ferait ie pain, l'autre les habits, etc*, danshqueile la division du travail ne servirait qu'à éviter à chacun de produire tout ce qui est nécessaire à la vie ; il n'y aurait jamais d’excédant, chacun trouvant rigoureusement la valeur de sa journée, c'est-àdire ce qui est nécessaire à son existence pour prix de son travail; le besoin de la consommation précédant toujours la production incessamment demandée, plus iî produira, plus il consommera*

Cela fait comprendre le rôle du capital et des machines, dans la société civilisée. On voit comment plus le capital se subordonne au travail, plus il est rare qui 1 fonctionne seul (ce qui ne peut jamais avoir heu d'une manière absolue, et aura d'autant moins lieu qu’une industrie sera sous forme démocratique, que la possession des instruments de travail sera répartie en m plus grand nombre de mains, que l’industrie ne prendra pas la forme anglaise; car ce n’est pas le capital qui produit le mal, c’est sa concentration), plus il sera vrai de dire que les crises seront d'autant moins possibles que chacun pourra le plus facilement créer des valeurs, en proportion d’autant plus grande que le travail de chacun sera mieux secondé par des machines, ce qui permettra à îa production de chacun de s’accroître, à la richesse générale de toute la nation d’augmenter. C’est à atteindre ce but, c’est-à-dire à mettre è la disposition do toute capacité les instruments de travail que tous doivent s’employer. C'est là la seule base possible d’un développement immense de richesse et d’industrie.

C’est ce qu’a bien nettement senti un publiciste éminent,

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M. Michel Chevalier, qui est toujours resté sous l’influence des merveilles qu’il avait vu accomplir aux Etats-l’ms, grâce ii l’extension des institutions de crédit.

Voici ce qu’il écrivait en 1858 dans son ouvrage des Intérêts matériels en France, dans lequel il indiquait la nécessité de donner une puissante impulsion à la production.

e Sous le rapport des institutions de crédit, dit-il, il faut avouer que notre situation est peu satisfaisante ; de là un des plus forts obstacles à notre amélioration matérielle; c’est à raison de l'absence de ces institutions qu’une foule de projets utiles restent sur le papier. Qu’il s’agisse, par exemple, d’un canal ou d'un chemin de fer destinés à changer la face d’une province ; le pays possède le capital suffisant poui l’exécuter, puisqu’il réunitles bras requis pour le construire, ainsi que les aliments et les denrées nécessaires aux travailleurs. Sî l’ouvrage ne s’accomplit pas, le journalier ne trouve pas à utiliser sa force et à gagner son pain, et d un autre cûté, le cultivateur, le manufacturier et le marchand manquent de débouchés pour leurs produits. Le plus souvent néanmoins le projet, au lieu d’aboutir à la réalité, reste à l’état de rêve. C’est que, chez nous, entre l’ouvrier qui a besoin de consommer et le producteur ou le vendeur des objets de consommation, il n’y a d’autres intermédiaires qu’un ingénieur, homme de talent mais pauvre, et avec lui les bourgeois des villes que le canal ou le chemin de fer intéresse, gens qui ont de l'aisance, mais rien de plus, et qui sont dépourvus de tout moyen de se procurer, autrement qu a des conditions léonines, l'argent comptant qui doit servir k opérer l'échange entre le travail de l'ouvrier et les denrées que V agriculteur a dans son grenier, le marchand dans son magasin. Chez nous donc les plus fécondes

m DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE,

conceptions doivent très-fréquemment avorter* En d'autres pays, au contraire, en Angleterre et aux États-Unis, par exemple, h côté de l’ingénieur et du bourgeois, vous avez une ou plusieurs banques en qui tous, bourgeois, ouvriers et paysans ont confiance, et souvent beaucoup plus qu’elles ne le méritent. La banque garantit au cultivateur et au marchand le payement de leurs denrées et à l’ouvrier son salaire par le procède suivant : elle remet aux bourgeois actionnaires, contre leur engagement personnel, et quelquefois moyennant le dépôt môme des actions du chemin de fer ou du canal, du papier-monnaie que l’ouvrier accepte en payement de son travail, et que le cultivateur et le marchand admettent non moins volontiers en retour de leurs provisions. Toute idée raisonnable a ainsi le moyen de passer rapidement de la théorie à la pratique ; bien plus, comme il est difficile aux hommes d’user seulement et de ne pas abuser, mainte conception folle profite de ces facilités pour faire son entrée dans les affaires* s>

N’esi-cc pas là un exemple bien digne d’imitation, et ne devons-nous pas tendre h réaliser un semblable moyen d'aider si puissamment îa création de la richesse par le travail, favoriser cette effervescence de production si utile au progrès général, qui fait que quiconque se sent quelque intelligence rougit de rester longtemps dans une position inférieure, car il sait qu’il lui suffira d’employer toute sa capacité et son énergie pour s'élever aux premiers rangs* Comment atteindre un semblable résultat ? Par de nouvelles institutions de crédit qui soient en rapport avec les desiderata du moment, qui répondent aux besoins nouveaux* Quelle base peut être assignée à ces créations? Une seule vraiment solide pour toute institution de crédit, vrai-

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE. ,Ba

ment inébranlable, la mutualité, cette traduction pratique du grand mot Fhaternité.

Tandis que les billets que reçoivent les banques d escompte correspondent à des valeurs créées et transmises, les banques de crédit correspondraient aux valeurs à créer, et surtout à la masse des valeurs créées et non livrées qui encombrent les magasins de tout vendeur et de tout producteur qui peut ajouter à son crédit personnel un crédit matériel le jour où il les mobilise par la vente ; elles n en existaient pas moins la veille. Quelle est la garantie dans les deux cas du papier qui représente les valeurs 1 ! La solvabilité générale, la capacité, la moralité de ceux qui créent la valeur, car celle-ci existante ou à créer n’est un gage réel que dans le prêt sur nantissement, lorsque la marchandise elle-même est livrée en garantie du signe-valeur.

Nous ne reviendrons pas sur la notion fondamentale des banques de crédit sur laquelle nous avons insisté, maisnous admettrons, comme certain, ce qui ne sera pas contesté paT toutes les personnes habituées aux atlaires, qu entre producteurs qui se connaissent, sont liés par des relations mutuelles d'affaires, le crédit peut précéder comme suivre, dans une certaine proportion, la création de la valeur, en offrant parfaite sécurité, mais surtout être très-solidement gagé sur loule valeur réelle bien qu’invendue.

La société qui constituerait la banque, formée comme une banque ordinaire, ayant un nombreux conseil d’escompte formé d’intéressés, pourrait fonctionner ainsi. Tout producteur serait admis à présenter au conseil d’escompte son propre billet à échéance fixe, en joignant & l’appui une note sur l’opération qu’il veut effectuer, le bilan de sa position, l’énumération de ses chances de suc-

cès. Après Appréciation du conseil d’escompte, qui connaît le crédit déjà ouvert à ce commerçant, le montant net du bordereau lui est remis en billets de la banque de crédit remboursables en espèces après un certain laps de temps.

Le produit d’une retenue, considérable dans les premières aimées, constituerait un fonds de réserve d'abord, puis seulement un tonds de mutualité suffisant pour taire face aux pertes; la retenue irait en décroissant avec la prospéri té des affaires»

La certitude de l'échange en argent à des époques déterminées correspondant à l'échéance des billets des crédilés, suffirait sans doute pour leur donner un cours réel, lorsque les affaires seraient conduites avec toute la prudence convenable, lorsque la bonne marelle de l’opération aurait fait entrer dans la mutualité un nombre très-grand de commerçants.

Pour qu il eu, soit ainsi, it faudrait limiteriez risques de celte mutualité, comme dans PUnion de crédit qu'on vien t de ten ter en Belgique et dont nous rapportons note IV les statuts, à une somme égale au crédit demandé par chacun ou à partie de ce crédit 20 p. 100 par exemple. Si en outre on exigeait dans certains cas dangereux un endos ft une personne dont la garantie ne s'étendrait aussi qu'ft 20 p. too de la somme prêtée; qu'en fin la retenue eût été de 10 p* 100, on voit qu'il faudrait une perte de 50 p. 100 pour que la conversion en argent devînt illusoire, ce qui est dix fois supérieur aux chances de pertes possibles dans des affaires réelles.

Qu on se rappelle la caisse des crédits mutuels projetée il y a quelques années, pornos premières notabilités financières, MM, Humanti « Bartholony, Pillet-Will, etc. Ils

avaient üxé à un maximum de 3 p. 100 la prime ou perte ù payer par chaque mutualité, le surplus à leur charge ; sans doute bien des banques seraient fondées par des producteurs peu riches, mais une perte de 10 p. 100 sérail vraiment énorme.

Ce qu’il faut bien remarquer, c’est que les billets ayant cours eu tout temps h causé de la certitude de l'échange en argent, étant toujours acceptés sans difficulté en échange de marchandises par les négociants associés à la mutualité, qui en auraient besoin pour rembourser à l’échéance leurs propres engagements envers la banque de crédit ils vaudraient dans un temps de crise les billets de l’État et seraient par suite très-recherchés.

Due semblable création pourrait donc se réaliser, surtout avec le concours de l'État prêtant son appui, autorisant la caisse de crédit publicà seconder de sesbillets les banques de créditcomme les banques d’escompte, lorsqu’elles offriraient toute sécurité ; ia circulation et parsuitela production de la valeur ne connaîtrait pas dé limites j tout citoyen pouvaut produire, jugé capablepar ses pairs, en trouverait immédiatement les moyens, et l’affluence des producteurs profitant des fruits de leur travail créant un nombre considérable de consommateurs pouvant consommer, la richesse et la prospérité du pays croîtraient dans des proportions inouïes.

Une idée remarquable due à un publiciste bien connu par sa verve et son imagination (1}, qui malheureusement dépasse quelquefois le but à atteindre, (et qui en exagérant l’importance d’une idée heureuse qu’il remet en lumière, veut faire résulter d’une institution de crédit,

(1) M. Proudhoii*

I«ï DÉMOCRATIE IXDLiSTillELLE.

lout un système politique et social) peut rendre l’intervention de l’Etal moins directe, ou plutôt permettre à des mutualités libres, de prendre naissance en dehors de celte intervention pour ne venir se fondre dans celle de l’Etat, dans la mutualité générale, que lorsqu’elles seraient parvenues a un degré de solidité pouvant inspirer toute confiance, A l'aide de cette idée disparaît la difficulté qui s’oppose à l’extension de toute banque de crédit, à savoir de faire circuler ses billels. M. Proudhon demande la création d’une banque nationale d’échanges; nous doutons qu’il soit possible de réaliser ce projet, mais rien de plus avantageux que de convertir nos banques de crédit en banques d’échange; c’est-à-dire de faire à tous les fabricants et commerçants usant du bénéfice d’une de ces institutions, obligation de recevoir comme argent le billet de la banque qui lui fournit du capital, ce qu’ils seraient nous croyons fort disposés à faire même sans obligation. Evidemment lorsque par le développement des affaires de cette banque une foule de négociants s’obligeraient à accepter son billet comme argenl (en réalisant le bénéfice que leur procure la vente, résultant forcément de l’obligation pour le porteur du billet de s’approvisionner chez eux et par suite accroissant singulièrement leur débouché), ce billet vaudrait de l’argent puisqu’il servirait à acquérir tout ce dont on aurait besoin.

«Supposons,dit M. P rond bon,quela banque d'échanges fonctionne d’abord sur une base île 1,000 souscripteurs : la quantité de papier qu'elle émettra sera proportionnée aux affaires de ces 1,000 souscripteurs et négociable seulement entre eux. Puis, à mesure que de nouvelles adhésions se feront connaître, la proportion des billets sera

comme 5,000, 40,000, 100,000, etc., et leur circulation croîtra avec le nombre des souscripteurs, comme une monnaie à eux particulière,

t< Une comparaison familière achèvera de donner Y intelligence de ce mécanisme.

u Vingt personnes se réunissent dans une maison pour jouer. Au lieu de déposer argent sur table, elles se servent de jetons qui leur sont délivrés par le chef de rétablissement, soit contre espèces, soit contre signature, si le joueur est d'une solvabilité reconnue, La pallie finie, les jetons sont remboursés aux porteurs par le banquier, de manière que les joueurs n ont pas entre eux de compte à régler. Dans ce petit cercle, les jetons, garantis par le banquier, lequel est lui-même garanti parles sommes qu il reçoit ou par des signatures solides, sont une vraie monnaie.

«La banque d’échanges remplit le même office que ie chef de L'établissement dont je parle,

a Par son intermédiaire, 100,000 négociants sont entre eux comme les vingt joueurs que je suppose, — Au lieu de jetons ou d'espèces, la banque leur délivre des billets. — Ces billets ne sont délivrés à chaque négociant que proportionnellement à la somme d'affaires régulières qu'il peut notoirement effectuer, »

Cherchons à représenter ce système en action . Imaginons qu’un certain nombre de commerçants, ceux qui occupent le Palais-National, à Paris, par exemple, fassent entre eux une banque de crédit, et que leurs allaires étant de 1 million par mois ils repartissent entre eux 2 ou 3 millions de papier de cette banque contre les billets des preneurs, h un an de date, la répartition étant faite en raison du chiffre des affaires de chacun.

DÉKOGtUTiE LNÜUSXJftlüLLE.

Ces billets étant garantis par la mutualité de tous les marchands seraient acceptés avec empressement par des fournisseurs, qui à leur tour chercheraient à les placer à d'autres personnes, Or, tomes les fois que ces billets se trouveraient passer entre les mains de quelqu'un ayant T usage d'un des articles qui se vendent au Palais* National, de bijoux, de livres, d'habits, d'un objet quelconque enfin, plutôt que d'aller chez aucun autre fournisseur qui exigerait de l 1 argent, il s'empresserait d'aller chez celui dont l'adresse serait au dos du billet de la banque d'échanges, sûr qu'il y serait accepté comme argent.

L'année finie, chaque marchand a gardé ses billets ou en a vu rentrer à son grand bénéfice, par l’effet de ventes qu'il n'eût probablement pas faites sans Ut banque d'échanges, il paye donc avec ceux-ci les effets qu'il a souscrits. Le surplus il le paye en espèces, qui servent à rembourser les associés qui en ont accumulé un nombre considérable. Enfin si la retenue n'était pas suffisante pour amortir un nombre de billets de banque égal aux sommes qu’on ne pourrait recouvrer, par suite de non-payement, un appel serait fait à la mutualité pour obtenir la différence. On voit ainsi comment la condition de l'échange tend à activer la consommation elle-même, ce qui sera la cause du développement de ce genre d'établissement

Remarquons qu'une semblable institution devant agir comme banque de crédit, il faut éviter de provoquer le remboursement en espèces. Ce qui serait !e mieux pour l’éviter, serait de dater les billets, de les faire remboursables au bout de l’année, si on ne préfère toucher un intérêt de 5 ou G p. 100 par exemple et recevoir un billet de Tannée suivante. Dans de semblables conditionsnulnc provoquera l'échange si

la confiance est établie, car cm préférera après avoir touché F intérêt, acheter les denrées dont on aura besoin chez un associé de la banque plutôt que chez un autre fournisseur, pour employer son billet.

Comme on îe voit dans cet exemple, nous ne traitons ici que d'une entreprise privée agissant le plus souvent sur une échelle assez faible; quand son crédit sera parfaitement établi ce serait la banque de VEtat qui, au grand avantage réciproque, viendrait substituer ses billets à ceux de la banque d'échanges dont la circulation est nécessairement toujours limitée et spéciale. Mais cette forme est parfaitement propre à donner au crédit privé une élasticité parfaite, à développer clans de très-grandes proportions la production, pendant que V intervention du gouvernement dans la banque centrale assurera la sécurité de la circulation, la vérité du signe-valeur général. C'est en un mot obtenir la puissante circulation produite par les ban* ques locales aux Etats-Unis, sans jeter le pays dans les désastres résultant des excès d’émission. C'est enfin faire la part équitable des mutualités de second ordre, et de la grande mutualité de tous qui est représentée par VEtat Nous ne pouvons dans la revue rapide des questions économiques que nous tentons ici, préciser d'une manière complète l'institution dont nous venons d’indiquer l'esprit ; comment on pourrait rapidement habituer le public ît ces valeurs, en répandant un grand nombre de ces titres par une loterie, par exemple, si on était secondé par VEtat ; maïs ce que nous avons dit suffira, nous espérons, pour faire reconnaître la voie dans laquelle doivent être fondées les nouvelles institutions de crédit capables de satisfaire aux besoins d'une société nouvelle ; pouvant ré-

soutire complètement ce problème, meure les instruments de travail h la disposition de quiconque est capable de créer la richesse par son travail, et seconder la production partout où elle tend h naître.

Les banques de crédit en modifiant profondément les relations du capital et du travail,accompliraient la révolution qui est dans les esprits. C'est surtout dans cette modification de la nature du crédit, précédant la création de la valeur au lieu de la suivre, qi^est la solution; c'est dans rintervention de la banque de \ Etat rf accordant son crédit qu'aux, entreprises parfaitement assises, qu’est la régularisation du crédit générai, la réglementation de la circulation ; c'est dans la création de banques libres, que peut résider l'impulsion incessante de l'intérêt privé tendant toujours à prendre son essor. C'est ainsi que le principe d'association, de fraternité, peut se faire jour dans les faits économiques, utilement pour tous, sans confisquer la liberté de personne.

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