CHAPITRE SI
CRITIQUES ET ÊLQGES ÜE LA CQKCURïlENCE.
Nous sommes maintenant en mesure d’apprécier combien sont peu fondés les reproches amers, adressés à la libre concurrence, c’est-à-dire à celle qui résulte de l'absence de tout monopole injuste ou oppressif, relativement h. Vemploi de la faculté de travailler.
Quand il n y a plus d’exploité, quand la société prend un soin égal de tous ses membres, il y a libre concurrence réelle « Quand cela n’existe pas, la libre concurrence est illusoire, et on n’est pas fondé à attribuer à la liberté du travail, les malheurs qu’engendrent les monopoles réels, quand même en apparence la liberté du travail paraît respectée. C’est ce que nous va clairement montrer l’examen de l’attaque la plus rude portée au principe de la concurrence, par M. L. Blanc, dans un discours prononcé devant Ses délégués des ouvriers au Luxembourg, dans un moment où l’on eût sans doute mieux fait de calmer les passions que de les exciter.
Grlllquc de la concurrence.
Après avoir indiqué le but de la réunion, M. L Blanc (Discours prononcé le 3 avril. Imprimerie Nationale), commence ainsi :
— «Depuis que la Commission de Gouvernement pour tes travailleurs est installée, elle a vu passer sous ses yeux des douleurs dont le spectacle Fa presque épouvantée; et pas une de ces douleurs qui ne soit le résultat lamentable, mais forcé, de la constitution actuelle de la société!
«Ainsi donc, c'est au salut de la société tout entière,par l'affranchissement des travailleurs el la fécondation du travail, que l'Assemblée nationale aura bientôt à pourvoir. La question est difficile à résoudre, mais elle s'impose a nous comme la grande, comme l'inévitable nécessité des temps modernes (De toutes parts et avec émotion : Oui !oui 1). J'en suis, pour ma part, tellement convaincu, que depuis longtemps j'ai pris envers moi-même rengagement de ne pas dérober un jour à ces études orageuses, et l'engagement, je le tiendrai, dusse-je mourir avant la solution du problème !
(Plusieurs délégués se levant et tendant la main : Et nous aussi l).
« Le principe sur lequel repose la société d'aujourd'hui, c’est celui de l'isolement, de l'antagonisme, c'est la concurrence. Voyons un peu ce qu’un semblable principe peut porter dans ses lianes.
« La concurrence, c'est, je le dis tout d'abord, c'est l'enlanternent perpétuel et progressif de la misère. Et en effet, au lieu d 1 associer les forces de manière k leur faire produire leur résultat le plus utile, la concurrence les met
DBMOCMTIE INDUSTRIELLE* ™
perpétuellement en état de lutte ; elle les annihile réciproquement, elle les détruit les unes par les autres. De quoi se composent aujourd'hui, je le demande, les bénéfices de IqlïI atelier? N'est-ee pas de la ruine de maint atelier rival ? Quand une boutique prospère, n’est-ce point parce qu elle est parvenue à arracher, comme une proie, F achalandage des boutiques voisines? (Bravo! bravo!) Que de fortunes uniquement formées de débris ! Et de combien de larmes ne se compose pas, souvent, le bonheur de ceux qu on appelle les heureux! (Vifs applaudissements.) Or, est-ce une société véritable que celle qui est constituée de telle sorte, que la prospérité des uns corresponde fatalement aux souffrances des autres? Est-ce un principe d'ordre, de conservation, de richesse, que celui qui fait de la société un amalgame désordonné de forces, dont les unes ne triomphent que par Vin cessante destruction des forces opposées ? ( Des divers côtés de la salle : Qui! oui! vous avez raison !) Je vous remercie de cette interruption sympathique ; carcontre toutes les attaques qui servent de récompense à ceux qui, par dévouement à la chose publique, ail routent tant de fatigues et de périls, contre ces attaques, de jour en jour plus envenimées, votre adhésion nous est un rempart, et il nous est doux de trouver appui dans vos cœurs. (Marques unanimes d 1 assentiment.)
« La concurrence est une cause d'appauvrissement général, parce quelle entraîne une déperdition de travail humain, immense et continue; parce que chaque jour, à chaque heure, sur chaque point du sol, elle révèle son empire par l'anéantissement de quelque industrie vaincue, c est-k-dire par l'anéantissement des capitaux, des matières premières, du travail, du temps, employés par cette
industrie, Eli bien, je n hésite pas h affirmer que la masse de richesses ainsi dévorées est tellement considérable, que quiconque la pourrait mesurer d'un coup d'œil reculerait d'effroi. (Hravoî) »
M, L, Blanc ne veut voir la concurrence que dans un moment de pléthore industrielle, il ne veut pas la considérer dans un moment de prospérité. Dans ces temps* des établissements nouveaux viennent se fonder à côté des anciens, et réalisent des bénéfices sans détruire ceux des premiers venus. De quel droit par une réglementation arbitraire voudrait-on interdire aux derniers arrivés de venir prendre leur part d’un travail qu'ils sont capables de faire? Que faut-il donc pour qu'il en soit toujours ainsi ? que le débouché aille toujours en s'agrandissant dans tou- / tes les directions; et cela a lieu aux États-Unis, cela aura lieu partout où la circulation aura lieu régulièrement, où chacun pourra toujours produire et consommer; où la consommation croîtra précisément en raison de T augmentation de la production*
Ce dont vous accusez ici la libre concurrence, c’est f imperfection de la répartition de la richesse, de la circulation, des institutions de crédit qui en est la cause ; la liberté du travail n'y est pour rien.
Nous espérons l'avoir fait sentir en parlant dn crédit, nous n’y reviendrons pas ici,
— u La concurrence est une cause d'appauvrissement général, parce qu'elle livre la société au gouvernement grossier dn hasard. Est-il, sous ce régime, un seul producteur, un seul travailleur, qui ne dépende pas d’un atelier lointain qui se ferme, d'une faillite qui éclate, d’une machine tout ù coup découverte et mise au service exclusif d’un ri-